Avant qu'on m'engage, c'était quand même n'importe quoi chez Thrashocore. Sans même parler de l'attitude délurée des membres de la rédaction qui passaient plus de temps à se servir de leur notoriété pour courir après des mannequins russes et avoir des réductions sur le kilogramme de cocaïne, c'était surtout les notes infligées à certains groupes qui étaient proprement honteuses. Si l'on peut comprendre que la surdité avancée de certains chroniqueurs sur le déclin ait pu permettre de mettre 7/10 au dernier Mithras (oui, j'ai la rancune tenace), il est plus difficilement explicable d'avoir mis 8/10 aux deux premiers chefs d'œuvres de Arsis, le meilleur groupe de death technique des Etats-Unis (et je pèse mes mots). Bon, ok j'avoue, je suis fan des Virginiens depuis leur premier album,
A Celebration Of Guilt, joyaux de death technique atypique, que je classe personnellement parmi les meilleurs albums de tous les temps (oui, rien que ça). Et si
United in Regret s'avéra être un poil moins bon, car l'on sentait que certains morceaux faisaient office de bouche-trou malgré la présence de tubes tels que « Oh, The Humanity », « Lust Before teh Maggots Conquest » ou « The Mariage Bed », il restait tout de même un album exceptionnellement bon. Vous vous imaginez donc bien l'impatience avec laquelle j'attendais le nouvel album de Arsis, que je considère comme étant l'un des meilleurs groupe de metal en activité (oui bon ok, j'arrête les éloges). Mais passons outre cette considération de fan en essayant d'être le plus objectif possible.
Voilà seulement un an et demi que
United In Regret est sorti, et pourtant Arsis a profondément changé en ce court laps de temps : Michael VanDyne a quitté le navire, et James Malone toujours aidé de Noah Martin à la basse, a décidé de s'entourer de musiciens permanents, ce qui s'est concrétisé par l'embauche de Ryan Knight à la seconde guitare et de Darren Cesca, déjà batteur de Incinerate et Goratory. Alors, autant vous le dire tout de suite, Arsis possède maintenant le meilleur line-up de son histoire. On connaissait déjà l'incroyable talent de guitariste de James Malone (fortement influencé par Dieu le Père Andy LaRocque), on se doutait que Noah Martin était un très bon bassiste, on savait pertinemment que Darren Cesca était un monstre (il n'y a qu'à écouter Incinerate), mais la démonstration technique qui est faite sur We Are The Nightmare nous montre de surcroît que Ryan Knight est juste l'un des meilleurs guitaristes du circuit. Je suis resté bloqué au visionnage du DVD (sur lequel je reviendrai) sur la propreté et la facilité avec laquelle il arrive à enchaîner des figures démentiellement complexes
Sweep 6 cordes/legato/tapping 3 doigts pour les deux du fond que ça intéresse.
Pas de surprise donc au fait que We Are The Nightmare soit l'album le plus technique de Arsis, et c'est principalement au niveau de la batterie que cela se ressent. Si avant, cet instrument était totalement éclipsé par l'époustouflant travail de James Malone à la guitare, la musique d'Arsis s'est faite plus homogène sur ce nouvel opus, et Darren Cesca gratifie l'album de parties de batterie variées, rapides, techniques et prenantes, exactement à la manière d'un Derek Roddy. Il suffit de jeter une oreille rapide sur Shattering The Spell pour comprendre que techniquement, Arsis a encore atteint une nouvelle dimension : les lignes de sweep et autres tapping abondent, les leads ne cessent quasiment jamais, la batterie est ultra variée, on distingue de temps à autre quelques belles subtilités à la basse… Bref, si vous aviez toujours rêvé de rejouer du Arsis dans votre chambre à coucher, je vous déconseille vivement l'écoute de ce We Are The Nightmare, à moins qui vous souhaitiez vraiment avoir une bonne raison (en l'occurrence, le dépit) pour revendre votre instrument.
Il y a une chose qui frappe à l'écoute de We Are The Nightmare, c'est que Arsis se fait moins mélodique et aérien par moment, et que les morceaux sont loin de se ressembler autant que par le passé. Alors ne vous inquiétez pas, vous retrouverez toujours les contrepoints que Malone compose à la perfection, seulement ils sont juste moins nombreux que par le passé. Mais encore plus que la diminution du nombre de contrepoints, c'est le jeu de Darren Cesca qui renforce l'impression de la perte du côté aérien permanent. En effet, même si son jeu y est bien plus varié que dans Goratory ou Incinerate, il n'en reste pas moins très lourd pour du Arsis, regorgeant de matraquages de double pédale (« Sightless Wisdom ») et autres blast beats tout autant que de passages plus posés que l'on connaît au groupe. Mais en plus, l'album possède quelques morceaux plutôt simples, et largement moins élaborés que par le passé, sans presque aucun contrepoint, et sans fioritures techniques autres que d'injouables solos (« We Are The Nightmare », « A Feast For The Liar's Tongue », et dans une moindre mesure « Failure's Conquest » et ses breaks beaucoup trop simples). Et ça c'est vraiment étonnant.
