« Dites donc élève Zvoyn, c'est pas un peu fini oui de loucher sur la copie du voisin? Vous croyez que je ne vous ai pas vu sortir le Book III de vos Onomatopeous Love Letters directement après le Book I, alors que l'élève Akphaezya avait déjà eu l'idée de commencer sa saga par l'épisode 2 tout en planifiant de le faire suivre de l'épisode 4?
- Mais M'sieur ...
- Et comme si cela ne suffisait pas, étrangement, après l'élève Mulk, vous aussi vous vous apprêtez à sortir une trilogie chez Suprachaotic Records! Vous croyez que je n'ai pas remarqué votre petit manège?
- Mais M'sieur j'vous jure ...! »
Allons Monsieur le Professeur, cessez donc de blâmer à tord l'élève Zvoyn avec vos suppositions aussi infondées que calomnieuses. D'autant qui s'il y a bien un groupe qui se singularise et sait apporter une touche très personnelle à ses productions, aussi bien sur le plan musical que sur les aspects thématique et conceptuel, c'est bien ce one-man-project de Younés "OYC" Chraibi. C'est bien simple: les seulement 13 minutes 39 de son premier EP « Onomatopeous Love Letters, Book I: Elisa » auront suffit au zigoto à se forger une patte immédiatement identifiable. Ça, du Zvoyn dans un blind test, c'est des points facilement gagnés! En effet comment confondre avec le son d'un autre groupe ce mélange saugrenu mais de plus en plus harmonieux de synthé volubile, d'un épais matelas de basse zebulonesque, de chaleureuses touches proche-orientales et de vocaux hystériques?
Et sur cette troisième livraison (enfin bon quand je dis 3e ...) d'onomatopées métalliques, la recette mise au point par Zvoyn lors de l'élaboration du Book I n'a pas changé d'un iota sur le fond. On retrouve cette fois encore ces compositions où le synthé enfile les notes à toute allure, formant une trame mélodique gorgée de ruptures semblables à d'incessants sauts quantiques. La basse quant à elle continue de crépiter et de vibrer comme une toile élastique tendue à l'extrême, créant ce faisant, avec son compère précédemment cité, un véritable foisonnement musical éruptif qui pourra être perçu comme véritablement harassant par l'auditeur non initié (l'introductif « Miriam » vous donnera une bonne idée du résultat). Mais sur la forme, la pilule que constitue cet exercice de style musical passe aujourd'hui beaucoup mieux, et j'irai même jusqu'à dire qu'on commencerait presque à y trouver un sérieux goût de reviens-y. Pourtant pas de révolution en marche ici ... Sauf que le niveau de la prod' est quand même monté d'un bon cran. Les mélodies - qu'elles dégagent ou non des effluves de safran et d'harissa - sont plus savamment distribuées, et canalisent mieux les occasionnelles et violentes crises d'épilepsie musicales ... Même les sonorités MIDI du synthé et la BAR sonnent à présent moins synthétiques. Au final, alors que l'EP précédent s'écoutait surtout comme une curiosité aussi impressionnante qu'amusante, on vient cette fois vers le Book III pour se plonger dans la chaleur de ses atmosphères subtilement exotiques (Aaah, cette fine pluie de cordes légères qui enveloppe les lamentations d'un soufi malheureux sur « Ioana », et cette ambiance très « Avancée féline dans la pyramide de Kheops » sur « Hanne » !) ainsi que pour retrouver des morceaux que l'on prend tout simplement plaisir à écouter sans que cette fois l'approche intellectuelle ou une inclinaison naturelle pour l'originalité y soient pour quelque chose.
Ainsi, outre les cartes postales musicales peuplées de palmiers-dattiers et colorées des nuance de la terre cuite par le soleil marocain, on appréciera sur ce 3e tome des passages plus rock et/ou plus jazz (à 2:18, puis à 2:43 sur « Myriam », ou encore à 2:06 puis 2:44 sur « Katerina »), ainsi que de vraies belles réussites comme « Kjersti », morceau à l'intro toute en sombres cordes classiques et à l'intelligent enrobage mélodique. Mais pas d'angoisse: pas de revirement de cap à l'horizon! Les Pattonneries furieuses de OYC sont toujours de rigueur (sur « Alexa » notamment) ainsi que ces démonstrations foisonnantes dont je vous parlais plus haut (qu'on retrouvera par exemple sur « Myriam », « Alexa » ou encore « Katerina »). D'ailleurs OYC semble tenir à ce que « Iona » fasse référence à « Elisa », et il pourrait bien avoir glissé cette ligne de basse à 2:10 sur « Kjersti », ainsi que ce dialogue débutant « Alexa » à dessein, tous deux renvoyant à « Diane » et à son accès de schizophrénie aigu. Le lien est plus évident encore - à ce niveau là on ne parle plus de lien mais de câble - sur « Amina (Epilogue) » qui n'est autre que le « Amina (Prologue) » du Book I joué 3 demi-tons plus haut.
Plus aéré, mieux produit, plus équilibré, plus mélodique: le Zvoyn nouveau réussi l'exploit de ne pas se dénaturer tout en se faisant plus facile d'accès. En bref, c'est le moment de tenter l'aventure si vous ne l'aviez pas encore fait jusque là!
invité
Franchement y'avait largement moyen de mieux faire sonner la batterie, non ? Là on dirait vraiment la batterie de Guitar Pro...
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"OYC" a écrit : Yaouza, Jarzombek carrément... Eh bé. Je suis loin loin d'avoir son niveau mais ça fait très plaisir, merci!

En même temps, je crois que peu de gens peuvent se vanter d'avoir le même niveau que le bonhomme.
Citation : Et oui von, c'est toujours enregistré en one takes, excepté certains passages d'Alexa, ce morceau est beaucoup trop chiant à passer en one take, du coup l'en a fallu trois
J'espère que tu n'es pas trop déçu de cette contre-performance ignoble ? Moi je me demande surtout comment on peut enregistrer ça correctement en trois prises !
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Yaouza, Jarzombek carrément... Eh bé. Je suis loin loin d'avoir son niveau mais ça fait très plaisir, merci!
Et oui von, c'est toujours enregistré en one takes, excepté certains passages d'Alexa, ce morceau est beaucoup trop chiant à passer en one take, du coup l'en a fallu trois
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"von_yaourt" a écrit : C'est un peu notre Ron Jarzombek français (ou marocain ?) à nous !
Cette comparaison m'avait aussi traversé l'esprit !
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Ayant peu d'affinités avec les sonorités orientales, je n'adhère pas toujours totalement à Zvoyn, mais ce que OYC fait me laisse de toute façon toujours admiratif. Ce gars là s'impose des restrictions (je suppose que tout est toujours enregistré en une prise ? ) et arrive quand même à insuffler une âme et une véritable efficacité à sa musique. C'est un peu notre Ron Jarzombek français (ou marocain ?) à nous !