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Cathedral - The Carnival Bizarre

Chronique

Cathedral The Carnival Bizarre
Avec la signature chez Columbia Records, pour ce qui est du marché américain, l'on aurait pu penser que Cathedral allait bénéficier de moyens accrus pour asseoir sa notoriété, - enfin, c'est surtout ce que pensaient les commerciaux du label -, mais pourtant, l'année mille neuf cent quatre vingt quatorze a été périlleuse pour les Anglais, au point où ils auraient pu jeter l'éponge. Souffrant déjà d'une certaine instabilité au niveau de la batterie et de la basse, c'est ni plus, ni moins le guitariste Adam Lehan qui allait jeter l'éponge cette année-là, lassé des incessantes tournées, suivi du batteur Mark Ramsey Wharton. S'ensuivit une certaine instabilité dans le groupe qui tenta de monter un line-up avec des musiciens américains, et l'on a donc vu défiler, entre autres, dans le groupe des musiciens tels que Joe Hasselvander à la batterie et Victor Griffin à la guitare, tous deux dans Pentagram à l'époque, et un certain Scott Carlson à la basse - Repulsion - et qui avait même participé à l'écriture de quelques nouvelles compositions, et que l'on retrouvera sur la fin de carrière du groupe à ce poste.

Mais tout ceci ne tint pas et las de la pression de Columbia, Lee Dorrian et Gaz Jennings décidèrent de rentrer en Angleterre et de recruter des musiciens sur place avec à la basse Leo Smee et à la batterie Brian Dixon, pour un line-up qui va rester stable pour les seize prochaines années, sans pour autant trouver un second guitariste. Le line-up nouvellement formé s'embarqua dans une nouvelle tournée, enfin presque puisque c'est le batteur Dave Hornyak, intérimaire l'année précédente, qui l'assura, Brian Dixon venant tout juste d'arriver. Petit détail et pas des moindres, cette tournée était en première partie de Black Sabbath, le genre de plans qui ne se refuse pas quand la raison d'être du groupe est de rendre un hommage permanent aux Pères Fondateurs. Et c'est là qu'un tournant décisif s'est opéré pour Cathedral: le fait de rester avec une seule guitare. Pourquoi donc? Tout simplement parce que c'est Tony Iommi lui-même qui a donné ce conseil à Lee Dorrian et Gaz Jennings et quand le maître parle et bien les disciples suivent les conseils. C'est donc avec un nouveau line-up et avec un petit esprit revanchard que le quatuor composa son troisième album. The Carnival Bizarre sortit en septembre mille neuf cent quatre vingt quinze, après deux années en enfer à attendre en silence.

Si l'on pouvait douter de la forme de Lee Dorrian et consorts, étant données les péripéties subies pendant deux années, les doutes se dissipent très rapidement lorsque retentissent les premiers accords de Vampire Sun et son fameux appel "Are you high?". Oui, Cathedral est bien de retour et continue sur la voie entreprise depuis The Ethereal Mirror, avec un Doom Metal classique, renvoyant toujours à ses influences de toujours, mais avec toutefois des nouveautés, dont le fait de passer à une seule guitare, même si les lignes sont souvent doublées et avec pas mal d'overdubs, il n'y a plus la complémentarité d'Adam Lehan comme auparavant, et notamment ce travail d'harmonisations d'antan. C'est aussi à partir de cet album que l'on va souvent faire des rapprochements entre Cathedral et le mouvement Stoner alors en pleine effervescence. Même si cette étiquette a toujours gêné Lee Dorrian, force est de constater que l'on est tout de même loin des sommités de lenteur que l'on retrouvait sur les premières réalisation du groupe de Coventry, c'est indéniable, mais par contre l'on retrouve toujours cet esprit inhérent aux premiers groupes de Doom Metal, et l'on sent bien ici dans ce côté plus détendu et enjôleur. L'on peut y voir aussi l'influence notable d'un groupe comme Witchfinder General, une des grandes influences de Gaz Jennings. Est-ce là la seule nouveauté sur cet album? Non, c'est celle aussi où l'on va retrouver ce groove unique de Cathedral, dans ces mid-tempi entraînants et entêtants, au point qu'il est difficile de rester inerte à l'écoute de cet album, et même de ne pas se laisser entraîner dans certaines chorégraphies dont Lee Dorrian fut le spécialiste, - ce qui explique aussi pourquoi j'ai mis autant de temps à écrire cette chronique.

