Savigny-Le-Temple ? C'est une ville ça ? Quoi, l'autoroute la dessert ? Quoi,
Immolation y joue ? Diantre, en voilà des choses que l'on peut apprendre en peu de temps, à quelques dizaines de kilomètres au sud-est de Paris (entre Evry et Melun) seulement, il y a une excellente salle de concert, l'Empreinte, perdue entre deux entreprises et une gare RER dont le service s'arrête si tôt que peu de parisiens ont pu y venir. Voilà qui explique probablement l'affluence correcte mais pas gigantesque pour une si belle affiche, qui aura au moins évité la déferlante de slams à laquelle le public de la capitale nous a habitué. Et pendant que votre serviteur se démenait pour ne pas se tromper de sortie d'autoroute, cglaume, lui, partageait un bout de saucisson et quelques cornichons sur l'herbe avec
Gorod, récompensé qu'il était d'une publicité si abondante ces dernières années qu'elle en aurait fait pâlir la propagande stalinienne.
La soirée commence par
Necron, groupe de death metal de Melun qui commence juste à émerger. J'en avais entendu quelques extraits honnêtes sur myspace qui se laissaient écouter agréablement malgré un manque certain d'originalité, ce qui semble être le lot de pas mal de groupes d'aujourd'hui. C'est aussi l'impression que le groupe donne en concert : malgré un ou deux break un peu ennuyeux, les compositions sont plutôt convaincantes, avec généralement un effort appréciable sur les leads, et les musiciens sont carrés et en place. La voix un peu monotone et quelques imperfections dans le jeu viennent noircir le tableau, et c'est sans parler du son relativement brouillon en grande partie dû à un choix de matériel contestable de la part du guitariste soliste, mais globalement c'était franchement pas mal. Bref, une bonne première partie, mais aux compositions trop communes pour vraiment s'enthousiasmer.
Comme me l'a soufflé le vénérable Tonton à l'oreille au début du set de
Gorod : « on joue dans une autre catégorie là ». Même si j'aurais été moins vexant, je n'aurais pas dit mieux tant j'attendais les bordelais, surtout après l'annulation de leur concert avec Cryptopsy, Kronos, Decrepit Birth et Unmerciful l'année dernière. Et comme je m'y attendais, leur prestation a été à la hauteur de leur nouvel album,
Process Of A New Decline, c'est-à-dire une énorme tuerie. Il faut dire qu'en commençant par le formidable « The Path » et en enchaînant par le génial « Disavow Your God », le groupe a immédiatement mis le public dans sa poche. Le reste de la set-list fût tout aussi convaincant, et avec « Chronicle From The Stone Age » et « Programmers Of Decline »,
Gorod a joué ses meilleurs morceaux. Côté prestation, je n'ai rien à redire, d'où j'étais le son était parfait, j'entendais chaque instrument dans les moindres détails, basse incluse, et le groupe bouge tellement souvent que mes photos nettes se comptent sur les doigts d'une main. Le rendu live des morceaux est au-delà de mes espérances : c'est bien simple, leur prestation a été parfaite, fidèle en tout point à la version cd, l'énergie du direct en plus. Bien que Sam et Arnaud m'aient avoué avoir été mal-alaises sur scènes, je n'ai remarqué aucun accroc dans leurs prestations (Sam a même magnifiquement modifié certaines parties de batteries Sandrine sur les vieux titres), et j'ose même dire que
Gorod atteint le même de degré de propreté et de professionnalisme sur scène que Necrophagist. À mon avis, le groupe aurait juste du inverser les deux derniers morceaux, et mettre « Programmers Of Decline » en final à la place de « Almighty's Murderer » qui termine habituellement l'album. Franchement, c'est un des tous meilleurs concerts que j'ai fait, son seul petit défaut étant que j'en aurais préféré en avoir encore un peu plus longtemps !
Set list :
The Path
Disavow Your God
A Common Hope
Here Dies Your God
Earth Pus
Diverted Logic
Chronicles from The Stone Age
Programmers Of Decline
Almighty's Murderer
Enfin, ce sont les vétérans d'
Immolation qui ont foulé les planches pour la dernière prestation de la soirée, et même si leur concert fût excellent, je n'ai pas été aussi emballé que pour
Gorod. D'après cglaume, Bill Taylor était malade, et a passé une bonne partie de l'après midi à dormir, ce qui explique peut être le fait qu'il était (volontairement ?) très en retrait dans le mix, mais ça ne l'a visiblement pas empêché de jouer sans problème particulier. D'ailleurs, la présence scénique des musiciens, Ross Dolan en tête, a de quoi bluffer, tant les gaillards sont impressionnants, et il est difficile de ne pas être soufflé par l'énergie et la lourdeur des compositions d'
Immolation couplées à un jeu de scène si massif. L'impression de se faire passer dessus par un rouleau compresseur prédomine, mais j'ai trouvé les morceaux un peu monotones et répétitifs, si bien que je suis ressorti du concert un poil déçu. C'est bien sympa de nous jouer « World Agony » et de faire des dédicaces « old-school style » à Tonton, mais un concert d'
Immolation sans « No Jesus, No Beast », permettez moi de dire que ce n'est pas un vrai concert d'
Immolation ! D'ailleurs je déplore que le groupe n'ait joué qu'un morceau de leur meilleur album, à savoir
Failures For God. Bref, c'était bien sympa, mais ça aurait pu être encore un peu mieux.
En résumé une excellente soirée, avec de très bons groupes (Gorod en tête) et une salle à l'acoustique formidable. Malgré une affluence moyenne, les groupes avaient l'air d'être heureux d'être là, et ont tous délivré une bonne prestation. J'espère que
Gorod viendra souvent jouer du côté de Paris, car il me semble bien que c'est la première fois (au moins depuis longtemps), que le groupe s'est produit dans le coin. Vous aurez la chance dans quelques jours de lire une super interview gigantesque des bordelais par l'ami cglaume, qui répondra à des tas de questions que vous ne vous êtes jamais posées (si avez toujours voulu savoir d'où venait l'intro de « The Path » par exemple...), et vous pouvez d'ores et déjà admirer les TKA qu'il a eu la bonne idée de mettre en ligne.