Il ne pouvait y en avoir qu'un. C'était la règle: un album, une chronique, un chroniqueur. L'arrivée de « Process of a New Decline », 3e et dernier album en date de Gorod, avait donc déclenché au sein de la rédaction de Thrashocore l'organisation d'un tournoi sans merci – mélange de jeux du cirque modernes et de « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette » – dont seul le vainqueur serait autorisé à évoquer par écrit la saveur de cette nouvelle livraison de nectar pour les oreilles. Après des quarts de final ayant vu une élimination facile de Dead et une belle hécatombe parmi les autres membres de la team, les demi-finales virent Keyser terrassé par une mosh part slam/death de Grand Corps Malade et von_yaourt s'étrangler sur un remix house de « Veil of Maya » par David Guetta. La finale s'annonçait tendue, les deux survivants de ce jeu de massacre étant bien décidés à ne pas se faire de cadeaux …
Gorod Tournament: The Finale
cglaume: Lâche l'affaire pendant qu'il en est encore temps Nikta. Tu es peut-être l'auteur de la chronique du fabuleux
« Leading Vision », opus précédent de nos bordelais préférés, mais tu n'as pas les épaules assez larges ni le verbe assez enflammé pour rendre compte du contenu de ce 3e album. « Process of a New Decline » ne saurait être chroniqué par un chroniqueur sur le déclin …
*** En bien Jean-Michel, il me semble que le match a commencé et qu'il s'annonce saignant!
- Tout à fait Thierry, cette première attaque un peu facile du lapin jaune atteint NTR d'un calembour un peu limite, mais néanmoins autorisé, à l'épaule … ***
Niktareum: Eh bien mon cher Cyril! Enfin tu te dévoiles sous ton vrai jour! Tu as beau avoir pour emblème un petit lapinou tout mignon, tu as les crocs plus acérés qu'un loup affamé! Malheureusement pour toi, et tu le sais très bien, il y a une règle qui prévaut sur Thrasho – poil au dos- : lorsqu'un chroniqueur s'approprie la discographie d'un groupe, les nouveaux albums lui reviennent de droit! J'ai été trop gentil avec toi en t'accordant de partager mon assiette pour la chronique du très bon 1er album
« Neurotripsicks », mais cette fois-ci je ne serai pas aussi magnanime! Alors certes je n'ai peut-être pas ta plume affûtée ni ton imagination débordante mais sache qu'il n'y a pas que mes épaules qui soient assez larges pour supporter le poids de ce nouveau bijou! De plus il me paraît indispensable d'avoir l'avis d'un musicien – efface moi ce sourire moqueur, je joue encore un peu de guitare, parfois... – et que cette chronique ne soit pas écrite par quelqu'un qui croit qu'un contrepoint est juste un mot inventé par von_yaourt pour se la raconter devant les petits nouveaux du forum! Je n'en démordrai pas Cyril! Cet album me revient! Mieux, il me mérite!
***Ha ha! Jolie contre-attaque de NTR qui sous couvert de quelques gentillesses bien placées renvoie dans les cordes le lapinou avec des arguments ma foi plutôt convaincants mon cher Jean-Mimi.
-Tout à fait Thierry! En tout cas l'on sent beaucoup de passion et d'envie dans les propos de nos 2 finalistes, ce qui nous laisse facilement présager de la grande qualité dudit album.***
cglaume: Ma parole Nikta, à peine une passe d'arme et déjà tu commets une grossière erreur de maniement de la pique. Comment peux-tu t'embourber ainsi dans la mise en avant des nécessaires connaissances technico-musicales de l'auditeur? Pourquoi ne pas comparer « Process of a New Decline » au dernier
Decrepit Birth pendant que tu y es? Bon Dieu non, pas besoin de capteur à sweeping ni de radar à forte dose de BPMs pour avoir le droit à la parole: à l'image du
« The Conductor's Departure » de
Anata ou d'un
Necrophagist qui aurait enfin passé la révision des 100 000 km, si Gorod utilise la technique – à un niveau certes affolant –, c'est au service d'un mélange de mélodie, de puissance et de groove qui peut toucher n'importe quel auditeur et pas seulement le thésard en musicologie qui se branle la nouille en mesurant les performances d'un
Origin ou d'un
Spawn of Possession. Le death metal de Gorod – qui puise autant dans la violence de
Cannibal Corpse que dans la virtuose intelligence d'
Atheist, dans les approches mélodiques heavy metal que le groove
Trepalium-esque – est universel. Il remue les tripes, secoue la colonne vertébrale, fait cracher de plein tonneaux d'endorphine à ton hypothalamus (
ça au moins c'est ton domaine, pas vrai Doc?) et te donne l'impression que finalement, la crise économique, le montant de ta facture de gaz, ta copine qui t'a lâché et ton chancre mou au bout du gland, c'est pas si grave que ça quand on a la chance de pouvoir s'administrer des shoots d'une aussi bonne came…
***Enfin Thierry, il semble que le débat revienne un peu sur le fond, malgré ces méchants coups de coude non sifflés par l'arbitre!
