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Temple Of Baal pour l'album "Verses of Fire"

Interview

Temple Of Baal pour l'album "Verses of Fire" Entretien avec Amduscias (Chant) et Arkdaemon (Basse, chant) (2014)
Au fil du temps, Temple Of Baal s'est imposé comme l'une des références hexagonales en matière de Black Metal. Après une prestation absolument dantesque lors de la première édition du Wolf Throne Festival et alors que son quatrième album est maintenant disponible depuis quelques semaines, il me semblait intéressant de m'entretenir par e-mail avec le groupe. Amduscias (Chant) et Arkdaemon (Basse, chant) ont répondu présents pour répondre à mes questions sans langue de bois. Enjoy!

1# Si aujourd’hui on ne présente plus Temple Of Baal, pourriez-vous néanmoins revenir brièvement sur les membres qui constituent cette entité puisque qu’un nouveau guitariste est venu grossir vos rangs récemment? Qu’en est-il du départ d’Alastor?

Amduscias: En effet Alastor a quitté le groupe pendant les sessions d'enregistrement de Verses Of Fire. Nous sentions néanmoins cet événement venir, car depuis un moment, sa vie professionnelle l'accaparait, il n'était plus en mesure de venir régulièrement en répétition, et nous avions dû faire appel à Saroth pour le remplacer sur quelques concerts. Or cela s'était très bien passé avec Saroth, et donc, plutôt que de lancer une série interminable d'auditions, nous lui avons tout naturellement demandé s'il souhaitait rejoindre le groupe à plein temps. Même si le départ d'Alastor n'a pas été une chose facile à vivre car nous continuons à le considérer comme l'ami qu'il a toujours été, je pense que les choses sont mieux ainsi. Je suis très satisfait du line-up actuel, les premiers concerts ont été une réussite du point de vue cohésion et force du groupe, cela m'a donné des montagnes d'idées. Nous avons d'ailleurs commencé les ébauches de ce que sera notre prochain disque, et je suis impatient que nous réunissions nos idées en répétition.


2# Vous venez tout juste de sortir votre quatrième album intitulé Verses Of Fire. Les retours semblent extrêmement positifs jusqu’à maintenant. Compte tenu de l’évolution même que défend celui-ci, vous attendiez-vous à ces retours enthousiastes?

Arkdaemon: Pour être honnête, nous l'espérions, étant nous-même fiers de notre travail. Néanmoins il est toujours difficile d'anticiper les retours, surtout dans l'underground : le public est souvent conservateur et l'évolution du groupe dont tu parles aurait pu effectivement nous coûter l'adhésion de certains, c'est certainement ponctuellement le cas d'ailleurs, mais il faut reconnaître que le public a changé également, les clivages forts entre styles ont tendance à s'effacer.

Amduscias: J'ai réellement donné de moi-même lors de la composition de ce disque. J'y ai mis toute ma ferveur, sans retenue, sans faux semblant, sans concessions, et je pense que cela s'entend. Le moins que l'on puisse dire de Verses Of Fire, c'est que le groupe qui l'a enregistré est 100% vrai et honnête dans sa démarche. Je pense que le public est à même de reconnaitre cette honnêteté. Ensuite, bien évidemment, nous espérions un retour positif de la part des média, mais quel musicien n'espère pas un tel retour?


#3 En parlant d’évolution, mon ressenti à l’écoute de Verses Of Fire est que vous cherchez petit à petit à vous émancipez de codes parfois trop restrictifs liés au Black Metal. Vous êtes passés d’un Raw Black Metal à un Black/Thrash puis un Black/Death qui n’hésite pas à s’étendre sur de longs formats à coup de mid-tempo, à poser une voix mélodique de temps à autres ou bien des solos épiques et Heavy tout en conservant cette même intensité et ce feu intérieur (je pense par exemple à "Bloodangel" ou "Under Wings Of Azazel"). Bref, dans quel état d’esprit avez-vous composé ce nouvel album, vers quoi tendiez-vous exactement?

