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Voivod - Synchro Anarchy

Chronique

Voivod Synchro Anarchy
Dans la catégorie des formations qui ont une réelle personnalité et qui apparaissent comme étant cultes pour une frange d’afficionado, il y a Voivod. Voilà désormais plus de quarante ans que les Canadiens évoluent un peu dans leur monde fait de science-fiction et d’aventures soniques, même si, finalement, la popularité du quatuor est restée un peu confidentielle: c’est le genre de groupe que tout le monde connait, notamment en raison d’une identité visuelle assez forte, mais que peu de gens écoutent et apprécient réellement. Tout le monde avait pensé que Voivod n’aurait pas survécu au décès de sa tête pensante que fut Piggy, en deux mille cinq. Pourtant depuis le retour aux affaires du groupe et le recrutement de Daniel Mongrain, ayant adopté le surnom de Chewy pour l’occasion, les cousins de la Belle Province ont non seulement rendu hommage sur scène au défunt guitariste, mais ont franchi le pas en sortant un premier album, Target Earth, en deux mille treize. Si le groupe a depuis vu le départ du bassiste Blacky, remplacé depuis par Dominique Laroche, communément appelé Rocky, - comme le veut une certaine tradition chez les Québécois -, il n’en a pas moins continué son périple, sortant un EP, Post Society, en deux mille seize, et un album, The Wake, en deux mille dix-huit, salué par beaucoup de monde pour son côté aventureux. Ceci nous amène quatre années plus tard avec la sortie du présent Synchro Anarchy.

Au risque de ne surprendre personne, sur cette nouvelle réalisation, Voivod fait du Voivod. L’on est bien dans ce metal progressif aux relents thrash metal, ou bien dans ce thrash metal aux relents progressifs, c’est selon la façon dont on place le curseur et en fonction des titres. Tout ce qui fait le charme de la formation répond bien à l’appel ici, entre les rythmiques alambiquées et non euclidiennes, les cassures de rythmes, les patterns de batterie de Away, les dissonances, la fameuse blower bass et le chant unique de Snake. Tout est bien présent, au même titre que l’artwork toujours réalisé par Away avec son style caractéristique et toujours autant influencé par la science-fiction. L’on notera d’ailleurs un livret assez sobre mais classieux où chaque titre bénéficie d’une illustration de la part du batteur. Pour le coup, le cahier des charges est bien respecté: il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Cela n’en fait pas pour autant une ligne de plus dans la discographie, qui commence à être conséquente, de la part des Canadiens. Le premier constat que l’on peut faire, c’est que le groupe est bel et bien vivant et en très grande forme sur cet opus. L’on reste bien entendu dans la veine qui a fait le succès du groupe, à savoir ses réalisations de la fin des années mille neuf cent quatre-vingt, et surtout Dimension Hatröss et Nothingface, afin de délimiter un peu le périmètre d’action.

Cela étant dit, cela serait insultant de qualifier cet album de resucée de ces deux références, le style s’en rapproche, évidemment, et l’on ne pourra pas reprocher à Voivod de faire du Voivod. Il est aussi dans la suite logique de ce qu’a pu faire le groupe depuis que Chewy a intégré le groupe. Si l’on pouvait reprocher à Target Earth son petit côté fan service, bien que de belle facture, - mais sans doute était-ce assez difficile pour Chewy de se mettre à la place de son illustre prédécesseur -, le quatuor avait su surprendre son monde avec un côté plus expérimental sur The Wake, évitant ainsi la redite. C’est bien cette ligne directrice qui prévaut ici, puisque Synchro Anarchy n’est aucunement une redite de The Wake. Et c’est même fort bienvenu puisque l’on retrouve un propos bien plus incisif ici que sur son prédécesseur. C’est donc une autre voie que le quatuor a décidé d’explorer. Et en cela, il y avait peut-être un petit indice s’il l’on s’attardait à la pochette, qui n’est pas sans rappeler celle de Post Society: il n’y a pas que dans la charte graphique qu’il y a des similitudes, mais aussi dans ce parti pris plus rentre dedans à l’époque et que l’on retrouve ici. Dans tous les cas, Chewy et consorts ont laissé de côté pour le moment les titres à rallonge ainsi que les ajouts de violons et autres percussions.