Alors oui, We are The Nightmare est extrêmement bien fait, le rendu global est vingt fois plus accrocheur que le Arsis d'antan, mais ce gain d'efficacité a comme pendant de faire rentrer Arsis (en partie seulement) dans la norme du death technique. Si avant, le groupe faisait souvent penser à un Anata croisé avec les tous premiers Dark Tranquillity (pour résumer), aujourd'hui le groupe a quelques rares accents de Necrophagist (c'est flagrant sur les placements de « Shattering The Spell ») toujours conjugués avec cette mélodicité suédoise des années 90 aujourd'hui perdue. Mais ce qui me gêne le plus sur ce nouvel opus, c'est que je n'ai plus aussi souvent cette impression d'écouter un concerto pour guitares, basse et batterie par un élève de Bach, mais j'ai simplement l'impression d'écouter un excellent album de death technique…
Mais ne soyons pas sévère plus longtemps, je ne peux vous le cacher, oui, ce nouvel Arsis malgré une relative conventionalité et trois morceaux surprenants n'en demeure pas moins un excellent album, largement au dessus de la masse des autres groupes de death technique. L'album comporte son lot de tubes, qui de surcroît s'enchaînent : tout de« Shattering the Spell » à « Progressive Entrapment » est absolument délectable sur cet album, et Malone nous démontre une fois de plus son génie de la composition et du placement vocal. Seule la fin de l'album est un poil plus faible, bien que « My Oath To The Madness » soit lui aussi un très bon morceau.
A noter aussi une production plus massive que par le passé : si la voix n'a pas changé dans le mixage, que le son des guitares est toujours aussi incisif, et que la basse se laisse toujours entendre de temps à autre, la batterie a encore une fois changé de registre. La grosse caisse est bien plus en avant que par le passé et les toms et la caisse claire ont un son relativement proches et lui aussi très avant, ce qui fait que la batterie ressort bien plus que par le passé, renforçant l'impression de lourdeur que je dénonce plus haut. Néanmoins, cela reste une excellente production, extrêmement claire, où chaque élément est reconnaissable.
Terminons cette chronique sur le DVD bonus présent dans l'édition que je possède, et qui avouons-le, ne présente pas grand intérêt si l'on n'est pas fan du groupe. C'est un studio report d'une trentaine de minutes, où l'on voit Ryan faire des solos incroyables entre deux prises, et le groupe tout entier boire du vin rouge à 4,5$ le litre dans des gobelets en plastique (ça mériterait presque un boycott en France) en regardant un film porno ou en chantant du King Diamond (preuve de leur bon goût
et je parle de King Diamond, pas du porno ! ). Bref, pas grand-chose d'indispensable, hormis la chanson finale que l'on reprendra tous en chœur tant elle est entraînante : « Won't you be my girlfriee
eeeeend ? ».
C'est donc un excellent album de death technique que nous livre Arsis, extrêmement technique et ultra accrocheur à la fois. Mais du point de vue du fan que je suis, c'est pourtant un album moins bon que ce à quoi je m'attendais, et j'avoue toujours passer au travers des morceaux « We Are The Nightmare », « A Feast For The Liar's Tongue » et « Failure's Conquest », beaucoup trop simples à mon goût. C'est certes l'album le plus technique de Arsis, mais c'est aussi à mon sens le moins élaboré : exactement l'inverse de
United In Regret, qui manquait totalement d'accroche mais était extrêmement élaboré. Le côté aérien fait un peu trop souvent défaut à cet album, et le jeu de Darren Cesca ne colle pas toujours au style du groupe. Mais We Are The Nightmare n'en reste pas moins un album de très haute volée.
J'apprends d'ailleurs alors que je finalise cette chronique que Darren vient de quitter le groupe. C'est plutôt une mauvaise nouvelle, car c'était techniquement le meilleur batteur qu'ait eu le groupe, et je suis sûr qu'il aurait pu un peu mieux adapter son jeu au fil du temps. Il va être bien difficile de le remplacer, et il ne faudrait pas que ce départ compromette leur tournée européenne…