Pas original pour un rond mais férocement revigorant, voilà les premiers mots qui me viennent suite à la découverte du premier album de
CORIUM, récente formation rennaise dont les ambitions musicales se situent au croisement de différents genres extrêmes :
crust,
punk,
hardcore,
grind, que de la défouraille conçue pour un défoulement sain. Ce n’est sûrement pas un hasard si l’EP de 2025 s’intitulait
Nuclear Deathcrust…, un programme alléchant bien que vraisemblablement un poil trop ambitieux à ce stade de la carrière du groupe. Je n’exclus pas qu’il soit le représentant de cette mouvance d’ici quelques années…
Si à la lecture de ces étiquettes hautement inflammables nous imaginons aisément un quatuor fonçant à toute berzingue sans aucun discernement, il n’en est rien. En effet, les musiciens surprennent par l’écriture de titres relativement longs du moins pour une démarche aussi radicale que celle annoncée, avec de nombreuses pistes situées aux alentours des quatre voire cinq minutes. Une approche du registre rare mais pas forcément toujours à l’avantage d’
Anger/Chain/Reaction car plus les morceaux s’étirent, plus l’on trouvera des éléments dispensables, qui occupent l’espace là où tout aurait pu être dit en cent-vingt secondes. Je pourrais évoquer les tentatives de solos (le final de « Price to Pay »), quelques riffs répétés à l’envi sur des variations de tempos, l’interlude acoustique planant (« Kyrie ») qui tombe comme un cheveu dans la soupe, le mélodique et rapidement oubliable « Post-Nuclear-War Contemplation » (pourquoi ce chant clair ?), enfin quelques incursions sur le terrain d’un
rock burné à l’image du « 13,6 » où
MOTÖRHEAD aurait bouffé de la vache enragée.
Par conséquent, beaucoup de choses sympathiques mais n’ayant jamais été féru des musiques « ‘n’ roll » j’avoue avoir une préférence marquée pour les moments les plus énervés où les penchants
grind prennent le
lead. Dans cette optique, la minute de déferlante hargneuse qu’est « Extinction Protocol » démontre que c’est dans la fureur des éléments que
CORIUM s’en sort le mieux. Également, à l’écoute de « Breaking », on comprend que les
mosh parts sont également dans la ligne de mire de la bande et que dans ce registre
brutal core construit autour de rythmiques hachoirs, les guitaristes s’en sortent fort bien, solidement appuyés par les vocaux rageurs d’un chanteur particulièrement vindicatif dans ses prises de paroles.
Pourtant, en dépit de qualités évidentes, je reste pour le moment un brin sceptique. À trop vouloir mélanger, le LP finit par perdre en homogénéité, balloté entre le
punk rock (« Skulls » ; « Respect »), agressif certes mais convenu au regard des coulées de lave suédoise d’« Atomic Breath » ou de l’efficacité
d-beat de « Killed by Radiation », et des remontées gastriques
death crust qui sont réellement les instants où la formation montre son visage le plus radieux. Pour finir, sans faire de la sociologie de comptoir, on sait que Rennes reste une ville majeure du
rock hexagonal, peut-être que cela déteint sur les tentatives d’accessibilité, peut-être que cela pose aussi inconsciemment un frein sur le degré de violence qui pourrait être atteint si tout sonnait comme « Extinction Protocol », la composition phare de ce
Anger/Chain/Reaction prometteur mais manquant encore d’un peu d’affirmation, de personnalité.
1 COMMENTAIRE(S)
08/09/2026 13:45
Les influences punk HC sont pas trop ma came mais il faut avouer qu'elles sont efficaces à défaut d'être originales. J'aime beaucoup 13,6 et sa deuxième partie notamment, qui est un des meilleurs moments de l'album.
On peut se dire qu'une fois leurs influences digérées, on aura du très bon!