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Distillator - Summoning the Malicious

Chronique

Distillator Summoning the Malicious
Le revival du Thrash à l'ancienne connaît de beaux jours en ce moment, notamment par la venue de toute une flopée de groupes espagnols ou mexicains ou ceux qui veulent ramener la Bay Area en première ligne. Dans cette vague, Warbringer et Havok semblent s'être imposés comme les plus populaires. Certains se sont greffés à ce mouvement, avec plus ou moins de réussite. On y trouve souvent des riffs trop proches de l'ancienne école et, finalement, vient assez vite la sensation d'avoir une réécriture, et d'entendre ce qui a été déjà joué mille fois auparavant.

Comme dirait Otto Bus : « Nouveautés ?! Ils ont tout pompé sur Judas Priest ! »
Distillator rentre en plein dans cette mode de rendre les 80's cools à nouveau : faut ressortir son plus beau jean skinny bien déchiré, décoré avec une ceinture de balles, et le rentrer dans ses Nikes montantes blanches crasseuses. Portons notre plus beau t-shirt de groupe souillé de bibine, ajusté sous la veste en jean rapiécée ! On est là pour montrer que le monde va mal et que le monde, on ne l'aime pas.

Thrash 'till Death !

Comme il l'est évoqué dans la présentation du groupe, Distillator ne cache pas ses références. Seulement, s'il ne fallait que des bonnes références pour être un bon groupe, ça faciliterait grandement les choses. Et on ne va pas tourner autour du pot : cet album alterne entre le moyen et l'excellent.

On aura ainsi un départ avec « Blinded by Chauvinism » : on le sent le Thrash à l'ancienne qui veut marteler sans prendre de gants, en mode « tu prends le train en marche ou tu restes sur le bas côté » et qui rappelle le Power Thrashing Death de Whiplash. Malheureusement, le morceau est longuet, avec un riff joué jusqu'à la nausée Mais, ça, ce n'est pas le pire.
« Estates of the Realm » joue un mid-tempo un peu lourd tant ça semble trop déjà entendu, surtout dans le riff assez peu poignant. Comme il est sur un format court de 3:24 et accompagné d'un clip, on sent le morceau orienté pop pour attirer le chaland. Morceau moyennement impliqué, juste l'efficacité minimale.
Fort heureusement, passé ce cap, les accrocs seront moins crispants !
Toujours dans le niveau moyen, on notera parfois des morceaux trop trop straight forward où il ne manque simplement qu'un petit soubresaut de vitesse. Ainsi, « Enter the Void » reste trop sur son tempo de croisière ; on aurait aimé un break qui conduise ensuite à une accélération après le deuxième refrain, juste avant le solo, histoire de dynamiser le tout.
On terminera la liste des doléances sur « The King of Kings », long morceau de 6 minutes qui veut poser une ambiance. Ni raté ni réussi, le titre a une guitare trop traînante, avec une mélodie trop répétée. Ce qui est dommage, car la basse sort du lot.

La basse, parlons-en justement ! Elle est clairement un des points forts de l'album : alors que le dernier Warbringer lui donnait un rôle d'appui pour souligner les pistes, on a ici un vrai souci de lui donner une place forte. Je mettrai un gros favori sur « Algorithmic Citizenship » ! C'est sur la basse que se cale tout le reste. Elle dirige et ça se sent ! Puis les guitares qui attaquent à la Vektor (le titre aurait pu apparaître sur Black Future), ça fait plaisir sans être du pompage putassier. On a même une ambiance à la Voivod modernisée. Du très bon qui sait se dégager de son inspiration principale avec une rythmique carrée qui ne part pas dans tous les sens.
Les références seront ainsi utilisées à juste titre : outre Vektor qui se ressent aussi dans les tonalités hautes et les solos sur l'ensemble du disque, on sentira donc du Anthrax ainsi que du Thrash 80's orienté prog sur « Mechanized Existence », qui dégage une réelle ambiance de détresse sous une voix évoquant tout à coup du Watchtower ou du Realm.
On appréciera également les efforts d'écriture et de structure. Les intros sont souvent judicieuses, que ce soit que « Mechanized Existence » ou « Summoning the Malicious » – cette dernière permettant de souligner le bon boulot autour de la batterie qui, globalement, pose une rythmique solide et galvanisante. Ce morceau fait vraiment plaisir et pourrait lancer un concert : le riff est utilisé avec mesure et ponctue superbement bien les phases rythmiques, le refrain te fait tomber les dents sous une bonne salade de phalanges et on l'a, ici, le break avant le solo qui fait plaisir. Chaque ingrédient a son sens et balance sec !

