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Deftones - Gore

Chronique

Deftones Gore
Succédant après quatre ans d’absence à un Koi No Yokan considéré encore aujourd’hui comme l’un des meilleurs albums de Deftones de ces deux dernières décennies, Gore était évidemment très attendu au tournant. Certes, la seule mention d’un nouvel album des Californiens a toujours suffi à susciter de grandes attentes ainsi qu’un degré d’excitation plutôt élevé mais après un premier véritable coup de mou survenu en 2010 avec la sortie du sympathique mais néanmoins faiblard Diamond Eyes, les auditeurs un brin lucides étaient évidemment sur leur garde à l’annonce de ce huitième album.

Nombre d’entre eux n’ont d’ailleurs pas forcément été particulièrement emballés par cet envol de flamants roses qui sert ici d’illustration. Une photographie qu’à titre personnel j’apprécie beaucoup pour son élégance, pour ses belles couleurs bleutées et rosées et pour cette représentation d’une nature ambivalente ici évoquée d’une manière à la fois très douce, belle et gracieuse (habilement contrebalancée par ce titre, "Gore", sans équivoque).
Enregistré début 2015 au Megawatt Recording Studio de Los Angeles par le producteur Matt Hyde (Slayer, Hatebreed, Monster Magnet, Behemoth...) qui pour l’occasion signe une production de gros calibre sans pour autant qu’elle soit particulièrement remarquable, Gore compte un total de onze nouveaux morceaux pour une durée avoisinant les cinquante minutes. Un album marqué par la présence discrète du grand Jerry Cantrell venu contribuer modestement à un solo de guitare sur le titre "Phantom Bride".

Alors je vous le dis sans détour, Gore n’est clairement pas mon album préféré de Deftones. Cependant, avant de m’y replonger assidument ces dernières semaines afin de préparer cette chronique, j’avais un avis nettement plus tranché sur la question avant finalement de me raviser quelque peu face à quelques moments plus sympathiques qui jusqu’alors m’étaient passés relativement au-dessus. Néanmoins, malgré cette légère réhabilitation, je pense toujours que ce huitième album des Américains est bel et bien l’un de ses plus faibles si ce n'est le plus faible...
Effectivement, à la manière d’un Diamond Eyes, Gore est un disque plutôt apaisé sur lequel les accès de rage et autres passages passionnés se font plutôt rares pour ne pas dire forcés comme un gimmick auquel il est impossible de ne pas céder... Un manque de dynamisme et de relief qui n’est pas sans poser souci puisque c’est évidemment l’une des facettes que l’on apprécie et que l’on attend le plus chez les Californiens. C’est donc en ce qui me concerne ce perpétuel sentiment d’attente qui est le plus douloureux et le plus frustrant à l’écoute de ces mises en tension qui semblent ne jamais vraiment vouloir aboutir, exploser, nous libérer... Une retenue peu naturelle de la part des Américains qui trouve sûrement une partie de son origine dans les quelques digressions opérées en solo à la même époque par l’ami Chino Moreno (†††, Palms, Saudade...) qui d’ailleurs à mes oreilles ne sont pas forcément toutes très passionnantes (à l’exception de Team Sleep dont je garde un bon souvenir) et surtout aux difficultés rencontrées par Stephen Carpenter durant tout le processus de composition afin de parvenir à s’impliquer dans des morceaux qui ne l’ont jamais vraiment excité : "I didn’t want to play on the record to begin with.", "When we were coming up with ideas and writing the songs, the stuff that was being written, you know, the other guys’ ideas, I wasn’t too interested in it. It wasn’t the style or the sound I was hoping we would take. It wasn’t what I was expecting or wanting". Preuve de ce que j’avance, cette entame d’album particulièrement laborieuse menée au son d’un "Prayers/Triangles" et d’un "Acid Hologram" tous les deux sans grandes saveurs. Certes, Deftones y fait du Deftones (grosses couches de guitares, voix aérienne et mélodique, etc.) mais tout cela sonne creux, peu inspiré et encore une fois particulièrement forcé... Si "Doomed User" parvient à redresser momentanément ce naufrage annoncé et à remettre un peu d’huile dans ces rouages grippés, Chino et son orchestre retombent rapidement dans leurs travers avec "Geometric Headdress" et "Hearts/Wires", deux titres qui là encore peinent à convaincre et à susciter autre chose qu’ennuie et léthargie...

Il faudra finalement attendre la seconde moitié de l’album, à partir de "Pittura Infamante", pour que le groupe parvienne à garder enfin la tête hors de l’eau et que nous autres, pauvres auditeurs quelque peu déboussolés par ce manque de tout, puissions enfin trouver un petit peu de plaisir à l’écoute de Gore. Certes, ce n‘est pas ce que l’on peut appeler la grande panacée mais on retrouve tout de même un petit peu de ce qui fait cruellement défaut aux premiers titres de l’album ("Pittura Infamante" avec ses riffs un petit peu plus captivants et ses envolées vocales réussies, « Xenon » avec ses guitares lourdes et menaçantes et ce refrain mélodique entêtant, "Gore" et cette hargne jusque-là portée disparue et ici enfin retrouvée, "Phantom Bride" et l’excellent solo du guitariste / chanteur / compositeur d’Alice In Chains, "Rubicon" et son refrain là encore très efficace).