Il ne faut pas pour autant penser que le groupe a simplifié son écriture, il a seulement rendu son propos plus direct, le rythme global étant assez soutenu, même si l’on a souvent des temporisations au sein de chaque titre. Car pour le reste, cela est évidemment du Voivod pur jus, avec ces titres à tiroir comme il sait le faire depuis Killing Technology. C’est-à-dire que sous des auspices assez classiques, avec un peu de structures récurrentes, le quatuor laisse souvent libre court à sa créativité et nous embarque dans son monde. C’est là que les nombreuses cassures rythmiques prennent tout leur sens, émaillant chaque titre comme si l’on passait à la vitesse de la lumière pour explorer un autre système planétaire. C’est très souvent virevoltant et l’on passe d’un motif à un autre avec une aisance assez folle. C’est même ce qui fait le charme de cette formation et que l’on retrouve très bien ici. Il y a ce petit côté montagne russe qui est toujours aussi bluffant. Et surtout jouissif, car il y a une assise technique derrière cela qui est clairement mise au service des compositions. L’on retrouve assez souvent des passages plus intenses où le groupe semble foncer tout droit, avant de prendre l’auditeur à contre-pied pour l’embarquer vers autre chose. L’on sait aussi accélérer en cours de passages et faire monter l’intensité au sein des titres, comme c’est le cas sur l’excellent Planet Eaters, ou encore sur Mind Clock.

Mais Voivod, ce n’est pas que cela. Ce sont aussi ces étrangetés dans les riffs, dans ces arpèges dissonants disséminés fréquemment, dans ce jeu de réponses entre la basse et la guitare, comme sur le titre éponyme. Il faut admettre une bonne fois pour toute que Chewy est le seul guitariste qui pouvait succéder à Piggy, tant il a bien digéré l’influence de ce dernier et a aussi apporté sa patte. Mais ici, cela transpire tout aussi bien l’inspiration qu’une aisance à passer du coq à l’âne, de nous proposer des riffs tournoyants avec ses sonorités un peu acides, comme si l’on venait corroder votre appareil auditif, et d’enchaîner avec des bends et des leads irréels. Oui, c’est clairement technique, mais ce n’est en aucun cas de la démonstration stérile. Il faut dire que Rocky le complète bien à la basse, les deux instruments étant rendus bien audibles par une production vraiment excellente. Contrairement à un certain Jasonic, il a compris que jouer de la basse dans Voivod ne se limitait pas uniquement à y mettre de la saturation, mais bien d’être un instrument à part entière, qui virevolte entre les lignes acides de la guitare de Chewy, prenant souvent ses propres voies, pour mieux s’unir à cette dernière. Il n’y a pas tant de formations qui ont encore ce type de démarche, parfois proche de la polyrythmie, si ce n’est Tool, à certains égards.

Il s’en dégage ainsi cette formule toujours aussi singulière, que peu ont réussi à s’en approcher. Mais dans tous les cas, le quatuor est toujours aussi créatif. C’est d’ailleurs ce qui éclate à l’écoute de cet album qui ne souffre d’aucuns temps morts, et ce parti pris pour quelque chose de plus resserré et de plus véloce n’y est pas étranger. La magie voivodienne opère toujours autant avec délice, tant l’on est bien transporté dans d’autres sphères, d’autres mondes, voire d’autres réalités. Pour cela, il n’y a sans doute pas mieux que cette voix unique de Snake. Ce n’est pas forcément le meilleur chanteur du monde, mais il apporte clairement sa pierre à l’édifice, avec ce timbre un peu désabusé, un peu hors de monde, qui alterne bien entre chant un peu éraillé et un timbre plus clair. Même si, pour le coup, ce que décrivait le groupe il y a plus de trente ans est presque devenu une réalité, et l’on sent le chanteur plutôt comme un conteur des temps modernes, qu’un prédicateur ayant utilisé une machine à voyager dans le temps. Mais les images de cités déshumanisantes, de menaces intérieures comme extérieures, et d’emprise technologique sur l’humain viennent très facilement à l’écoute de ces neufs titres. Il a toujours ce côté poignant que l’on retrouve sur certaines accalmies, à l’instar de ce final de Quest for Nothing.

