chargement...

haut de page
Remontez pour accéder au menu
89 visiteurs :: Invité  » se connecter  » s'enregistrer

Deathspell Omega - The Long Defeat

Chronique

Deathspell Omega The Long Defeat
Deathspell Omega déçoit ses fans avec The Long Defeat ? Tant mieux.

Tant mieux, car il retrouve enfin ce que tant voyaient chez lui et ce que je peinais à considérer comme telle dans ses dernières œuvres : cette liberté de ton, où l’affranchissement des codes se fait au service d’une vision personnelle, quitte à déplaire. Certes, ce projet avait pu m’estomaquer de son originalité avec Si Monumentum Requires, Circumspice, Kénôse, Mass Grave Aesthetics, Diabolus Absconditus et surtout Fas mais, très vite, son style s’était densifié, transgression devenant nouvelle norme. Malgré des œuvres d’une grande qualité formelle – notamment, le temps aidant, l’hémorragique Paracletus –, il avait perdu cette capacité à déboussoler, renverser les tables de la Loi dont il était l’auteur. Me paraissant plutôt attaché à les écrire de la plus parfaite des manières, je n’attendais plus de lui qu’un pouvoir papal, une aura que The Furnaces of Palingenesia avait su me transmettre. Sans changer son propre paradigme, la formation y avait trouvé une forme d’aboutissement, terminant son exercice de maîtrise par un « You Cannot Even Find the Ruins… » symbolique, fin de disque et fin de règne.

Un ultime titre qui devient une nouvelle brèche dans laquelle Deathspell Omega s’enfonce désormais pleinement, accentuant ses envies de rock et décuplant son énergie sensuelle avec lesquelles il compose ses hymnes décadents. The Long Defeat est bien cela, dans son union des contraires au sein de la désunion irréconciliable : son intellectualisme s’habille d’une sensibilité corporelle, son fatalisme devient sensoriel, puise dans le doom et le hard rock les nerfs et synapses permettant de s’approcher au plus près du déclin qui vient, toucher sa gangue, ressentir ses aspérités et contempler ses ternes couleurs, pour mieux en extraire cette pierre appauvrie mais précieuse, la sertir avec une sobriété nouvelle. Fin des enluminures ; bienvenue au sein des vérités nues et dures.

Et quel spectacle ! Me voilà de retour aux grandes heures de mon obsession à son endroit, celles qui me faisaient voir en son comparse Elend et lui les symphonies malades de ce monde qui n’en finit plus de mourir, cela avec une ferveur à exprimer la défaite renouant avec la douleur de ses « Prayers » (des interludes pour vous ? L’esquisse d’un monde enfin exploré sur The Long Defeat pour moi), si grande qu’elle ne peut s’incorporer qu’au sein de plusieurs voix. Inutile de faire ici la présentation des individus, tous connus et révélés par une communauté internet plus occupée à crier des secrets de polichinelle qu’apprécier l’énigme qu’est ce nouvel album, simple en surface et complexe en son propos : tous ne font qu’un, pris dans le grand discours de ces quarante-quatre minutes où s’explore une résignation devenue drapeau noir de ralliement. L’ensemble donne en effet l’impression que tout cela ne provient que d’un esprit trouvant corps au sein de plusieurs individus. Il y a une homogénéité rare entre les compositions, chacune développant pourtant leur propre mouvement, un sens de la narration où les dissonances et assonances des différents riffs font s’imaginer comme face à la lecture d’un livre d’une finesse rare, au sens demandant toute son attention pour s’y plonger. Le carnet de notes à portée de main, on a régulièrement les doigts qui griffonnent des citations, les guitares filandreuses de « Enantiodromia », les lignes vocales de « Sie Sind Gerichtet! » ou encore le démarrage éploré de « Eadem, Sed Aliter » possédant un art de l’accroche prenant directement au col, vécu ayant déjà la portée du souvenir.

