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Black Sabbath - Sabbath Bloody Sabbath

Chronique

Black Sabbath Sabbath Bloody Sabbath
Nous sommes en décembre mille neuf cent soixante treize et Black Sabbath nous proposait déjà son cinquième album, le présent Sabbath Bloody Sabbath, à peine quatorze mois après la sortie de Vol. 4. Si l’on pourrait penser que le groupe était en pleine bourre créative, il n’en est pourtant rien et cet album n’aurait pu jamais voir le jour. En effet, depuis la sortie du premier album, le groupe n’a eu de cesse d’enchaîner enregistrements d’albums et tournées, à un rythme assez effréné. A cela s’ajoute une consommation de drogues assez conséquente et notamment de cocaïne depuis l’enregistrement de Vol. 4, à tel point que le groupe avait du annuler la fin de la tournée en support de cet album suite à un malaise de Tony Iommi en plein concert. Le quatuor avait donc entrepris durant l’été mille neuf cent soixante treize de louer une maison à Los Angeles pour composer un nouvel album, comme il le fit pour le précédent. Sauf que rien ne s’est passé comme prévu et, surtout, Iommi fit face à une grosse panne d’inspiration, incapable de composer quoi que ce soit de valable. Le groupe décida alors de faire un break, de retourner en Angleterre et de se reposer, avant de se retrouver au château de Clearwell, en pleine forêt de Dean, lieu où Led Zeppelin et Deep Purple s’étaient aussi enfermés pour composer et enregistrer, une mise au vert qui pouvait s’avérer essentielle pour se concentrer sur la musique et ne pas avoir trop de distractions. Le groupe privilégia le donjon du château et son atmosphère un peu inquiétante, avec bien évidemment un fantôme venant hanter les lieux selon les dires des musiciens, histoire de parfaire le tableau.

Et cela fit effectivement du bien aux membres de Black Sabbath et notamment à Tony Iommi sur les épaules duquel reposait une énorme pression en terme d'écriture et d'inspiration, à tel point que le quatuor pensait même qu’ils étaient finis, et qu’ils ne seraient plus capables de composer quoi que ce soit. Ainsi, après des mois sans aucune inspiration, il est parvenu à composer le riff principal du titre Sabbath Bloody Sabbath, et quel riff d’ailleurs. Pour le reste du groupe, ce fut un réel déclic et le groupe allait continuer à peaufiner ses compositions dans cette atmosphère un peu particulière du château de Clearwell. L’enregistrement se fit aux studios Morgan, au Nord de Londres, où un certain Yes était en train d’enregistrer l’album Tales From Topographic Oceans et où les membres de Led Zeppelin passèrent une journée à jammer avec les Brummies pendant ces mêmes sessions. À l’instar de Vol. 4, le manager Patrick Meehan fut crédité comme co-producteur de Sabbath Bloody Sabbath bien qu’il ne s’est aucunement impliqué dans la production de l’album, le groupe s’en chargea lui-même durant le mois de septembre mille neuf cent soixante treize. Ainsi naquit l’un des albums les plus connus de Black Sabbath, une reconnaissance qui fut aussi due à cette pochette de Drew Struzan qui comporte pas mal de clichés accolés depuis des décennies au heavy metal: satanisme, démons, voire même d’autres thématiques vu la forme des « s » pour le nom du groupe. Mais l’on a toutefois une imagerie qui, si elle est désormais clichesque, va laisser son empreinte chez de nombreuses personnes.

Mais réduire Sabbath Bloody Sabbath à sa pochette et à son titre éponyme serait une grave erreur. Avec ce cinquième album, Black Sabbath poursuit ses velléités d’expérimentations qui avaient déjà été l’une des donnes de Vol. 4. C’est ainsi que le groupe va se permettre d’introduire ou de renforcer la présence de certains instruments. En premier lieu, je pense aux guitares acoustiques, présentes non seulement sur l’instrumental un peu plus éthéré Fluff, en l’honneur d’Alan Freeman de la BBC - qui était l’un des rares à diffuser du Black Sabbath sur les ondes de la radio britannique -, mais également en accompagnement comme sur Spiral Architect ou en prenant les devants comme sur le refrain de Sabbath Bloody Sabbath ou celui de Looking For Today. Si l’on retrouve de nouveau du piano, notamment sur Fluff et Sabbra Cadabra, de la flûte traversière sur Looking For Today, ainsi que du mellotron sur Who Are You, des instruments déjà utilisés sur les précédents albums, Sabbath Bloody Sabbath va être l’album sur lequel Black Sabbath va pas mal expérimenter et utiliser pour la première fois moult choses: clavecin sur Fluff, orchestre sur Spiral Architect, et, surtout, des synthétiseurs et autres claviers sur la moitié des titres. Sur la majorité de ces titres, ils interviennent de temps à autres, avec des nappes parfois discrètes, comme sur Killing to Live, ou en accompagnement. D’ailleurs, c’est nul autre que Rick Wakemen, claviériste de Yes, qui interviendra sur deux titres de cet album, Sabbra Cadabra et Who Are You, - en refusant d’être payé, mais d’être plutôt rémunéré en bières -, une grande nouveauté qui laissera des traces chez le groupe avec la participation de Geoff Nichols sur de nombreux albums de la période post Ozzy.