Arkdaemon: Plus qu'une émancipation, nous cherchons surtout à perpétuer la flamme qui a créé le groupe. Nous ne nous sommes jamais contraint à respecter des codes, nos premiers enregistrements correspondent totalement à ce que nous cherchions à l'époque et je ne crois pas que nous avions en tête de rentrer à tout prix dans une norme. Les enregistrements suivants ne pouvaient pas se ressembler éternellement, nous ne voulions surtout pas perdre la sincérité dans l'écriture et la restitution de nos morceau.

Amduscias: Je n'ai pas l'impression que le Black Metal soit "trop restrictif". Cela dépend de la façon dont on l'envisage. Certes, aujourd'hui, Temple Of Baal est un groupe de Black/Death, plutôt que de Black Metal au sens pur, et pourtant, pour moi, nous continuons à faire du Black Metal. Notre vision du Black Metal. Du moins, le Black Metal est au centre, c'est l'élément principal, en partie parce que nous n'envisageons Temple Of Baal que sous l'angle du Satanisme en ce qui concerne l'Esprit du groupe. Musicalement, disons que j'ai toujours suivi ce que je cherchais à exprimer. Je n'ai jamais caché mes racines, qu'elles proviennent du Black, du Death, du Thrash, du Doom, du Heavy... Je puise simplement dans chaque style pour coller au feeling que je cherche à exprimer lorsque je compose, et je le fais sans me poser de question, au fil de l'écriture du morceau, selon ce que mon cerveau ressent. Ensuite, il est vrai que lorsque nous entrons dans la composition d'un album, j'essaie d'avoir une direction très globale en tête. Pour Verses Of Fire, nous avions la volonté, Alastor et moi, de développer le songwriting et d'écrire des morceaux plus longs, plus épiques, comme en témoignent "Arcana Silentium" ou "Walls Of Fire". Je tire également les leçons du passé... Lightslaying Rituals était un très bon album, mais il était trop monolithique, la violence était présente à chaque seconde, et sa production ambiance "tout dans le rouge", si elle convenait parfaitement à son esprit, le rendait éprouvant à l'écoute. Il correspondait néanmoins à mon état d'esprit du moment, une colère extrême contre le destin y compris contre moi-même. Avec Verses Of Fire, nous avons souhaité revenir vers l'esprit originel du groupe, en retrouvant les atmosphères du Black Metal afin que le disque suggère une ambiance plus religieuse, plus rituelle, sans pour autant tomber dans les clichés du style chant grégorien, etc. D'où les parties tirant presque sur le Doom, et peut être une plus grande variété vocale afin d'exprimer davantage de choses.


4# La production a une fois de plus été confié à Andrew Guillotin. Avez-vous travaillez de la même manière que pour Lightslaying Rituals ou vous-êtes vous orientés vers d’autres pistes, explorés d’autres solutions afin de ne pas arriver au même résultat? De mon point de vue, je trouve le son de batterie plus naturel. Me trompe-je?

Arkdaemon: Nous avons travaillé à trois reprises avec Andrew, chaque enregistrement a été l'occasion d'affiner nos choix. Nous avions cédé sur Lightslaying Rituals à une certaine facilité avec une production très compressée, qui sonne grasse mais qui manque, avec le recul, de naturel et de dynamique, le split suivant (The Vision Of Fading Mankind) nous a permis de travailler ce point, mais nous avions très peu de temps et assez peu de moyens, ce n'est qu'avec Verses Of Fire que nous avons pu appliquer les leçons apprises, comme effectivement la volonté de retrouver une batterie naturelle ou d'avoir des morceaux où la violence vient totalement de la composition, et non du réhaussage systématique de chaque fréquence.