Qu'en est-il au juste de cette troisième livrée de Cathedral? Et bien l'on retrouve évidemment les fondamentaux du groupe à savoir des riffs bien lourds, des compositions loin d'être linéaires, des gros riffs de doom metal, des influences bien digérées, dont notamment celles provenant du progressif des seventies disséminées ici ou là et, bien évidemment, du génie. Surtout, l'on reste assez admiratif de la créativité du groupe. Créatifs, c'est bien ce qui va le mieux caractériser cet album tant il regorge d'excellents titres et d'excellentes trouvailles, aussi bien dans la manière d'agencer les compositions, comme ces ponts dantesques sur Utopian Blaster et sur Carnival Bizarre, ces utilisations de claviers et de mellotron de temps à autres, dont sur Blue Light, et ces samples bienvenus comme sur Night of the Seagulls. Ce que l'on constate surtout, c'est que devenu seul maître à bord en terme de guitares, Gaz Jennings s'est fait plaisir et s'en donne à coeur joie. C'est déjà là une des grandes forces de cet album, c'est qu'il distille riffs géniaux sur riffs géniaux, certains véloces, d'autres plus groovy, et d'autres encore, bien évidemment, bien plus plombés et simples. C'est toujours fait avec grande classe et avec inspiration, et l'on sent qu'il a lâché la bride et que les moments de doute sont bien derrière lui. Évidemment, niveau soli cela sonne du feu de dieu, sur tous les titres. C'est même toujours assez réjouissant de profiter de chacune de ses interventions dans ce registre. L'on notera toutefois qu'un invité des plus prestigieux vient nous gratifier d'un solo, très classe également, sur le titre Utopian Blaster, et pas des moindres, puisqu'il s'agit de Tony Iommi en personne, un des grands moments de la carrière du groupe aux dires de Lee Dorrian.

Si Gaz Jennings est éclatant sur cet album, il ne faudrait pas mettre dans l'ombre tout l'apport du nouveau venu Leo Smee, à la basse, mais aussi en terme d'écriture. Ce n'est pas le musicien que l'on cite le plus souvent, et pourtant son arrivée dans Cathedral aura été assez déterminante, non seulement en raison de ses qualités techniques, mais aussi pour les diverses influences qu'il va apporter à la formation. Car le groove unique de Cathedral qui va être sien à compter de The Carnival Bizarre, il le doit grandement à son bassiste dont les lignes de basse sont vraiment excellentes, il suffit juste d'écouter le titre Blue Light pour s'en convaincre. Et si je devais le comparer à un autre excellent bassiste, ce serait sans doute à John Paul Jones, tout autant discret qu'efficace. D'ailleurs, il se complète bien avec le jeu, sans fioritures, mais puissant de son compère Brian Dixon. Mais il est évident qu'en dépit de la jeunesse du line-up au moment de l'enregistrement de cet album, l'on sent déjà une très grande cohésion chez le groupe et cette cohésion et cette créativité sont bien mise en valeur par Kit Woolven, qui avait produit quelques albums de Thin Lizzy, puissante et ample et qui n'a pas pris une ride plus d'un quart de siècle après sa sortie. Et cette forme resplendissante chez les musiciens, elle l'est tout autant chez Lee Dorrian qui n'a jamais aussi bien chanté qu'alors, affichant encore des progrès. Reconnaissable avec son chant particulier et sa diction toute aussi singulière, il est tout autant capable de très belles lignes de chant clair sur de nombreux titres. Évidemment, l'on retrouve aussi tous ses gimmicks particuliers sur de nombreux titres, comme s'il ne pouvait s'en empêcher. Et l'on sera toujours aussi admiratif de ses textes très travaillés, souvent en rimes, et qui donnent aussi cette ambiance unique au groupe.

Accumuler des talents particuliers pour écrire de la musique, c'est très bien, mais être capable d'écrire d'excellents titres est bien plus difficile. Et c'est encore plus ardu de tenir la route sur un peu plus d'une heure. C'est pourtant ce que sont parvenus à faire les Anglais sur cet album dont les dix titres sont vraiment excellents et c'est même assez jouissif de les écouter les uns après les autres. Et l'on en a pour tous les goûts, mais aussi pour son argent, sur cet album, entre le très léger et rêveur Blue Light et le très lourd, proche de ce que l'on retrouvait sur The Ethereal Mirror, avec Frangalactic Supergoria. Mais comme dit précédemment, les titres sont loin d'être linéaires et simplistes pour la plupart, et le groupe aime bien changer les ambiances au sein de ses titres, c'est même là où les influences progressives ressortent, mais sans en faire trop non plus, c'est toujours amené avec finesse et avec une certaine concision, les titres n'excédant rarement les huit minutes. Je pense notamment à des titres à tiroirs comme Carnival Bizarre, Palace of Fallen Majesty et Electric Grave et sa seconde partie plus nostalgique. C'est aussi tout autant jouissif quand Lee Dorrian s'efface pour laisser libre court à la créativité de ses comparses, notamment sur les parties centrales de Hopkins (The Witchfinder General) et Utopian Blaster, et également sur le final de Carnival Bizarre. Si parfois le quatuor aime bien passer du coq à l'âne au sein du même titre, c'est toujours fait avec fluidité, ce qui souligne bien tout le travail accomplit en terme d'écritures.