Quelques exemples parmi d’autres d’une débâcle existentielle, de laquelle Deathspell Omega fait son universalisme français à lui. The Long Defeat est bien l’œuvre française qu’il créé enfin, celle se jointant le mieux à un certain patrimoine culturel, où s’ébattent les pensées sensuelles de Georges Bataille, la tentation suicidaire sous forme de grand déballage sentimental de Drieu la Rochelle et Édouard Levé, l’atmosphère « fin de siècle » de la charogne 1900 et sa littérature au bord de l’apoplexie, les pensées se noyant dans un flot de sang anémié. Paradoxalement, il en tire une force nouvelle, en sourdine mais impitoyable, à l’image de ce batteur constamment ahurissant sans s’afficher outre-mesure. Un désespoir à boire comme le plus fin des vins, le même que le Huysmans des instants éprouvés à rebours, trouvant dans « Our Life Is Your Death » son accomplissement, dernière pierre d’une construction quasi-parfaite débutant par les atermoiements de « Enantiodromia » – ses entrelacs qui n’en finissent plus de repousser l’heure de l’assaut tout en figurant son inévitabilité –, poursuivant par la prière à la perte du recueilli « Eadem, Sed Aliter », la cathédrale-montagne du morceau-titre, la croisade expansive de « Sie Sind Gerichtet! »… jusqu’à cette harmonie qui a le goût de l’amertume béate, celui du flot du temps enduré avec délice.

Sur la Terre comme au ciel. Après des années de théologisme, de figuration du divin (au point de me perdre, tout humain que je suis), Deathspell Omega renoue avec la matière sur The Long Defeat, d’un enregistrement organique – The Furnaces of Palingenesia comme préparation à l’achèvement ci-présent – à l’exploration d’émotions anthropoïdes, quittant les livres pour user sa cervelle dans le réel. On pourra regretter quelques baisses de formes, quelques attentes trop longues, de même que de ne pas avoir ici une unité aussi fluide qu’escomptée, la diversité de voix me faisant parfois sortir de l’œuvre. Mais que l’on décèle des coutures çà et là ne fait pas oublier l’élégance des nouveaux habits du projet, rejoignant une certaine aristocratie française chère à mon cœur – une cour où Ataraxie, Void Paradigm, Elend, Drastus, Aosoth et d’autres (peu nombreux) se saluent –, aussi bien en terme d’excellence (déjà connue de sa part) que de fraternité d’esprit. Le souhait qu’il ne la quitte jamais est, je l’avoue, fort, tant cette nouvelle direction me plaît. Cependant, si l’avenir nous promet un aussi beau retournement de veste que celui-ci, considérez que mes attentes ne sont en rien un ordre dissimulé ! Faites comme vous voulez, Messieurs. C’est bien sur ce point que vous êtes les meilleurs.

DONNEZ VOTRE AVIS

Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.

8 COMMENTAIRE(S)

La_girondelle citer
La_girondelle
28/09/2022 22:09
note: 9/10
Magnifique chronique. DsO dépasse son modèle pour continuer à avancer.
Mera citer
Mera
31/05/2022 07:25
Je jetterai une oreille, merci ! Sourire
lkea citer
lkea
31/05/2022 07:18
note: 9/10
Peut-être devrais-tu tenter Paracletus. Niveau explosions, il régale (l'album n'est que ça).
Mera citer
Mera
30/05/2022 08:43
Je suis un néophyte absolu du groupe dont c’est le premier album que j’écoute et j’ai trouvé l’exercice particulièrement frustrant.
Frustrant parce que le groupe manque singulièrement de fureur.
Ca s’étire, ça traine, on n’attend qu’une chose, c’est que le groupe explose enfin et jamais rien de vient.
Ca me fait penser à du Funeral Mist (le chant peut-être ?) mais sans cet aspect jouissif du “à un moment, ça va te sauter à la tronche” et du coup, c’est pas trop ma came Sourire
Bloody citer
Bloody
28/05/2022 18:51
note: 9/10
Excellente chronique pour un album qui l'est tout autant. Le mélange des voix est divin (en même temps avec ses 3 là pouvais t'il en être autrement?). Ce groupe est définitivement à part. Perso j'aime cette évolution
Dantefever citer
Dantefever
28/05/2022 14:17
lkea a écrit : Merci ! Je te rejoins pour le goth, même si cette soif de riffer me fait plus penser au hard rock... Hard goth ? Mr Green

Ya presque quelque chose qui me rappelle Sisters of Mercy dans les mélodies. Ou Fields of the Nephilim (amen).
lkea citer
lkea
28/05/2022 08:22
note: 9/10
Merci ! Je te rejoins pour le goth, même si cette soif de riffer me fait plus penser au hard rock... Hard goth ? Mr Green
Dantefever citer
Dantefever
27/05/2022 19:33
Très très belle chronique. J'ai adoré cet album. De plus en plus rock en effet. J'y trouve même du goth.