5# Vous avez confié la réalisation de votre artwork au jeune studio de création parisien AAAAA-Atelier. J’aime beaucoup le résultat mais je m’étonne de ce choix dans la mesure où Marie et Léopold s’inscrivent dans une démarche finalement assez éloignée de l’univers du Black Metal avec l’utilisation de ces couleurs vives, ces formes vectorielles etc... (un peu à la manière d’un Metastazis par exemple). Un univers graphique moderne et proche de ce que l’on peut retrouver dans la publicité ou le design contemporain. Quel était votre objectif en faisant appel à leurs services? Comment avez-vous collaboré?

Amduscias: Marie et Léopold sont venus en studio lorsque nous enregistrions l'album. Ils ont donc pu écouter le disque à plusieurs étapes, et nous leur avons immédiatement envoyé, quand le mix a été terminé, accompagné des paroles. Ils ont donc pu s'imprégner de l'esprit de ce disque afin de réaliser son artwork. Artwork qui m'a d'ailleurs d'abord surpris, mais que j'ai vite trouvé très riche et fascinant. Quant au style de AAAAA-Atelier, il ne faut pas non plus oublier qu'ils ont déjà travaillé avec des groupes de Black Metal ou assimilé, Seth ou Vorkreist par exemple, et qu'ils savent très bien ce que les musiciens attendent, ils en connaissent les codes, mais sont effectivement capables de jouer avec ces codes. Finalement un album aujourd'hui, au format physique j'entends, doit être une oeuvre d'art total, et les groupes ont le devoir de proposer un packaging intéressant, complet, avec les paroles, et dont le graphisme soit non seulement le reflet de l'album, mais également une oeuvre véritable et unique. Le public acheteur est rare aujourd'hui, il faut donc lui donner des raisons de le faire, et proposer une énième resucée de pochette Darkthronienne n'a aujourd'hui plus de sens. De même, je maintiens que les groupes ont le devoir absolu d'inclure leurs paroles dans leurs livrets. Cela fait partie du plaisir d'écoute que de les lire au fur et à mesure que la musique se déroule. Je sais que beaucoup de monde ne partagent peut être pas ma vision des choses, mais pendant mon adolescence, combien de fois ai-je écouté religieusement mes disques, livret à la main, observant chaque détail graphique, lisant les paroles au rythme de la musique, les credits et thanx lists dans les moindre détails ! L'écoute de la musique a changé aujourd'hui, elle est souvent moins profonde que par le passé : On geek sur Facebook, alors on ouvre dans un onglet, non pas Deezer ou Spotify, mais bel et bien youtube, pour écouter un album numérisé avec un son dégueulasse. Je le comprends et je le fais également, tout le monde le fait. Mais j'ai toujours gardé le plaisir d'écouter au format CD, sur chaine ou sur discman, livret en main. Cela me parait tellement important, en particulier pour des groupes comme le nôtre, ou tous les groupes qui envisagent leur musique au travers d'une spiritualité réellement vécue... Passer outre l'aspect visuel revient à occulter une partie d'un travail global pour évoquer cette spiritualité et je trouve cela fort dommage.


6# On retrouve d’ailleurs pas mal de symboles ésotériques comme cette paume de main, cette Brimstone, ce triangle barré... Et puis ce visage dégoulinant. Quels sont leurs significations respectives?

Amduscias: Le visage serait la représentation d'un être exposé aux "versets de feu", qui constituent une révélation... mais dont on doit payer le prix. La voix de la main gauche n'est pas un chemin que l'on suit innocemment. La main peut être une référence à la main de gloire, mais on constate qu'elle porte également des stigmates, ce qui la rattache à cette idée de révélation qui ne serait pas gratuite. Le triangle est le symbole alchimique du feu, il est aussi le symbole de la Trinité et le fait qu'il soit barré n'est pas innocent non plus. En ce qui concerne le symbole du soufre, je pense que le rapport est évident, mais nous en traiterons davantage dans l'album qui va suivre.


