chargement...

haut de page
Remontez pour accéder au menu
359 visiteurs :: Invité  » se connecter  » s'enregistrer

16 - Deep Cuts From Dark Clouds

Chronique

16 Deep Cuts From Dark Clouds
Avec Deep Cuts from Dark Clouds, tout est une question de contexte. J’avais vite mis de côté l’album à l’époque de sa sortie, trouvant que la formation avait, pour la première fois, perdu la recette de son sludge iconique, noise rock, acide et batailleur, seule formation à le jouer de cette manière. C’est à la « faveur » des désastres récents de 16 – enchaînant les mauvais disques depuis le départ définitif de Cris Jerue – que je suis retourné vers lui avec un regard neuf : celui que l’on a envers une œuvre mésestimée d’un groupe défunt (c’est, du moins, tel que je le considère aujourd’hui) avec ce que cela sous-tend de bienveillance et d’empathie.

16 offrait alors un successeur au retour Bridges to Burn et son évolution vers un stoner plus accueillant que les brûlots « street » qu’avait créés la bande avant le départ en cure de désintoxication de Cris Jerue (celle-ci ayant mis, entre autres événements, le projet entre parenthèses à l’époque). Sauf que Deep Cuts from Dark Clouds n’avait pas le sens de l’accueil de son prédécesseur, son sludge compact, gris, aux couleurs maussades contrastant avec son radieux grand-frère jusqu’à une pochette faisant des ponts entre pharmacopée et mort, ne laissant rien dans ma tête à part de la boue en dépit d’élans groovy n’ayant pas totalement disparu (« Opium Hook » par exemple).

Une déception… jusqu’à récemment. Deep Cuts from Dark Clouds prend son sens en tant qu’album de 16 resitué dans la carrière des Ricains, vieux et rendus amers par les déboires passés. Ce sludge ne peut venir que d'un groupe qui a connu les galères précédentes, un sludge terne, aigre, à deux doigts d'être aigri mais qui est surtout fait du béton que la bande a connu au point d’être devenu une part d’elle-même. Béton des rues, bitume fondu par la chaleur ambiante, béton carcéral : la libération dessinée sur les vacances Bridges to Burn – non pas bienheureuses pour autant – n’aura été qu’un leurre, les vieux démons n’ayant pas fini de montrer leur sourire ricanant, obsédant un groupe qui paraît être pris dans une spirale stérile de rumination, des riffs concassant les murs, le vide puis leur propre corps mécaniquement (un feeling industriel habite des titres comme « Her Little “Accident” », « Bowels of a Baby Killer » ou « Only Photographs Remain »). La production, autre biais de négativité repoussant au départ, transforme davantage l’ensemble en ciment passé à la bétonnière, compacte mais laissant l’oreille s’attarder sur un élément en particulier pour peu qu’on y plonge la tête (on peut ainsi profiter de la performance du batteur Mateo Pinkerton, nouveau venu et faisant tout pour mériter sa place).

Il y a donc le plaisir de retrouver ce sludge unique, sans prise de risque mais avec ce qu’il faut de particulier pour ne pas faire de Deep Cuts from Dark Clouds un disque redondant dans la discographie de 16 (chose dans laquelle tombera, avec le recul, Lifespan of a Moth). Au-delà de ces paroles contant des histoires de tueur en série et/ou de femme meurtrie sur « Her Little “Accident” » et « Only Photographs Remain » – une envie de faire plaisir à Scott Hull (Pig Destroyer ; Agoraphobic Nosebleed) qui s’est occupé de masteriser l’album ? –, c’est bien celles évoquant la drogue qui font particulièrement mouche, tant elles paraissent dites avec fatalité et non plus une arrogance de junkhead comme cela pouvait être le cas par le passé (« Beyond Fixable » et ces intonations presque plaintives). Cris Jerue enlève tout romantisme à l’addiction pour ne laisser qu’un grand vide au travers d'une performance éteinte derrière les hurlements.