AJOUTER UN COMMENTAIRE

 
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
Deathspell Omega
notes
Chroniqueur : 9/10
Lecteurs : (5)  8.9/10
Webzines : (5)  7.63/10

plus d'infos sur
Deathspell Omega
Deathspell Omega
Black Metal - 1998 - France
  

tracklist
01.   Enantiodromia  (11:56)
02.   Eadem, Sed Aliter  (09:08)
03.   The Long Defeat  (08:35)
04.   Sie Sind Gerichtet!  (07:17)
05.   Our Life Is Your Death  (07:15)

Durée : 44:11

parution
23 Mars 2022

voir aussi
Deathspell Omega
Deathspell Omega
Mass Grave Aesthetics (EP)

2008 - Norma Evangelium Diaboli
  
Deathspell Omega
Deathspell Omega
Drought (EP)

2012 - Norma Evangelium Diaboli
  
Deathspell Omega
Deathspell Omega
The Synarchy Of Molten Bones

2016 - Norma Evangelium Diaboli
  
Deathspell Omega
Deathspell Omega
Paracletus

2010 - Season Of Mist / Norma Evangelium Diaboli
  
Deathspell Omega
Deathspell Omega
Veritas Diaboli Manet In Aeturnum (MCD)
(Chaining The Katechon)

2008 - Norma Evangelium Diaboli
  

Essayez aussi
Curse Upon A Prayer
Curse Upon A Prayer
Infidel

2020 - Saturnal Records
  
Këkht Aräkh
Këkht Aräkh
Night & Love

2019 - Livor Mortis
  
Svarttjern
Svarttjern
Misanthropic Path Of Madness

2009 - Schwarzdorn Production
  
The Great Old Ones
The Great Old Ones
Cosmicism

2019 - Season Of Mist
  
Lykaionas
Lykaionas
The Diabolical Manifesto

2018 - Hammer Of Damnation
  

Caïnan Dawn
Lagu
Lire la chronique
Virgil
Acheron
Lire la chronique
Houle
Houle (EP)
Lire la chronique
Baron Fantôme
La Nuit Fantastique
Lire la chronique
Etat Limite
L'affrontement de l'intime
Lire la chronique
Sepulchral Zeal
Open (Démo)
Lire la chronique
Interview de HERESIE pour l'album "Par-Delà Les Vents"
Lire l'interview
Heresie
Par​-​Delà Les Vents
Lire la chronique
Molder
Engrossed In Decay
Lire la chronique
OTDHR
Maraud
Lire la chronique
Vananidr
Beneath the Mold
Lire la chronique
Triumvir Foul
Onslaught To Seraphim
Lire la chronique
Krisiun + Nile
Lire le live report
Doomsday
Depictions Of Chaos (EP)
Lire la chronique
Threshold
Dividing Lines
Lire la chronique
Autopsy
Morbidity Triumphant
Lire la chronique
Trouble
Run To The Light
Lire la chronique
Drudkh
Всі належать ночі (All Belo...
Lire la chronique
Ofdrykkja
After the Storm
Lire la chronique
Oaken Skull
L'excellence du vice
Lire la chronique
Ungfell
Demo(lition) (Démo)
Lire la chronique
Hadopelagyal
Nereidean Seismic End
Lire la chronique
Ellende
Ellenbogengesellschaft
Lire la chronique
Gohrgone
Fulgur Imperii
Lire la chronique
Qrixkuor
Poison Palinopsia
Lire la chronique
Zemial
To Slay With Silent Dagger ...
Lire la chronique
Waves Idle Symmetry
Thalassa (EP)
Lire la chronique
Darkthrone
Astral Fortress
Lire la chronique
Exhumed
To The Dead
Lire la chronique
Ensanguinate
Eldritch Anatomy
Lire la chronique