7# Quel est d’ailleurs votre rapport à l’art? Quel lien faites vous entre l’art (graphique), la musique et la religion à travers Temple Of Baal? Quel est selon vous la limite entre la juste représentation graphique d’un album à travers son artwork et les clichés liés aux thématiques du monde Metal (représentations de la Mort, du Mal, du Malin...)?

Amduscias: J'aurais adoré disposer de talents de graphiste ou de dessinateur, en plus de la musique. Cela m'aurait permis d'être totalement libre et de développer un univers qui suive mes propres envies... Malheureusement, je n'ai pas hérité de ce don. Temple Of Baal doit donc faire appel à des intervenants extérieurs. Mais finalement, nous y trouvons tout de même notre compte. Je pense qu'aujourd'hui, si l'on veut vendre des disques, il convient de proposer un packaging attrayant. C'est la raison pour laquelle nous avons fait confiance à A.A.A.A.A. Atelier dont les artistes sont versés dans les arts graphiques qui conviennent à notre style musical, puisqu'ils ont travaillé avec Seth ou Vorkreist. J'aime le rendu, qui finalement fait appel aux clichés dont tu parles (comment, et surtout à quoi bon les éviter puisqu'ils sont au coeur de notre musique même?) mais en proposant, à mon avis, une vision alternative, personnelle, différente.

8# A l’écoute de Verses Of Fire transparaît une religiosité évidente. Des mélodies que je trouve lumineuses, des textes empruntés à Aleister Crowley, une prière déclamée en Français etc… Pouvez-vous nous en dire davantage sur la thématique et le concept autour de cet album?

Amduscias: La thématique est tout simplement la Foi qui nous habite. Les "versets de feu" sont les principes de cette Foi, des versets qui détruisent les anciennes lois pour établir les nôtres. J'ai toujours été quelqu'un de mystique, très porté sur la spiritualité, d'où mon attirance vers le Black Metal, et la création de Temple Of Baal. Quant à Crowley, je le lis avec passion depuis une vingtaine d'années et j'ai toujours trouvé ses mots très justes. Comme beaucoup, j'ai trouvé un parallèle évident entre la Loi de Théléma et ma propre spiritualité. Je me suis donc penché davantage sur l'univers de Crowley, qui bien plus que de se résumer au simple "fais ce que tu voudras", s'avère être d'une richesse et d'une complexité extrême, ainsi qu'une intarissable source d'inspiration, non seulement en matière d'Art, mais également bel et bien dans la manière de vivre une certaine spiritualité au quotidien. J'apprécie également l'univers multi-dimensionnel des sources de Thelema, ce syncrétisme occulte mêlant éléments de la religion de l'Egypte ancienne, des spiritualités extrême-orientales (yoga, méditation...) et interventions épisodiques de Satan et Lucifer même si Crowley n'avait rien d'un sataniste ou d'un luciférien. J'ai été, disons, sensibilisé, il y a quelques années, à une certaine tradition ésotérique, qui veut que le Mage puisse aborder toute pratique, de quelque tradition que ce soit, s'il estime que la dite pratique est un moyen de parvenir à ses fins : on retrouve cette dimension chez Crowley, mais ce qui pourrait paraitre comme un gigantesque fatras occulte ne l'est en rien. Tout est méticuleusement pensé, organisé, jusqu'au moindre mot qui, d'un aspect totalement anodin pour le profane, revêt en réalité plusieurs aspects et significations chez lui. Il faut lire, et relire Crowley, de préférence en version originale, car son anglais est excellent, ou dans les traductions de Philippe Pissier, qui sont lumineuses.
Pour en revenir à ma propre conception de la spiritualité : Je suis la Voie de la Main Gauche depuis de très nombreuses années, mais je ne me retrouve pas dans le Satanisme "anti-ceci ou cela". Ma vision dépasse de très loin la simple opposition à une religion : Elle en est une en elle-même et fait référence au principe de la Transcendance, indissociable pour moi de toute pratique ésotérique et qui malheureusement est tourné en dérision et dénigré par notre époque bassement matérialiste.