Tout cela fait-il de Deep Cuts from Dark Clouds un incontournable de 16 ? Ces riffs tous droits issus d’une version de Meantime de Helmet ayant pris perpète le laissent penser (« Parasite » ; « The Sad Clown » ; « Bowels of a Baby Killer »), de même qu’un parti pris agressif après un retour plus enjôleur. Cependant, les quelques nuances évoquées plus haut ne sont décelables que par un amateur de longue date ayant écouté en boucle les œuvres des Ricains. Ces derniers ont pris un risque en décidant de ne pas varier fondamentalement leur propos entre les morceaux, offrant un monolithe radical, non pas extrême dans son style mais allant au bout des choses et même au-delà (difficile parfois de rester attentif malgré la relativement courte durée de l’ensemble, notamment lors du doublet « Ants in my Bloodstream » / « Broom Pusher »). Autrefois laissé de côté pour aller vers d’autres disques demandant moins d’engagement, je vois aujourd’hui la valeur intrinsèque d’un album qui, s’il est loin d’être un essentiel des Ricains, est dédié aux fans de leur première époque dans son atmosphère apathique et hostile. Ces derniers trouveront ici un dernier coup d’éclat de ces sans-éclats condamnés bien avant de passer devant le juge.

DONNEZ VOTRE AVIS

Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.

1 COMMENTAIRE(S)

gulo gulo citer
gulo gulo
05/01/2026 11:57
note: 9/10
Mon préféré avec Blaze of Incompetence, je pense.

AJOUTER UN COMMENTAIRE

 
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
16
Sludge / Noisecore
2012 - Relapse Records
notes
Chroniqueur : 8/10
Lecteurs : (3)  7.67/10
Webzines : (3)  7.33/10

plus d'infos sur
16
16
Groove Heavy / Rock Metal / (ex) Sludge - 1991 - Etats-Unis
  

tracklist
01.   Theme From ‘Pillpopper’  (03:41)
02.   Parasite  (03:51)
03.   Her Little “Accident”  (04:15)
04.   The Sad Clown  (03:06)
05.   Ants In my Bloodstream  (04:34)
06.   Broom Pusher  (03:11)
07.   Opium Hook  (04:26)
08.   Bowels Of A Baby Killer  (04:50)
09.   Beyond Fixable  (03:40)
10.   Only Photographs Remain  (04:23)

Durée : 40:01

line up
parution
24 Avril 2012

voir aussi
16
16
Curves That Kick

1993 - Bacteria Sour Records
  
16
16
Guides for the Misguided

2025 - Relapse Records
  
16
16
Dream Squasher

2020 - Relapse Records
  
16
16
Lifespan of a Moth

2016 - Relapse Records
  
16
16
Blaze of Incompetence

1997 - Pessimiser Records
  

Nécropole
Nadir At The Crown
Lire la chronique
Angellore
Nocturnes
Lire la chronique
Sledgehammer
Destroy/Rebuild
Lire la chronique
Messalina
Golden Wounds (EP)
Lire la chronique
Gadget
Coerced (EP)
Lire la chronique
Coffret de bijoux
Lose Myself in You
Lire la chronique
Barren Canyon
A Virulent Steam
Lire la chronique
Ablation
Lethal Abuse (EP)
Lire la chronique
Xorsist
Aberrations
Lire la chronique
DGS
Delusional Grasp Of Sanity
Lire la chronique
Brånd
Tåg & Nåcht
Lire la chronique
Neurosis
An Undying Love For A Burni...
Lire la chronique
Converge
Hum Of Hurt
Lire la chronique
Anasarca
Achlys
Lire la chronique
Pisscorpse
Precipice of Death
Lire la chronique
Iron Maiden
Senjutsu
Lire la chronique
Dimmu Borgir
Grand Serpent Rising
Lire la chronique
Red Hot Chili Peppers
The Uplift Mofo Party Plan
Lire la chronique
Ural
Anthropic Genetic Involution
Lire la chronique
Pendrak
S/T
Lire la chronique
Eximperitus
Meritoriousness Of Equanimity
Lire la chronique
Purulent Remains
Abhorrent Putrefaction (EP)
Lire la chronique
Six Feet Under
Next To Die
Lire la chronique
Dauþuz
Todeswerk: Uranium II
Lire la chronique
Nidelgret
Trauerlärm
Lire la chronique
Prisonnier Du Temps
Prendre Le Pouvoir Par La F...
Lire la chronique
Evil Warriors
Evil Warriors
Lire la chronique
Portrayal Of Guilt
…Beginning Of The End
Lire la chronique
À Terre
Embrasser la nuit
Lire la chronique
Fake Dust
Decrepitizing Din Of The Ce...
Lire la chronique