Et sans nul doute que dans cette volonté d’expérimenter, ce sera le titre Who Are You qui laissera le plus de traces. En grande partie composé par Ozzy au moment où il avait acheté un synthétiseur modulaire Moog, ce titre ne contient quasiment pas de guitares, si ce n’est que sur le break plus poétique, et encore, leur présence est assez en retrait, derrière les différents claviers. Et pour cause, ce titre, le plus lourd de l’album soit dit en passant, met en avant les claviers sur sa majeure partie, avec évidemment basse et batterie, pour un rendu tout aussi surprenant qu’inquiétant. C’est d’ailleurs assez symptomatique de cette réalisation, cette volonté de briser certaines barrières, même si l’on sentait déjà que le groupe pouvait prendre certains chemins de traverses sur les précédents albums, et donc d’agrémenter ses compositions et de soigner les arrangements. L’on est assez loin des titres plus sommaires et plus directs des oeuvres précédentes, et l’on tente des choses comme l’intervention de l’orchestre sur Spiral Architect, un orchestre qui avait du suivre une ligne mélodique chantée par Ozzy pour l’enregistrement, ce dernier n’ayant aucunement écrit sur partition cette partie. Dans tous les cas, cela donne à cet album une coloration plus lumineuse, l’on s’éloigne le plus souvent des ténèbres d’antan, à quelques exceptions près, et l’on a quelque chose de plus enjoué, notamment avec des titres comme Sabbra Cadabra ou Looking For Today, voire plus optimiste comme sur Spiral Architect. Et c’est sans doute cela qui fait que cet album a une saveur particulière, coincé qu’il est entre Vol. 4 et Sabotage, mais qui amorce bien ce que sera la seconde partie de la période Ozzy Osbourne.

Mais l’autre grande particularité de Sabbath Bloody Sabbath, c’est qu’outre le soin apporté aux arrangements, le groupe a surtout complexifié ses compositions, et l’on est loin de titres simples et directs. On le sentait déjà sur un titre comme Wheels of Confusion du précédent album, mais l’on a ici des velléités quasiment progressives chez Black Sabbath, avec, assez souvent, des titres à tiroirs comme le morceau éponyme, A National Acrobat ou Killing Yourself to Live, sans doute les compositions qui se démarquent le plus de l’ensemble. C’est ainsi une constante de trouver moins souvent des structures récurrentes sur cet album, plutôt présentes sur les premières moitiés des titres, avant de les faire évoluer avec l’enchainement de plusieurs parties. C’est évidemment dans l’ère du temps, puisque nous sommes en pleine explosion du rock progressif, mais cela donne un cachet assez neuf et frais à cet album et l’on est loin de l’image de musiciens qui proposent quelque chose de basique. De là à voir dans cet opus les prémices du metal progressif, je n’irai pas jusque là, mais en tout cas c’est quelque chose qui allait laisser des traces par la suite, ce qui donne, encore une fois, un caractère novateur à cette formation. Toutefois, le groupe sait évidemment faire preuve d’une certaine concision, les titres dépassant rarement les six minutes, il ne faut pas s’attendre à de grandes cavalcades instrumentales ici. Mais même lorsque les titres sont plus simples, le groupe trouve assez souvent le moyen d’y insérer des petites expérimentations pour agrémenter ces derniers.

Si Black Sabbath s’est renouvelé ici, au point d’être assez fréquemment en dehors des sillons qu’il avait jusqu’alors tracé, l’on retrouve toutefois les points fors qui ont fait la légende du groupe. Évidemment, même s’il a souffert pour composer cet album, Tony Iommi est une nouvelle fois impérial sur cet album. C’est même incroyable de le voir proposer des riffs aussi marquants que ceux de Sabbath Bloody Sabbath, A National Acrobat, Killing Yourself To Live - qui aura sans doute marqué un certain Michael Amott et son Spiritual Beggars -, ou bien encore de Sabbra Cadabra. Même si l’on n’est plus vraiment dans ces riffs lourds et pesants, l’on retrouve toutefois une manière de faire un peu plus alambiquée et un peu plus groovy. D’ailleurs, il s’est fait plaisir durant l’enregistrement en multipliant les pistes de guitares, le groupe bénéficiant d’une production assez léchée et très ample. Geezer Butler n’est pas en reste, même si son instrument est un petit peu en retrait sur cet album, il nous gratifie toujours de ses excellentes lignes de basse, qui participent pas mal à ce côté plus groovy de cet opus. Dans tous les cas, il y a une grande cohésion d’ensemble chez les musiciens à tel point que l’on retrouve assez souvent des passages qui donnent l’impression qu’ils sont en train de jammer comme sur les fins des deux premiers titres, ou bien sur Sabbra Cadabra. L’autre surprise, c’est le chant d’Ozzy Osbourne qui prend ici des intonations non seulement plus aiguës et parfois un peu plus agressives, préfigurant ce qu’il fera sur Sabotage. C’est d’ailleurs assez sympathique de le voir, lui aussi, essayer de nouvelles choses et ne pas se reposer sur ses lauriers.