9# Cet aspect religieux est-il quelque chose qui vous habite au quotidien? Si oui, comment le vivez-vous? Par quelles actions concrètes cela se traduit-il?

Arkdaemon: La Religion, la ferveur sont avant tout des éléments du quotidien. Je travaille continuellement à ce que ma vie soit le reflet de ma vision et du chemin que j'ai choisi. Donner des exemples concrets revient rapidement à sombrer dans l'anecdotique.

Amduscias: Disons que je respecterai la devise "Savoir, vouloir, oser, se taire." Il y a une différence entre la musique, et la Foi qui conduit à la produire. J'effectue mon chemin en solitaire, et c'est à mon sens ce que doit faire chacun, à moins qu'il n'y ait une rencontre décisive avec certaines personnes. Je n'ai aucune vocation à servir d'exemple, encore moins de gourou! De toutes façons, une interview ne doit pas être prétexte à un étalage de pratiques religieuses. Et pourquoi faire? Donner un quelconque gage d'authenticité? A qui donc? A quel titre? Cherchez et vous trouverez, c'est tout ce que je peux vous dire...


10# Vous avez récemment participé à la première édition du Wolf Throne Festival. Comment cela s’est passé pour vous? Quel regard portez-vous sur un tel événement en France et surtout cette réponse extrêmement positive du public venu en masse?

Amduscias: C'était un sacré pari de la part des organisateurs, et un véritable succès. Pas forcément gagné d'avance de plus, car faire le festival en banlieue, quand on connait la réticence de certains parisiens à passer le périphérique... Mais je connaissais bien cette salle, pour y avoir donné un concert avec un de mes anciens groupes en 1993, et je savais que la qualité serait au rendez-vous. Tout était très bien organisé, le son était bon, et comme tu le dis, la réponse a été ultra positive puisque le public est venu en masse, et de toute l'Europe. Je pense que l'événement sera pérennisé. Cela permet de redorer le blason de la France en matière de Metal à l'étranger, à mon avis. Nous avons déjà l'un des plus gros festivals européens avec le Hellfest, le Motocultor est en bonne voie également, mais ce sont des festivals "grand public". Les festivals 100% extrême n'étaient pas nombreux, mis à part le Black Metal Is Rising qui a pris une telle ampleur qu'on peut réellement le qualifier de festival, il y en avait peu. Le Wolfthrone peut prétendre à être pérennisé, si sa politique de programmation reste la même à savoir mixer des noms légendaires et rares (franchement, qui, en France, aurait programmé Demigod et Convulse?) avec des groupes disons plus actuels. Ceci étant dit, l'affluence record à ce fest est une bonne surprise, sûrement parce que l'affiche rassemblait énormément de noms. Je ne suis pas persuadé qu'une affiche rassemblant trois ou quatre groupes, même parmi les noms légendaires dont je parlais, même à Paris intra muros, aurait rameuté un public si nombreux.


11# Je sais qu’Arkdaemon est un gros amateur de Death Metal pour l’avoir plusieurs fois croisé en concert. Qu’en est-il pour le reste du groupe? Avez vous fait quelques découvertes durant le Wolf Throne Festival? Y a t’il justement des groupes de Death Metal qui influencent aujourd’hui Temple Of Baal d’une manière ou d’une autre dans sa composition?

Arkdaemon: Même si ce n'est pas une découverte à proprement parler, j'ai pu assister au set de Disma qui a été une énorme et massive confirmation que le groupe avait vraiment quelque chose à apporter.

