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Andhera : Ce qui se cache sous le capuchon du moine

Interview

Andhera : Ce qui se cache sous le capuchon du moine Entretien avec Andhera (2017)
Ils n'étaient pas entièrement d'accord avec ma chronique, je leur ai proposé de s'expliquer plus librement en interview. Si vous vous demandez ce que cachent les capuchons de moine sous lesquels ANDHERA se dissimule, le gang vous livre SA vérité en long, en large et en travers!

Bonjour ANDHERA, pour démarrer, pouvez-vous présenter le groupe et l’histoire musicale de ses membres

La plupart des membres de ANDHERA viennent de précédents projets musicaux. Quand l’ancien groupe de notre guitariste a splitté il s’est rapproché du batteur d’un autre groupe local qui venait également de se séparer. Ils ont immédiatement commencé à travailler sur ce qui est devenu Luminality. Nous sommes tous des acteurs de la scène Metal et avons joué dans plusieurs groupes pendant des années. Il nous est même arrivé de nous retrouver sur une même affiche mais dans des gangs différents. ANDHERA est la réunion de musiciens confirmés qui se respectent et ont envie de jouer ensemble.


Comment décririez-vous la musique jouée par ANDHERA ? Que signifie Death Metal Progressif pour vous ?

Notre musique n’est qu’une partie de la vision que nous essayons de créer. Nous ne sommes pas uniquement influencés par d’autres musiciens, mais également par les arts visuels, la philosophie, la littérature et d’autres formes d’expression artistiques. Nous essayons de construire des paysages musicaux qui traduisent ces différentes influences. De notre point de vu, nous pensons que le terme progressif est utilisé dans nombre de débats autour de la musique quand les gens ne savent plus vraiment comment décrire ce qu’ils entendent. Ce genre de définition doit seulement nous inciter à repousser les normes et les limites de ce qui est communément accepté dans le Death Metal. Nous aimons expérimenter des choses et voir comment elles s’intègrent dans le paysage musical de nos albums.

Il y a dix ou vingt ans, avoir un style clairement défini était essentiel pour “trouver son public”. Pensez-vous que cela soit toujours aussi important aujourd’hui ou, au contraire, que le public est plus ouvert d’esprit et capable de se forger une opinion sur la musique même si le style n’est pas clairement défini ?

S’en tenir à un style clair et assumé reste important pour trouver et développer l’identité d’un groupe. Toutefois, l’identité n’est pas une donnée constante. Elle varie et évolue au fil du temps au fur et à mesure que l’on grandit et que l’on apprend. A notre ère post-moderne, où la subjectivité prime sur l’interprétation, nous pensons qu’une vision d’ensemble du projet et des objectifs que nous nous sommes fixés est plus importante que de se focaliser sur une identité claire.
Une grande partie du public semble prête à l’accepter. Ici, aux Etats-Unis, la plupart des spectateurs de nos shows donne l’impression de vraiment apprécier ce qu’ils voient et ce qu’ils entendent. L’accueil critique et l’interprétation sont essentiels pour permettre à un musicien de continuer à grandir, même lorsqu’elles ne sont pas positives. Notre style peut ne pas sembler très clair pour le moment mais plus nous publierons de nouvelles créations musicales et non musicales, plus il le deviendra. Heureusement pour ceux qui se posent des questions : ils trouveront dans les travaux à venir de quoi satisfaire leur curiosité!

Est-ce que Luminality est une longue chanson découpée en plusieurs parties ou plusieurs chansons fusionnées en une seule compo ? Comment avez-vous fait pour obtenir un résultat final aussi cohérent ?

Nous avons créé une longue chanson. Ce n’était pas du tout notre but au départ. Nous avons seulement cherché à écrire un bon morceau de Metal qui explorerait plusieurs territoires musicaux et nous donnerait l’occasion de tester de nouvelles choses. La première chanson du disque aurait dû être “Part II – Departure” mais nous avons réalisé qu’elle sonnerait mieux comme la partie centrale d’une compo plus vaste. Nous avons bâti “Part I – Axiom” autour de riffs que nous avions mis de côté puis réalisé une transition fluide entre les deux premiers morceaux, comme si nous savions où nous voulions aller avant même d’y penser. C’est le résultat d’un intense brainstorming à propos de l’importance de la construction et des thèmes musicaux que nous avons eu lors des phases préparatoires du projet Liminality. Après ces deux premières chansons, nous savions que le disque devrait être composé d’une seule pièce à écouter dans un certain ordre.

Vous avez autoproduit et masterisé Luminality vous-même. Quelle est l’étape la plus difficile de ce processus ?

