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Fecundation - Moribund

Chronique

Fecundation Moribund
Avoir de temps à autre une perception erronée du temps n’a rien d’anormal (je ne parle pas ici de cécité temporelle qui, je viens de l’apprendre, est une pathologie reconnue). Par exemple, dans ma tête, ce nouvel album des Coréens de Fecundation date pour ainsi dire d’hier. Sauf qu’en vérité celui-ci n’a plus rien de nouveau puisque sa sortie remonte à presque deux ans... Pourquoi ai-je alors le sentiment qu’il est encore tout frais ? Je n’en sais rien... Pourquoi je vous raconte cela ? Je n’en sais rien non plus mais au moins j’ai maintenant un semblant d’introduction...

Paru en juin 2024 (mais vraisemblablement enregistré en 2019) sur le label japonais Obliteration Records, ce deuxième album intitulé Moribund a pour lui une illustration appétissante signée des mains talentueuses de Timbul Cahyono, artiste indonésien ayant immigré depuis quelques années aux États-Unis et à qui l’on doit nombre de réalisations tout aussi convaincantes (Anthropophagus Depravity, Deathstorm, Defeated Sanity, Malevolent Creation, Monstrosity, Nocturnus AD, Terrorizer et j’en passe...). Un joli palmarès pour un artiste qui, à la manière d’un Dan Seagrave dont il doit très probablement s’inspirer, dresse ici des paysages désolés et tranchants jonchés de squelettes, crânes et autres trophées osseux... Une vision vue et revue mais qui, grâce à une exécution solide et de chouettes nuances de pourpre donne pourtant extrêmement envie de s’y plonger (sans parler de ce logo toujours aussi efficace).

Composé de neuf titres, ce deuxième album culmine à un petit vingt-huit minutes. Une concision qui va de pair avec le genre pratiqué par nos deux Coréens puisque si vous n’avez pas lu mes précédents écrits les concernants, Jeong Jong-ha aka Chuck Jenga et Temma Takahata (dernier batteur en date arrivé chez Fecundation courant 2019) versent dans la pratique d’un Brutal Death technique soucieux de ne pas perdre de temps en détours inutiles. Compris entre deux et trois minutes, chaque morceau va ainsi se concentrer sur l’essentiel procurant alors à l’auditeur le sentiment d’un album dense et relativement physique cependant contre-balancé par des durées peu excessives ainsi que par quelques baisses de régime et autres appels d’air consentis justement dans le but d’apporter contraste et nuance.

Si Moribund est un album effectivement très scolaire, il est aussi et surtout extrêmement convaincant. Servi par une production impeccable se voulant à la fois puissante, équilibrée, moderne et naturelle, ces nouvelles compositions jouissent d’une mise en avant sans faille leur offrant ainsi la possibilité de mettre en avant tous leurs arguments (à commencer par une basse bien plus audible que par le passé). Car le reste est évidemment à l’avenant grâce à une écriture à la fois complexe, fluide et ultra efficace.

Mené à une cadence particulièrement soutenue par deux hommes qui ne font pas particulièrement dans la retenue, ce deuxième album ravira comme son prédécesseur tous les amateurs de Brutal Death technique mais pas boursoufflé (le groupe citant ouvertement Disgorge, Necrophagist, Suffocation, Decrepit Birth, Deeds Of Flesh et enfin Datura comme sources d’inspirations) puisqu’à la manière de ces quelques groupes, nos deux lascars ne font rien à moitié.
Riffs ultra-nerveux qui fusent dans tous les sens, montées et descentes de manches à des vitesses soumises à contravention ("Self-Indulgence" à 0:40, "Aspire In Hallucination" à 0:08...) dont certaines sur fond de gammes néoclassiques ("Xenomorphic Ruination" à 2:17), blasts qui pleuvent et nous martèlent le crâne sans prendre de gants, changements de plans chaotiques et impromptus (les premières secondes de "Devoiced Of Truth", "Reeks Of Hypocrisy", "Self-Indulgence" et j’en passe...), accélérations / décélérations à se briquer la nuque, growl dans les chaussettes, légères dissonances ("Devoiced Of Truth" aux alentours de 0:25, "Self-Indulgence" à 0:36, "Xenomorphic Ruination" à 0:32...), groove subtil utilisé toujours à bon escient afin de varier les plaisirs ("Devoiced Of Truth" à 1:49 et 2:08, "Reeks Of Hypocrisy" à 1:18, "The Conclamation" à 1:40, "Orthodox Disease" à 0:42 ou 1:59...) et enfin quelques solos mélodiques parce qu’on n’est pas que des brutes ("Reeks Of Hypocrisy" à 1:55, "The Conclamation" à 2:00, "Living With A False Hope » à 2:12, "Xenomorphic Ruination" à 2:22...). Un cahier des charges définitivement bien rempli qui sur le papier peut sembler quelque peu chargé mais qui en vérité est tellement bien pensé, agencé et recraché par nos deux musiciens que tout coule de source sans jamais donner le sentiment de forcer ne serait-ce qu’un seul instant.

Alors évidemment, Fecundation ne fait une fois de plus que marcher dans les pas de tous ces groupes dont il s’inspire librement mais très franchement, des albums aussi efficaces et convaincants que celui-ci moi j’en prends tous les jours et s’en jamais me lasser. C’est bien simple, il n’y a absolument rien à jeter sur ces vingt-huit minutes menées par des musiciens exemplaires capables de faire preuve de technique et de feeling sans jamais sacrifier l’efficacité, la lisibilité et l’équilibre de leur composition et de leur musique. Bref, vous l’aurez compris, si vous kiffez le Brutal Death technique, les compositions particulièrement bien troussées et les quelques groupes évoqués plus haut, il n’y a aucune raison valable de ne pas jeter une oreille attentive à ce deuxième album au passage un poil meilleur que son prédécesseur. Un grand cru aussi court que réussi.

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Fecundation
Brutal Death Technique
2024 - Obliteration Records
notes
Chroniqueur : 8.5/10
Lecteurs :   -
Webzines :   -

plus d'infos sur
Fecundation
Fecundation
Brutal Death Technique - 2013 - Corée du Sud
  

tracklist
01.   Devoiced Of Truth  (03:24)
02.   Reeks Of Hypocrisy  (03:16)
03.   The Conclamation  (03:12)
04.   Self-Indulgence  (03:04)
05.   Foredoomed To Death  (03:21)
06.   Living With A False Hope  (03:18)
07.   Aspire In Hallucination  (02:10)
08.   Xenomorphic Ruination  (03:15)
09.   Orthodox Disease  (02:51)

Durée : 28:10

line up
parution
21 Juin 2024

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2019 - Obliteration Records
  
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2023 - Autoproduction
  

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