Amduscias: Ce n'est pas un secret, j'adore le Death Metal, ayant vécu l'essor du style au tout début des années 90. J'aime le Death Metal disons "à l'ancienne", et qui dégage une réelle atmosphère occulte. Le Death Metal ultra brutal ne m'intéresse pas, ni cette vague de Death Metal ultra technique que je trouve stérile et encore moins le pseudo Death Metal mélodique de Göteborg. Je préfère m'écouter le premier Massacre, avec toutes ses imperfections, plutôt qu'un In Flames ou un Decapitated. J'aime Morbid Angel, Immolation... Et en effet, Disma, la grosse surprise niveau Death US cette année.


12# Votre prestation au Wolf Throne Festival était particulièrement intense, presque Punk avec ces problèmes en fin de set. N’est-ce pas trop dur de conserver la même motivation pour monter sur scène et tout donner après tant d’années?

Arkdaemon: Non, le temps ne fait même que cristalliser la nécessité de jouer sur scène. Je suis un habitué des problèmes de sangles, de visserie ou de strap locks (comme ça a été le cas au Wolf Throne) que je maltraite trop, mais la motivation reste la même.


13# Quels sont désormais vos projets à court et moyen termes? Y a t’il une tournée de prévu pour accompagner la sortie de votre nouvel album?

Amduscias: Nous allons sous peu effectuer notre première date en Allemagne à Speyer (Speyer Grey Mass, avec Archgoat, Sargeist, Acherontas...) ce qui représente une étape symbolique assez importante en ce qui me concerne, Temple Of Baal restant encore bien peu connu à l'extérieur de nos frontières. A priori, c'est un début et 2014 devrait voir Temple Of Baal s'exporter davantage, nous venons de signer chez Eld Events, qui a des projets très intéressants en ce qui concerne les tournées et festivals pour Temple Of Baal. Une autre date est prévue à Olten en Suisse le 8 Février avec Aosoth, et Temple Of Baal est également programmé au Hellfest le 21 Juin. D'autres dates très intéressantes sont à priori en prévision mais je ne peux pas en parler pour le moment. En attendant, nous nous sommes remis à la composition du prochain album pour lequel nous avons dores et déjà environ 45 minutes de pré-maquettes qu'il va falloir répéter et retravailler.


14# Il semble d’ailleurs toujours aussi compliqué pour un groupe français de trouver sa place sur des tournées Européennes en premières parties de "grosses pointures". Comment se passe les choses à votre niveau?

Arkdaemon: Il est surtout compliqué pour tout le monde de faire des tournées. Les grosses pointures tournent avec une logistique importante et essaient de jouer dans de grosses salles, et j'ai bien peur que le coût que ça représente ne soit désormais plus assuré d'être comblé par les ventes de billets. Le ticket d'entrée pour être "tour support" d'une tournée européenne de grande ampleur est désormais trop élevé et même les labels peinent à contribuer financièrement. De plus, je continue de préférer les concerts undergrounds aux grosses tournées pour lesquelles une majorité du public, souvent peu investie, ne vient que pour les têtes d'affiche.

Amduscias: Je suis assez d'accord, même si je considère qu'il est toujours bon pour un groupe d'effectuer des premières parties. L'exercice est difficile, car le public n'est pas forcément réceptif, mais cela permet de faire découvrir le groupe à des gens qui n'auraient pas la curiosité de se rendre à un concert plus UG. Si l'on peut rallier deux ou trois personnes supplémentaires à notre étendard, et peut être qui sait, les amener plus tard à assister à un concert plus UG, c'est toujours un pas de plus. Je pense qu'il faut aller chercher le public. Ceci dit, il est évident qu'il est beaucoup plus agréable de jouer devant un public de maniaques totalement acquis à notre cause, comme ce fut le cas au Wolfthrone par exemple. Une fosse déchaînée sera toujours plus propice à un set énergique de notre part, c'est évident.


15# Je me trompe peut-être mais j’ai le sentiment que le Black Metal est actuellement dans le creux de la vague en terme de "popularité". Le Death Metal old school semble par contre rencontrer une regain d’intérêt ces dernières années. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la scène Black Metal en France. Quels sont ses éventuels atouts et/ou défauts? Et comment voyez-vous sont évolution et son positionnement face aux scènes allemandes, scandinaves, grecques ou américaines?