Le titre de l'album est on ne peut plus approprié car il y a vraiment un côté burlesque dans tout ceci, très bizarre à l'image de l'excellente pochette de Dave Patchett, mais aussi très jovial au final, l'on est très loin du côté dépressif de Forest of Equilibrium. Si je devais prendre un exemple comme un autre, je citerai ce final ultra groovy de Inertia's Cave où le groupe jamme et finit par reprendre le Moby Dick de Led Zeppelin, comme si de rien n'était et ça passe comme si ce riff était du groupe lui même. Il y a surtout des titres devenus des classiques pour le groupe dont Night of the Seagulls, qui fait une nouvelle fois référence à la tétralogie des Blind Dead - c'est le titre du quatrième film de cette série - avec son refrain puissant et imparable, le Vampire Sun dantesque qui ouvre cet album et Utopian Blaster. Bon, il y a surtout le tube de Cathedral pour beaucoup, et incontournable en fin de concerts, avec le fameux Hopkins (The Witchfinder General) avec son riff plus sabbathien que jamais et ses samples provenant du film du même nom. Le genre de titre ultra efficace qui vous marquera à tout jamais, en tout cas c'est par le biais de ce clip que j'avais découvert le groupe à l'époque. Tout ceci s'enchaîne divinement bien, sans que l'on s'ennuie sur un peu plus d'une heure de musique, ces dix titres étant suffisamment hétérogènes finalement. C'est aussi cela la force de cet album.

Au final, Lee Dorrian et Gaz Jennings ont bien fait de ne pas jeter l'éponge et de persévérer à continuer l'aventure Cathedral car ils sont non seulement parvenus à stabiliser leur line-up pour un bon moment, mais ont surtout produit un excellent album, une fois de plus serais-je tenter d'écrire. The Carnival Bizarre c'est bien plus qu'un troisième album, ce fameux troisième album dont l'on parle sans cesse, c'est un peu un nouveau tournant pour Cathedral, avec une ligne directrice que le groupe va garder pour les deux albums suivants, et qui aura laissé une certaine empreinte sur bon nombre de formations. Je retiens surtout un album où s'enchainent les excellents titres faisant montre d'une grande créativité de la part des musiciens, de certaines audaces par moment, et une excellente démonstration d'une certaine idée du Doom Metal. L'ambiance assez enjouée et un peu fantasmagorique, parfois aux confins de l'absurde, est clairement un grand plus pour cet album au titre ô combien pertinent et qui n'en finit pas de laisser sans voix plus d'un quart de siècle après sa parution. Si certains veulent comprendre un jour mon amour immodéré et inconditionnel envers Cathedral, sans doute que The Carnival Bizarre sera la meilleure des démonstrations, qui pourrait se suffire à elle-même s'il n'y avait pas eu d'autres chefs d'oeuvres sortis avant cet album. Mais cet album n'a pas à rougir de son illustre prédécesseur, ce d'autant qu'il s'en démarque suffisamment pour éviter d'en être une redite, est peut être plus abordable pour le commun des néophytes et ouvrit même un nouveau chapitre dans la vie du groupe.

Doom or be doomed!

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4 COMMENTAIRE(S)

Cujo citer
Cujo
13/11/2021 12:57
note: 9.5/10
Qu'est ce que j'ai pu l'écouter celui là ! Acheté a sa sortie, je me souviens encore, avec le Cause For Conflict de KRATOR. L'ambiance est géniale, les mélodies superbes, un véritable voyage en musique. Lee Dorian est souvent sur le fil, a deux doigts de tomber dans le ridicule, mais il s'en sort avec maestria. De plus ce disque ne s'adresse pas qu'aux fans pur et dur de doom métal, les mis tempo foisonnent et sont diablement efficaces. Un album que j'ai dans la peau, et c'est peu de le dire...
Troll Traya citer
Troll Traya
08/11/2021 14:26
note: 10/10
Une chro' qui rend parfaitement hommage a ce chef d'oeuvre. L'un de mes albums de Doom metal préféré... Si ce n'est mon préféré.
Funky Globe citer
Funky Globe
08/11/2021 11:20
Album génial pour un groupe qui l'est tout autant.
jeff48 citer
jeff48
08/11/2021 10:16
Quelle chro, magnifique

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Cathedral
Doom Metal
1995 - Earache Records
notes
Chroniqueur : 9.5/10
Lecteurs : (5)  8.9/10
Webzines : (3)  7.33/10

plus d'infos sur
Cathedral
Cathedral
Doom Metal - 1989 † 2013 - Royaume-Uni
  

tracklist
01.   Vampire Sun  (04:06)
02.   Hopkins (The Witchfinder General)  (05:18)
03.   Utopian Blaster  (05:41)
04.   Night of the Seagulls  (07:00)
05.   Carnival Bizarre  (08:35)
06.   Inertia's Cave  (06:39)
07.   Fangalactic Supergoria  (05:54)
08.   Blue Light  (03:27)
09.   Palace of Fallen Majesty  (07:43)
10.   Electric Grave  (08:25)

Durée : 62:48

line up
parution
27 Septembre 1995

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