L’enregistrement, la production et le mastering ont fait l’objet d’un effort partagé entre le groupe et Kevin Pandele (the damage room recording studios). Nous avons fait les prises de batterie et de guitare avec Kevin et enregistré nous-même la basse depuis notre local de répétition. Quant à Brody Uttley (RIVERS OF NIHIL), il a enregistré ses guest leads depuis son propre home studio.
L’étape la plus difficile du processus était de coordonner toutes ces prises pour en faire un tout cohérent. C’est facile de réunir des prises parfaites pour en faire quelque chose qui sonne bien, mais nous voulions que le résultat sonne comme du live, très organique. Kevin a compris ce que nous cherchions à obtenir et nous a réellement poussés dans nos ultimes retranchements pour obtenir le résultat escompté. L’artwork, le logo, les contacts avec la presse et le merchandising ont été faits par le groupe. Nous avons également publié le disque dans le monde entier à partir de plusieurs plateformes digitales.

Pendant la production et le mastering, à quel moment décide-t-on que “cette version est celle que je veux”. Etes-vous parvenus à obtenir exactement le résultat escompté ?

Nous avons eu quatre ou cinq “version définitive” de Liminality. Ce fut une expérience intéressante parce que nous avons dû reprendre la construction de chaque morceau pris individuellement mais également travaillé à la cohérence des quatre pistes entre elles. Nous avons retenu la quatrième version car nous trouvions qu’elle avait à la fois la sonorité Metal moderne que nous recherchions tout en restant suffisamment organique pour que l’auditeur perçoive que nous avions eu une approche différente de celle des autres groupes. Bien sûr, il y a toujours des renoncements, ou des choses qu’on aimerait avoir pu faire différemment. Par exemple, nous aurions aimé disposer d’une grande chambre de percussion pour enregistrer la batterie. Nous aurions également aimé passer plus de temps sur les tonalités de guitare, ou les plans de basse… Mais au final, compte tenu de la nature totalement DIY du projet, alors que l’argent et le temps nous sont comptés, c’est important de garder les pieds sur terre et de limiter nos ambitions à ce qui est réaliste.

Vous portez des masques, des capuches et vous vous identifiez par des symboles géométriques, pourquoi ?

C’est une longue histoire. La version abrégée c’est que nous voulons que notre musique soit cohérente avec l’histoire que nous souhaitons raconter au travers du groupe et qui doit être perçue comme une expression artistique cohérente. Nous souhaitons que notre propos artistique soit perçu objectivement par le public et éviter qu’il soit influencé par la personnalité de tel ou tel musicien, ou son background. Cela ne devrait pas poser de problème dès lors que vous aimez notre musique et notre proposition artistique.

La version longue maintenant : Le terme Liminality (en français : liminalité) provient de recherches anthropologique sur ce qu’il advient d’un individu lorsqu’il participe à un rituel. La liminalité est l’étape intermédiaire où vous n’êtes plus vraiment ce que vous étiez au début et pas encore ce que vous devez devenir. Le processus part de ce que vous êtes (“Part I - Axiom”), traverse une phase de séparation du groupe (“Part II - Departure”), puis une suite de transitions (“Part III - Transference”) avant que vous soyez réintroduit dans le groupe (“Part IV - Refluence”). Les triangles sont la représentation alchimique des quatre éléments. L’alchimie étant la pseudo science qui a cherché à changer la nature des choses, avons repris ce symbolisme pour représenter les thématiques de Liminality.
Axiom – La Terre, là d’où l’on vient.
Departure – L’eau, être extrait de son état originel, ne plus avoir de forme physique.
Transference – Le feu, l’élément utilisé comme catalyseur pour changer les choses.
Refluence – L’air, l’ascension, l’élévation au-dessus de l’état précédent.
Les robes, les masques et l’imagerie sombre utilisées sur scène proviennent de recherches à propos des Azande et d’autres tribus en Afrique. Dans leurs rituels et croyances, ils prennent l’aspect d’avatars représentant leurs craintes. Ils pensent qu’en agissant ainsi, ils récupèrent les pouvoirs des choses qu’ils craignent, ce qui affaiblit ces dernières et les rend vulnérables. Nous ne nous habillons pas ainsi en tant que membres d’un culte, mais parce qu’en adoptant cette imagerie, nous mettons en avant nos peurs et nos incompréhensions, et séparons nos personnages de toute pensée rationnelle. C’est une forme de méditation.
Tout cela revient à chercher à coller, thématiquement, à l’histoire que nous voulons raconter, aussi bien musicalement que visuellement, et donner au spectateur une vision aussi objective que possible du projet, comme un tout. Et puisque nous continuons à explorer ces thématiques, nous espérons progresser dans notre compréhension individuelle tout en continuant à évoluer en tant que musiciens et artistes pour continuer à divertir notre public.

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Nous allons bientôt publier des histoires écrites qui expliquent les dessous de Liminality. Nous travaillons également au prochain disque, toujours avec Kevin dans la chambre de torture. Ce nouveau projet sera également enrichi par une publication écrite et nous espérons pouvoir également l’enrichir avec d’autre supports artistiques sur lesquels nous avons travaillé.

Merci d’avoir pris le temps de nous interviewer et de mieux nous connaître !



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Traduction par rivax

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Death Metal Progressif - 2015 - Etats-Unis
  

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