Arkdaemon: Peut-être, mais si le Death Old School était si populaire, Incantation jouerait devant plus de 110 personnes à Paris je pense. Il existe en revanche un certain nombre de phénomènes rassemblant pour des raisons que j'ignore parfois une très forte adhésion. Mais je ne pense pas qu'il y ait une formule aussi simple que relier le style d'un groupe et sa popularité. Watain par exemple, qui, quoi qu'on dise de leur dernier album, est résolument Black Metal et populaire. Pour ce qui est de la France, j'ai vraiment pas cette notion corporatiste quand on parle de musique. Dans un ensemble de groupe, il me vient rarement à l'idée d'utiliser leur origine géographique comme dénominateur commun. Évidemment, il existe de réelles appartenances à une origine, comme les vagues de Death et Black Suédois qu'on reconnait presque instantanément tant ils ont marqué le style. Il y a un certain nombre de groupes Français d'exception, peut-on parler de scène française pour autant ? Et surtout, je ne crois pas qu'on puisse tirer un quelconque enseignement à ces comparaisons.


16# D’une manière générale comment voyez-vous évoluer le monde de la musique dans les années à venir. Le digital a pris une place très importante aujourd’hui même si l’on peut constater un regain d’intérêt pour un support comme le vinyle (avec malheureusement une hausse des prix). L’accès à la musique et aux artistes est certes facilité mais à l’inverse les gens s’enfoncent dans le téléchargement de masse, consommant la musique plus qu’ils ne l’écoutent ou ne la vivent. C’est peut-être moins vrai dans un univers comme le notre rempli de passionné mais clairement, cela a changé la donne.

Amduscias: La réponse est dans ta question. La facilité avec laquelle les gens peuvent se procurer un album fait qu'ils y attachent beaucoup moins d'importance, et l'écoute en profondeur d'un disque est de plus en plus rare. De plus, internet permettant de prendre la parole avec la plus grande facilité (forums, réseaux sociaux), un certain nombre d'individus s'érigent en spécialistes et descendent un disque en flammes, parfois en ne l'ayant écouté que distraitement sur youtube... Tout ceci n'aide pas à un "marché" sain, je mets des guillemets car l'aspect marché, ventes... M'est assez étranger en fin de compte. Beaucoup de gens se font des idées totalement fausses sur l'envers du décor. On reproche à tel ou tel groupe légendaire qui fait son comeback de faire ça au nom du pognon... Il n'y a pas de pognon à se faire, quand on fait du Metal. Certainement pas sur les ventes de disques en 2014. Je pense que les ventes de disques se font pour la plupart aux stands merchandising des concerts. Les VPC marchent encore, mais je me demande combien de gens achètent encore en magasin. La proportion a forcément baissé. A mon avis, un groupe qui veut vendre des disques a intérêt à jouer live un maximum en emportant suffisamment de merchandising. Mais là encore, les choses sont difficiles, on parlait de la difficulté à programmer un groupe comme le nôtre, c'est une réalité, regarde les têtes d'affiche des festivals, on a l'impression d'être entre 1985 et 1995, selon le fest. Suivent les groupes hype du moment, qui ont sorti leur premier album l'année dernière et qui est adulé par la masse. Enfin viennent "les autres", qui se battent pour s'imposer, et au milieu de 25 groupes suédois ou norvégiens, tu trouves parfois un groupe français que tout le monde félicite chaudement d'avoir enfin gagné le sésame, comme si un fest était une fin en soi. Mais moi je vois grand, je veux jouer partout, et ne pas être traité comme un moins que rien! Aujourd'hui, si tu ne tournes pas, tu ne vends pas de disques ! Et tant qu'on aura pas eu un véritable renouvellement de la scène, avec une évolution des têtes d'affiches et une vraie reconnaissance des groupes méritants, tu pourras toujours être méritant, si on ne te voit pas en live, tu ne vendras pas de disques ! Ensuite comme je le disais, je ne suis pas du tout un obsédé des ventes et de la vision commerciale de la chose. Je fais du Black Metal, je le fais uniquement par passion et conviction. On en parle parce que tu me poses la question, mais moi, ce qui m'importe c'est de composer les meilleurs morceaux possibles, et effectivement, de jouer un maximum, devant un maximum de monde.