Si comme bien souvent, la presse spécialisée (notamment papier) s’est empressée à l’époque de chanter les louanges de ce huitième album, les avis semblent bien plus mitigés lorsque l’on pose la question au quidam moyen bien moins enclin à faire du copinage. Alors oui, j’arrive avec cette chronique dix ans après la bataille mais ça ne change pas grand chose au fait que Gore est un album relativement moyen et assurément décevant après un Koi No Yokan aussi fédérateur. Tout n’est évidemment pas à jeter avec quelques séquences intéressantes et une seconde partie globalement assez satisfaisante (sans être non plus particulièrement incroyable) mais dans l’ensemble, difficile de ne pas être déçu par ce Gore démotivé (et démotivant) faisant preuve d’une grande mollesse tout au long de ces quarante huit minutes assez peu réjouissantes sans être fondamentalement mauvaises... Une deuxième erreur de parcours après Diamond Eyes qui heureusement n’a pour le moment pas été réitérée. Espérons aussi que ce ne soit pas le cas.

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6 COMMENTAIRE(S)

Bras Cassé citer
Bras Cassé
14/09/2026 17:42
note: 6.5/10
Le seul et unique maillon faible de leur discographie. Un petit coup de mou, ca arrive, surtout lorsque l'on voit comment ils se sont rattrapé par la suite.
Hölm citer
Hölm
12/09/2026 17:47
note: 7/10
De mémoire Stephen Carpenter a enregistré cet album un peu à reculons. Il n'aimait aucune composition, et ça se ressent un peu quand même. Edit : c'est précisé dans la chronique en d'autres termes.

Moi je l'aime bien cet album. Ça reste très qualitatif même si c'est probablement le "moins bon" de tous.
Jean-Clint citer
Jean-Clint
11/09/2026 08:36
note: 7/10
Pas mon préféré du groupe car c'est parfois un peu trop mollasson mais on y découvre une facette plus cotonneuse et ethérée du combo pas dégueulasse du tout. Après le seul défaut pour moi est que ça manque de titres vraiment mémorables et qu'on aimerait que parfois ça lâche un peu plus les chevaux tant ça reste trop contenu avec une "peur" d'y aller trop frontalement
AxGxB citer
AxGxB
11/09/2026 07:51
note: 6.5/10
Sosthène a écrit : Je dois reconnaître que depuis le poney blanc, j'ai lâché l'affaire. Je n'ai jamais retrouvé la magie d'Around the Fur, la hargne d'Adrenaline ni des titres d'un niveau de Passenger ou Knife Party. Il y a toujours quelques chansons cool mais typiquement l'extrait que tu as mis est ultra pénible. Dans le style vocaux "liquide" et ambiance émo je préfère largement Chokebore et le boulot de Troy Von Balthazar même si l'on est dans un registre davantage rock indé.

Dans ce cas, mieux vaudrait ne pas reprendre avec "Gore" ou "Diamond Eyes" mais plutôt "Koy No Yokan", l'éponyme ou "Saturday Night Wrist" Sourire
Sosthène citer
Sosthène
10/09/2026 20:10
Je dois reconnaître que depuis le poney blanc, j'ai lâché l'affaire. Je n'ai jamais retrouvé la magie d'Around the Fur, la hargne d'Adrenaline ni des titres d'un niveau de Passenger ou Knife Party. Il y a toujours quelques chansons cool mais typiquement l'extrait que tu as mis est ultra pénible. Dans le style vocaux "liquide" et ambiance émo je préfère largement Chokebore et le boulot de Troy Von Balthazar même si l'on est dans un registre davantage rock indé.
gulo gulo citer
gulo gulo
10/09/2026 17:59
note: 8.5/10
Un de mes préférés, pour ma part. Ils sont certes assez nombreux, certes, mais même si Koi No Yokan est très bien fait et séduisant, il est moins émouvant. En tous les cas sans aucune mesure avec l'horriblement fade Diamond Eyes.

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Deftones
Nu Metal
2016 - Reprise Records
notes
Chroniqueur : 6.5/10
Lecteurs : (5)  7/10
Webzines : (3)  7.46/10

plus d'infos sur
Deftones
Deftones
Nu Metal - Etats-Unis
  

vidéos
Prayers / Triangles
Prayers / Triangles
Deftones

Extrait de "Gore"
  

tracklist
01.   Prayers / Triangles  (03:38)
02.   Acid Hologram  (04:06)
03.   Doomed User  (04:27)
04.   Geometric Headdress  (03:29)
05.   Hearts / Wires  (05:21)
06.   Pittura Infamante  (04:04)
07.   Xenon  (03:17)
08.   (L)MIRL  (05:02)
09.   Gore  (04:59)
10.   Phantom Bride  (04:53)
11.   Rubicon  (04:58)

Durée : 48:14

line up
parution
8 Avril 2016

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