Tout cela nous donne un album assez diversifié, très bien composé dans l’ensemble, où l’on sent que le groupe a vraiment peaufiné ses compositions. Et l'on trouve ainsi très belles réussites comme le titre éponyme, A National Acrobat - qui malheureusement sera massacré un quart de siècle plus tard par un quatuor en panne d’inspiration -, Killing Yourself to Live et Who Are You. C’est à dire les titres qui possèdent quelque chose de plus inquiétant dans leurs trames, même si l’ambiance au sein même d’un titre est loin d’être linéaire. Car c’est ce qu’il y a d’un peu perturbant avec cet album, c’est que le groupe y a une coloration bien plus enjouée et rayonnante que ce à quoi il nous avait habitué depuis ses débuts. Certes, l’on voit ici une volonté du quatuor de s’affranchir de cette image de "Seigneurs des ténèbres", mais il faut tout de même avouer que c’est assez troublant d’entendre Ozzy déclamer son amour pour une femme sur Sabbra Cadabra, et d’avoir perdu ce côté plus angoissant et plus pessimiste des débuts. Ainsi, je ne trouve pas du tout l’instrumental Fluff à la hauteur tellement il est trop guilleret en mon sens, là où un Orchid ou un Laguna Sunrise savaient instaurer quelque chose. L’on ne pourra pas reprocher au groupe d’avoir voulu expérimenter, mais je trouve qu’il en perd un peu de sa personnalité et, surtout, de sa lourdeur légendaire, car c’est assez étrange de se dire que le titre le plus pesant, et même le plus inquiétant, c’est Who Are You - d’ailleurs, jetez vous sur la reprise faite par Goatsnake, particulièrement réussie-.

Aussi, ce Sabbath Bloody Sabbath m’apparait comme étant le moins bon des fameux six premiers albums de Black Sabbath, si l’on reprend la maxime d’Henri Rollins et ce fameux visuel de Branca Studios. C’est très loin d’être un mauvais album, mais je trouve qu’il n’a pas les qualités de ses deux prédécesseurs, mes préférés de Black Sabbath, et de son successeur, tant il lui manque cette noirceur inhérente au groupe. En contrepartie, l’on a ici un Black Sabbath qui, de manière presque inespérée si l’on se réfère à la genèse de cet album, affiche tout de même des velléités expérimentales et un peu plus progressives dans l’écriture des compositions, et a accomplit un album solide et suffisamment varié pour tenir en haleine. Sabbath Bloody Sabbath apporte ainsi des nouvelles teintes et des nouvelles saveurs à Black Sabbath qui vont ouvrir la voie à certaines choses pour la suite du groupe tant pour le meilleur, et là je pense à Sabotage, que pour le pire, c’est à dire ce qui adviendra de Technical Ecstasy et de Never Say Die!. Cela n’empêchera aucunement le groupe de récolter les fruits de leur travail acharné et un succès mérité pour un album très plaisant même s’il est loin d’être parfait, mais qui me parait toutefois assez indispensable dans toute bonne collection qui se respecte.

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1 COMMENTAIRE(S)

Jean-Clint citer
Jean-Clint
01/05/2022 13:26
note: 9/10
Magnifique chronique qui rend un bel hommage à un disque qui le mérite grandement, et qui est pour moi l'ultime chef-d'oeuvre du groupe qui ne retrouvera jamais cet espoir par la suite avec Ozzy. Rien à jeter là-dedans, que de l'indémodable ! Sourire

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Black Sabbath
Heavy Metal
1973 - Vertigo
notes
Chroniqueur : 7.5/10
Lecteurs : (3)  9.33/10
Webzines : (3)  9.83/10

plus d'infos sur
Black Sabbath
Black Sabbath
Heavy / Doom - 1969 † 2017 - Royaume-Uni
  

vidéos
Sabbath Bloody Sabbath
Sabbath Bloody Sabbath
Black Sabbath

Extrait de "Sabbath Bloody Sabbath"
  

tracklist
01.   Sabbath Bloody Sabbath  (05:42)
02.   A National Acrobat  (06:16)
03.   Fluff  (04:10)
04.   Sabbra Cadabra  (05:55)
05.   Killing Yourself to Live  (05:40)
06.   Who Are You  (04:10)
07.   Looking For Today  (04:59)
08.   Spiral Architect  (05:29)

Durée : 42:21

line up
parution
1 Décembre 1973

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