17# Vous mêmes, en tant qu’artistes avec un deal à la clef (chez Agonia Records), comment vivez vous votre passion en tant que simples auditeurs? Continuez-vous à acheter des disques? Avez-vous répondu aux sirènes du téléchargement? Si oui, le faites-vous de façon raisonnée?

Arkdaemon: J'achète toujours la plupart de mes disques. Quand j'achète un vinyle, je télécharge systématiquement la version numérique. J'ai récupéré sur le net des raretés, chopé des discographies complètes quand elles sont conséquentes et que je découvrais le groupe sur le tard, j'ai peu de scrupules en général. La question est d'être au clair avec soi-même. Dans notre cas, mais je pense que la plupart du Metal extrême est dans la même situation, nos maisons de disques ne se font pas d'argent sur le dos des autres, nos concerts et notre merchandising ne remplacent pas les ventes de disques. Il faut arrêter de se voiler la face, mis à part ceux qui n'ont vraiment pas un rond, si les gens téléchargent, c'est qu'ils peuvent le faire. Collectionner des boites en plastique n'est évidemment pas l'activité la plus épanouissante, mais il faut avouer que l'effondrement des ventes de disques ne nous facilite pas les choses. Ce sont des considérations triviales que je préfèrerais garder pour moi, mais les conséquences nous affectent plus ou moins tous.


18# J’ai lu dans une interview accordé en 2003 au webzine La Horde Noire que vous regrettiez la disparition des fanzines et que finalement le côté "clef en main" et "accessible à tous" des webzines vous semblait à l’époque "sans intérêt". Dix ans plus tard, votre avis est-il toujours le même à ce sujet? Continuez-vous à lire des fanzines? Et quel crédit accordez-vous à la presse écrite?

Arkdaemon: Je maintiens que l'accessibilité favorise l'épanouissement de la fainéantise et de la médiocrité, elle a néanmoins ses bons côtés. De toutes façons, il faut profiter de ce qui est là, si d'autres en subissent les inconvénients, c'est leur putain de problème. Je n'aime pas la nostalgie, je lis de bons zines papier quand il en sort (Dead fucking Church par exemple). Je ne sais pas si on peut parler de presse écrite pour des fanzines, mais le crédit que j'y apporte est évidemment celui que j'apporte, avant tout, à la personne qui écrit et pas au médium en lui-même.


19# Pour conclure sur une note plus légère, qu’est-ce qui à l’exception de Temple Of Baal et de la musique vous fait aujourd’hui vibrer en tant qu’individu?

Amduscias: Certaines choses de ma vie personnelle, et qui n'ont pas leur place dans une interview. De manière générale, tout ce qui permet d'oublier le quotidien de notre pitoyable civilisation médiocre et décadente. J'ai de plus en plus envie de m'exiler loin de l'Europe même si certaines choses me retiennent sous ces latitudes.


20# Merci pour le temps que vous m’avez accordé. Si vous souhaitez ajouter quelque chose pour conclure cette interview, faites-vous plaisir.

Amduscias: Merci à toi. Merci au public pour son soutient indéfectible depuis quinze ans. Ecoutez Verses Of Fire, faites vous votre propre opinion, faites le écouter autour de vous ! Venez aux concerts et soutenez les associations qui organisent les affiches underground si vous ne voulez pas les voir disparaitre. AMSG !

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Black / Death Metal - 1998 - France
  

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2013 - Agonia Records
  

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