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Also Sprach Zarathustra

Live report

Also Sprach Zarathustra LAIBACH
Le 24 Novembre 2017 à Paris, France (Trabendo)
Morphique, insondable, mystique…les qualificatifs ne manquent pas lorsqu’il s’agit de définir le concept mutant entretenu par Laibach depuis 37 ans.
Œuvrant au gré des inspirations dans l’Expérimental brut, l’Indus martial ou plus récemment la Tech Dark, les Slovènes revendiquent avant tout une identité propre, complexe et inimitable. Bien au-delà d’un simple courant musical et n’en déplaise aux amateurs de cases, le combo explose les frontières du 4ème art.
Une approche, une philosophie qui ne rebute en rien, un public éclectique venu en masse au Trabendo ; de l’initié au simple curieux souhaitant vivre une expérience à part. Inutile de préciser que l’ambiance opère dès le départ ; une nappe sonore évoque une sirène de goulag un soir de brume, les aficionados reconnaissent sans peine Von den drei Verwandlungen, essai expérimental et sonore clôturant le dernier album; deux faisceaux rouges balaient la salle de façon hypnotique ; le climax augmente en densité, inquiétant, cubique, hypothermique…
A vingt heures précises, la nappe se fait plus massive, les infra bass font trembler les murs ; Luka Jamnik et Rok Lopatic prennent possession de la scène, suivis par Janez Gabric.
L’intro percute autant qu’elle envoute le public. Les images projetées englobent la scène et ces extérieures ; le décor est planté pour accueillir le très charismatique Milan Fras, frontman et visuel à part entière de la formation.
Ein untergang et son carillon enfantin ouvre un set en grande partie dédié à leur dernier opus Also Sprach Zarathustra.
Plus brut, expérimental, moins cadencés mais d’une profondeur claustrophobique, les titres s’enchainent et marquent par leurs noirceurs sans pour autant déstabiliser les fans les plus hardcore habitués à l’inhabituel. Exit The Whistleblowers, Geburt Einer Nation, Across The Universe ou encore le mythique Tanz Mit, Laibach se remet en permanence en question, au gré des thématiques, des époques et des rencontres ; l’approche répétitive de certains courants musicaux est antinomique aux compositions des Slovènes. Qu’on se le dise, toute anticipation est impossible. Les titres défilent dans une ambiance de meeting solennel ; les images projetées contribuent à une mise en abîme des compositions ; sur Ein Verkündiger Milan guide la cadence en aiguisant des machettes Gurkhas ; le trip est total ; Laibach distille son mysticisme en intraveineuse.
Von Gipfel zu Gipfel et sa slow rythmique limite Kassa, Das Glück est ces gémissements morbides, les gémellaires Die Unschuld et son approche cinématographique à en faire pâlir Vangelis, la planant Als Geist, l’envoutant Vor Sonnen-Aufgang, chef d’œuvre du dernier album ou Mina Spiler, Diva au chant cristallin. Autant de titres pourtant difficiles d’accès, même pour les initiés, réussissant à subjuguer un public totalement immergé dans l’univers intemporel et évolutif des Slovènes.
Parnassus, Cold Song, le classique et très dansant Antisemitism qui tranche avec une l’ambiance intimisme du concert, l’incontournable Brat Moj modernisé (il faut dire que ce titre issu d’un tryptique sortie en 1984 était à l’origine dépourvu d’interprétation). Hell: Symmetry, deuxième titre de la soirée issu de l’album WAT, chanté en anglais ; l’étrange essai sonore en Français Le Privilège des Morts mélanges de samples radiographiques, voix féminines redondantes, des nappes rappelant le Trans-europe express de Kraftwerk ; l’hypnotique Ti Ki Izzivas sur lequel Mina et Milan chantent d’une seule voix.
Wirtschaft ist tot, véritable hymne à l’effondrement d’une société reprenant les valeurs de l’Occident clôture le show ; hasard ou volonté lorsqu’on sait que le dernier opus reprend le titre de l’œuvre philosophie de Nietzsche, lui-même pourfendeur de la culture occidentale et des ces valeurs.
Le rappel est plus accessible avec le très stimulant Bossanova sur lequel Mina module sa voix de façon impressionnante tandis que Milan pose sa voix sur un slam caverneux ; un vrai défouloir avant l’inévitable reprise, See that my Grave is Kept Clean sur cette tournée. Une chanson qui a presque cent ans…enregistrée la première fois par le célèbre Bluesman Blind Lemon Jefferson avant de tombé dans l’oubli et d’être réhabilité par Bob Dylan himself, 36 ans plus tard. Des covers ont depuis été plus ou moins réussis mais Laibach en a parfaitement l’essence au même titre que B.B. King ou encore Lou Reed ; il y a pire comme références.
Le combo salue son public de manière solennelle, distante mais toujours respectueuse. 90 minutes d’un show plus obscur et complexe qu’à l’accoutumé, témoignage d’une époque et de l’humeur du moment. Un engagement permanent on stage, une parfaite maîtrise de l’imagerie, Laibach sait tenir son set de bout en bout, lyrics factieuses et contradictoires afin de semer un doute qui au fil des ans n’en est plus un, tant la dénonciation fait partie intégrante des textes.
Les Slovènes traversent les époques, les courants, tout en restant fidèles une seule cause, la principale, la leur…du grand Art.

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