Comme toujours avec Voivod, Synchro Anarchy ne va pas se dévoiler si facilement que cela à son auditeur, même si l’approche plus directe pourrait le faciliter. Le quatuor reste toutefois toujours aussi créatif avec les années et ne cesse même d’impressionner par la haute qualité de ses réalisations, là où l’on aurait pu craindre des signes de fatigue chez les musiciens. C’est même tout le contraire, car si la formule reste assez classique, pour du Voivod, il se dégage sur cet album une forme de fraîcheur, voire un certain entrain qui est rapidement communicatif. Syncho Anarchy est typiquement un album qui s’inscrit dans les growers, où l’investissement de l’auditeur pour décortiquer ces compositions, certes virevoltantes mais qui restent fluides malgré tout, est ô combien récompensé. Au fil des écoutes, ce disque devient assez addictif et ne fait aucunement tâche dans la discographie du groupe, et surtout aux côtés des classiques du groupe. C’est bien simple, j’y trouve une certaine forme d’accomplissement entre respect du cahier des charges et mise en avant de la créativité des musiciens. Les Québécois ont accompli bien plus que du fan service, mais bien une œuvre à part entière avec ses qualités, très nombreuses, pour ne pas dire intarissables, démontrant une inspiration qui ne semble aucunement se tarir avec les années. C’est en tout cas une grande réussite qui mérite amplement le détour, pour peu que l’on ne soit pas hermétique à cette singularité musicale qu’est Voivod.

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7 COMMENTAIRE(S)

KHÂ-O citer
KHÂ-O
13/01/2023 13:34
note: 9.5/10
C'est sans conteste, et de loin, mon album de l'année. Acheté à sa sortie suite à l'écoute de "Planet Eaters" sur un sampler de Rock Hard, cette album m'a complètement fait rentrer dans la musique de Voivod. Surtout que la version digibook contient un concert qui donne bien envie de fouiller la discographie.

Bref Voivod est ma grande découverte de 2022.
Mera citer
Mera
10/11/2022 09:07
Caïn Marchenoir a écrit :
As-tu déjà tenté l'album Killing Technology?

J'ai souvenir d'une écoute distraite il y a fort longtemps...
Je me le suis remis tout à l'heure et même si c'est beaucoup moins bien que Vektor (pas taper, pas taper Mr Green ), c'est effectivement plus ma came que le présent album Sourire
Merci pour la piqure de rappel du coup Clin d'oeil
Caïn Marchenoir citer
Caïn Marchenoir
09/11/2022 18:25
note: 8.5/10
Sosthène a écrit : Je me demande si "Nothingface" ne reste pas mon disque préféré...

C'est mon préféré également.
Caïn Marchenoir citer
Caïn Marchenoir
09/11/2022 18:23
note: 8.5/10
Mera a écrit : Impossible de rentrer dans cet album...
Je vois pourtant souvent mentionné Voivod dans les chroniques de Vektor, groupe dont je suis le plus grand fan, donc sur le papier ça devrait me plaire...
Le chant est horrible déjà, ça aide pas mais même musicalement, ça passe pas, dommage Déçu


As-tu déjà tenté l'album Killing Technology?
Sosthène citer
Sosthène
09/11/2022 11:04
Je me demande si "Nothingface" ne reste pas mon disque préféré...
Mera citer
Mera
09/11/2022 10:47
Impossible de rentrer dans cet album...
Je vois pourtant souvent mentionné Voivod dans les chroniques de Vektor, groupe dont je suis le plus grand fan, donc sur le papier ça devrait me plaire...
Le chant est horrible déjà, ça aide pas mais même musicalement, ça passe pas, dommage Déçu
fayfay citer
fayfay
04/11/2022 20:35
Les patrons. Pas grand chsoe a dire de plus.
Le seul groupe estampillé thrash de l'époque encore droit dans ses bottes, a sortir des disques de qualité.

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Voivod
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Voivod

Extrait de "Synchro Anarchy"
  

tracklist
01.   Paranormalium  (05:34)
02.   Synchro Anarchy  (04:25)
03.   Planet Eaters  (05:32)
04.   Mind Clock  (06:44)
05.   Sleeves Off  (04:08)
06.   Holographic Thinking  (06:11)
07.   The World Today  (04:10)
08.   Quest for Nothing  (05:37)
09.   Memory Failure  (05:33)

Durée : 47:54

line up
parution
11 Février 2022

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