- En effet mon p'tit Jean-Mi, il semble qu'après un 1er round frontal, les adversaires décident maintenant de feindre plus de retenue – comme il scierait il est vrai pour l'analyse d'un chef d'œuvre comme celui dont il est question ici. Mais je sens que la série des coups bas portés en douce n'est pas encore finie ...***
Niktareum: Tu me fais bien sûr dire ce que je n'ai pas dit mais peu importe, je ne suis là ni pour Paul ni pour Mickey mais bien pour Gorod. Evidemment que nos frenchies sont loin de n'être qu'un énième groupe sur le créneau "death metal technico-mélodico-démonstrativo-la-mienne-est-plus-grosse", avec deux antécédents comme
« Neurotripsicks » et
« Leading Vision » qui pourrait bien le croire? Ils ont bien trop de talent pour sombrer dans cette facilité! La technique hallucinante des deux guitares n'est absolument pas là pour en mettre plein les yeux mais bien plein les oreilles! Et aussi techniques soient-elles, elles sont au service de mélodies absolument magiques: comment ne pas évoquer ce véritable moment de grâce à partir de 1'38 sur « Disavow Your God », ces "rythmélodies" à la « Chronicles From The Stone Age » de « Programmers Of Decline »? Et même en laissant de côté toute notion de technique, comment ne pas se laisser emporter par l'envoûtant début de « The Path » ou encore de « Watershed », ces contrepoints magistraux omniprésents et ces leads impressionnants dont l'album foisonne? Il faudrait également évoquer le remplacement de Sandrine par Sam (
ex-Zubrowska) derrière les fûts qui élève la batterie à un tout autre niveau: beaucoup plus rapide, beaucoup plus technique certes, bref plus viril, mais par conséquent plus convenu et moins personnel (
on regrettera les mid-tempi headbanguants de Sandrine). Sans oublier non plus la performance de Benoit « barby » dont on se délectera des lignes de basses bondissantes mais sans trop de fioriture. Etc... et mille autres choses! Comment pourrais-je courir le risque que ton vieil âge t'amène à omettre tous ces points?
*** De la retenue cher Thierry? Ha ha, laissez-moi rire! Ces quelques détails techniques sont l'occasion d'un coup bien en dessous de la ceinture, éculé certes, mais qui fait toujours bien mal à l'orée des premiers cheveux blancs...
- Je crois, Jean-Michel, qu'il s'agissait là plus d'une petite taquinerie que d'une réelle estocade. Quoiqu'il en soit il semblerait qu'aucun de nos deux protagonistes ne soit prêt à lâcher le morceau! ***
cglaume: Ma parole Nikta, mais tu me ressers les vannes de tes collègues du service gériatrie là! Bachelot aurait déjà taillé si violemment dans les finances de l'hosto où tu bosses que le budget « médecine & humour mordant » aurait été réduit à peau d'zob? D'autant plus qu'en terme d'omission, tu te poses là: ne ramener « The Path » qu'à son début, ne pas mentionner explicitement « Guilty Of Dispersal », ses leads merveilleux (
Damned, à 0:39 … et cette doublette à 3:29!) et son groove juteux (
cette fin de morceau mazette!), ni même « Watershed » et son impressionnante partie centrale … Quand même! Et dans la liste des oublis majeurs, tu ne penses pas que ça fait un bail déjà que tu aurais dû mentionner le fait que ça y est, Gorod a enfin signé sur un label digne de ce nom pour l'Europe – Listenable pour ne pas les citer? Mais retournons plutôt sur le terrain que tu semblais vouloir défricher avec ta comparaison Sandrine / Sam, à savoir les petites différences qui distinguent « Process of a New Decline » de ses 2 prédécesseurs. Car en effet de menues évolutions sont tangibles. Tout d'abord là où les 2 premières offrandes consacraient un morceau entier à un condensé de groove sauvage (
« Neuronal Disorder State » et « Hidden Genocide »), ce nouvel album répartit mieux la charge au sein des différents morceaux (
on retrouvera ces éclats à 2:54 sur « Programmers Of Decline », ou encore à la fin de « Guilty Of Dispersal » ) … Mais il est vrai que la dose de pur groove a été légèrement revue à la baisse. Et là où
« Leading Vision » ne demandait que 2-3 écoutes pour être conquis, « Process Of A New Decline » demandera un peu plus de patience … Pour au final, il est vrai, révéler tout autant de richesses et provoquer la même jouissance. Mais trêve de palabres stériles: puisque tu sembles décidé à t'obstiner, je vais devoir passer à la vitesse supérieure …
*** Jean-Miche, non, je ne peux pas le croire, regardez ce ralenti: cglaume esquisse les mouvements qui lui permettront, en à peine 5 centièmes de secondes, de revêtir son scaphandre de combat.
- Non non Thierry, regardez mieux: c'est un Kamehameha que celui-ci nous prépare!
- Oh là là Jean-Michel, mais ça part dans tous les sens là! N'est-ce pas maintenant l'arbitre qui arrive en courant sur la piste …?***
Chris: (
essoufflé) Les gars! Les gars! Stop le carnage! On a enregistré la totalité de votre échange: ça devrait faire l'affaire pour la chronique. On arrête les frais …
Niktareum: T'as le cul bordé de nouilles lapinou! Mais pour la sortie du 4e album, je te jure que je me taperai un civet bien saignant …
cglaume: Et moi je demanderai à Dead de changer mon pseudo en NiktonNikta avant de te faire passer une coloscopie au fil de fer barbelé …
*** Ah Thierry, qu'il est doux de se quitter sur une telle leçon d'esprit sportif!
- En effet Jean-Michel, vous avez bien raison. Et profitons-en pour rappeler à nos amis téléspectateurs que « Process of a New Decline » est disponible depuis début Juin dans tous les bons abattoirs, et qu'il serait bien dommage de passer à côté de cette tuerie.
- Tout à fait Thierry …***