Restons dans le tabassage et notons enfin les deux morceaux du mosh :
- « Stature of Liberty » a des accents Punk bien fichus qui s'ajoutent à la diversité générale, et le riff a un côté oriental appréciable. Le son général donne envie de se balancer dans la mêlée. Simple et efficace.
- et l'ultime morceau, « Megalomania », quant à lui, ne prend pas le temps : la guitare te dit de fuir, la batterie s'impose sous une basse vrombissante ! Fonce, mon gars, fonce ! Voici le Thrash qui fout des mandales et t'échauffe un mosh en deux-deux, avec des ruptures qui viennent à point nommé. Une parfaite conclusion pour un album qui fait le taff avec quelques sorties de route un poil dérangeantes mais, surtout, qui te donne la sensation d'avoir apprécié un album à l'ancienne qui ne se fout pas de toi grâce à une production impeccable. Le tout flaire bon la bière et la sueur sans imposer un son dégueu « pour faire old-school ».

Avec cet album, on n'a peut-être pas le sens de composition d'un Warbringer, lequel donne des morceaux qui moulinent comme peu savent le faire. Mais on a un réel supplément d'âme avec des inspirations plus variées. En résultent des morceaux parfois en-dessous et d'autres franchement au top, avec une basse surprenante et une voix qui a compris qu'il ne fallait gueuler que par instants. On se retrouve donc face à un album aux titres de génie côtoyant ce que le Thrash peut faire de moyen quand il se veut trop populaire ou direct sans y mettre la hargne.
En revanche, les élans à la Vektor et l'assise façon Metal Church et Watchtower, le tout relevé avec le sel moderne d'un groupe qui propose une musique honnête et sincère qui semble en dehors du circuit majeur du revival, apportent un gros capital sympathie à ce disque.
La bonne pioche pour les amateurs de Thrash un chouïa ambitieux !

Après écoute du premier album : je trouve qu'ils vont plus loin sans forcément changer ce qu'ils ont déjà fait. Très sincèrement, mieux vaut retenir cet album qui a su apporter une écriture plus maîtrisée et variée sur l'ensemble. Mais les deux se défendent très bien !

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2 COMMENTAIRE(S)

MoM citer
MoM
04/04/2017 17:52
note: 7.5/10
Jean-Clint a écrit : Du bon Thrash sans prétention, qui fait le boulot correctement et avec envie. Sympathique à défaut d'être marquant, mais on passe un bon moment quand même avec les deux extraits !

Les deux extraits montrent tout : Estates of the Realm est bof, Mechanized Existence est franchement chouette. Les morceaux que je trouve vraiment bons sont de cet acabit.

Mais tu ajoutes un élément vraiment important : c'est sans prétention et c'est sympa. J'aurais pas dit mieux Sourire
Jean-Clint citer
Jean-Clint
04/04/2017 09:03
Du bon Thrash sans prétention, qui fait le boulot correctement et avec envie. Sympathique à défaut d'être marquant, mais on passe un bon moment quand même avec les deux extraits !

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Distillator
Thrash metal
2017 - Empire Records
notes
Chroniqueur : 7.5/10
Lecteurs : (1)  6.5/10
Webzines : (7)  7.23/10

plus d'infos sur
Distillator
Distillator
Thrash metal - 2013 - Pays-Bas
  

vidéos
Estates of the Realm
Estates of the Realm
Distillator

Extrait de "Summoning the Malicious"
  
Mechanized Existence
Mechanized Existence
Distillator

Extrait de "Summoning the Malicious"
  

tracklist
01.   Blinded by Chauvinism  (03:31)
02.   Mechanized Existence  (04:39)
03.   Estates of the Realm  (03:34)
04.   Summoning the Malicious  (04:02)
05.   Enter the Void  (03:51)
06.   Algorithmic Citizenship  (03:40)
07.   Stature of Liberty  (03:32)
08.   The King of Kings  (06:12)
09.   Megalomani  (04:16)

Durée : 37:17

line up
parution
1 Mai 2017

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