Si j’ai découvert CORONER au détour d’un bac poussiéreux (chez un disquaire porté disparu depuis au moins aussi longtemps que la reconversion de Chuck dans WALKER : TEXAS RANGER), quelque part, c’est autant grâce à la presse metal de l’époque qu’à … mon prof de français de 3ème. Car si je me souviens encore qu’on avait tous bien rigolé à l’heure de regarder « Psychose » du père Hitchcock –
pensez donc, un film en noir et blanc de 1960 quand tout le monde ne jure que par « Universal Soldier » ? Hérésie ! - une fois le film terminé, il n’y avait plus grand monde pour moufter dans la salle ! Le genre de claque cinématographique qui vous marque un cinéphile en formation, et surtout une brutasse en devenir qui n’oubliera jamais la figure d’angoisse légendaire d’Anthony Perkins.
Comme des musiciens qui choisissent l’âme tourmentée de « Psycho » ne peuvent pas être fondamentalement mauvais, j’ai donc misé une pièce sur « Mental Vortex » (60 francs pour l’époque) sans avoir entendu la moindre note provenant de chez CORONER. Merci Alfred! Et rétrospectivement, ce quatrième full length est si parfait qu’il m’a presque gâché le plaisir d’écoute des œuvres précédentes (la production en carton de « Punishment For Decadence », un
« No More Color » objectivement très bon mais dénué de tout caractère hypnotique) et futures (un
« Grin » spatial mais moins frontal et thrashisant). C’est le prix à payer lorsqu’on tombe sur un classique instantané de cette trempe, juste après avoir investi à bon escient dans deux autres poids lourds du genre (au hasard, « Cause Of Death » et « Human » !). Premier album des Suisses à bénéficier d’une production décente –
signée Tom Morris – « Mental Vortex » est également l’album de la maturité stylistique pour un CORONER qui s’affranchit enfin d’influences de jeu assez prégnantes, malgré une étiquette techno-thrash que Ron Broder et les siens ont largement contribué à façonner. On délaisse donc la relecture hystéro-dark de MEGADETH sur
« No More Color » pour une musique plus ambiancée (le break atmosphérique de « Divine Step : Conspectu Mortis ») mais pas moins rythmée, la furia up tempo des premiers temps cédant une partie de sa place aux rythmiques plus martiales magistralement imprimées par Marky Mark. Plus de groove pour moins d’épate donc, encore que le moindre solo du génial Tommy T. Baron suffise à arracher des frissons de plaisirs à la brute la plus épaisse qui soit (qui a dit Chuck Norris ?).
Et il n’y a absolument rien à jeter sur les 8 perles qui composent un « Mental Vortex » se payant tout de mêmes quelques accélérations de choix (« About Life », le break de « Metamorphosis », le tempo speedé de "Pale Sister"), là où
« Grin » capitalisait essentiellement sur « Internal Conflicts » et le final mitraillette de son title track. CORONER conserve donc un pied solidement arrimé dans le thrash metal, tout en prenant bien soin de hisser un contenu déjà sans équivalent à des hauteurs inespérées pour un groupe jeté en pâture par sa maison de disque (Noise) aux piliers de comptoir (TANKARD) toujours partant pour une rixe à l’allemande (KREATOR). Invendable pour les uns, incompris pour les autres, CORONER appartient à cette catégorie de groupes maudits tellement en avance sur leur temps qu’il eut mieux valu qu’il émerge quinze à vingt ans plus tard, comme on a pu s’en rendre compte lors de l’édition 2011 du Hellfest. Une rouste anthologique qui a rappelé (si besoin était) aux anciens que CORONER reste une pièce unique sur l’échiquier métallique et fauché sur le champ ceux qui les découvraient à cette occasion. Comme il est acquis que le trio ne remettra jamais le couvert en studio –
même si, comme pour MORGOTH, on peut s’attendre à un DVD de leurs récentes prestations scéniques – il n’est pas trop tard pour se pencher sur cet indispensable du metal toutes catégories confondues, qui subjugue (l’irrésistible « Sirens ») autant qu’il transporte (le groove infernal de « Pale Sister »), jusque dans cette reprise enivrante d « I WantYou (She’s So Heavy) » des BEATLES. Un exercice de free style bien plus séduisant qu’un « Purple Haze » trop en décalage avec l’univers sombre et puissant (samples de « Reanimator » et « Hellraiser II : Hellbound » à l’appui, sans parler du chant inclassable de Ron Broder) d’un CORONER ici au sommet de son art, quoi qu'en dise dans les commentaires à suivre cet ignare de Von Yahourt. Essentiel, tout simplement!
9 COMMENTAIRE(S)
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24/05/2012 19:26
Tu as écouté quel album?
Je dois reconnaître n'avoir écouté aucun album entier,mais divers morceaux de Grin (je sais plus lesquels) et de celui-ci (Son of Lilith et Semtex Revolution).
Je trouve ça original, ce qui impose mon respect, mais ça n'accroche pas. Du coup, je me dis que ça passera mieux en écoutant d'une traite un album (tu parles d'aspect hypnotique).
"Grin" est le plus varié des deux (avec une petite baisse d'intensité sur la fin) et le plus groovy, "Mental Vortex" est plus speedé, plus homogène et surtout sans aucune faille. Après, si tu n'as rien contre le thrash, "No More Color" est aussi très recommandable
C'est peut-être aussi par ce que j'ai jamais beaucoup accroché au Thrash en général, à quelques exceptions près. Mais l'aspect "expérimental" du groupe m'a attiré, sinon je n'aurai probablement pas écouté.
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24/05/2012 13:44
Groupe lâché à l'époque par leur label Noise qui ne les a jamais correctement promotionnés et avec qui ils étaient coincés contractuellement. Quel gâchis!
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24/05/2012 09:57
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24/05/2012 07:06
Tu as écouté quel album?
Je dois reconnaître n'avoir écouté aucun album entier,mais divers morceaux de Grin (je sais plus lesquels) et de celui-ci (Son of Lilith et Semtex Revolution).
Je trouve ça original, ce qui impose mon respect, mais ça n'accroche pas. Du coup, je me dis que ça passera mieux en écoutant d'une traite un album (tu parles d'aspect hypnotique).
"Grin" est le plus varié des deux (avec une petite baisse d'intensité sur la fin) et le plus groovy, "Mental Vortex" est plus speedé, plus homogène et surtout sans aucune faille. Après, si tu n'as rien contre le thrash, "No More Color" est aussi très recommandable
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23/05/2012 21:58
Tu as écouté quel album?
Je dois reconnaître n'avoir écouté aucun album entier,mais divers morceaux de Grin (je sais plus lesquels) et de celui-ci (Son of Lilith et Semtex Revolution).
Je trouve ça original, ce qui impose mon respect, mais ça n'accroche pas. Du coup, je me dis que ça passera mieux en écoutant d'une traite un album (tu parles d'aspect hypnotique).
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23/05/2012 15:40
Tu as écouté quel album?
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23/05/2012 13:26
P.S : J'adore le jeu de batterie sur cet album d'ailleurs. Ca parait simple et assez dépouillé au premier abord, mais au final c'est bien groovy et blindé de contre-temps judicieusement placés. Du grand Art !
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23/05/2012 03:56
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22/05/2012 14:52
Par contre je n'aurais pas été contre un titre supplémentaire en lieu et place de la reprise des Beatniks.