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Aosoth - III

Chronique

Aosoth III
Ne connaissant sur le bout des doigts ni la discographie de MkM ni celle de BST excepté un Ashes Of Angels ou un Blood Libels de temps à autre, la découverte du dernier opus du combo parisien était donc plus à mettre au compte de la curiosité que les nombreux écrits élogieux à son sujet ont attisé qu’à une attente désespérée d’un fan déjà conquis à l’avance. Poussé par ce mouvement presque unanime de la critique, je me suis donc laissé aller à faire don de quelques euros à Agonia Records et s’il aura fallu un bon nombre de tentatives pour en arriver à ce constat, sachez dès à présent que ce n’est pas aujourd’hui que je prendrais le rôle du chroniqueur réac’ et blasé de l’engouement de ses pairs ; il est des fois où le consensus est on ne peut plus justifié.

Il n’en a toutefois pas été immédiatement ainsi, car si la qualité globale du méfait est tout de suite apparue, la densité et l’absence de compromis de ces quelques quarante cinq minutes ainsi que les références difficilement détrônables qu’elles évoquent m’ont fait émettre quelques bémols un certain temps. Mais comme dit l’adage, tout vient à point à qui sait attendre et patience et persévérance auront réellement été salvatrices tant cette dernière offrande d’Aosoth surpasse en tout point ses précédentes réalisations. Une dizaine d’écoutes auront suffi à ce que densité et difficulté d’accès se transforment en cohérence et jusqu’au-boutisme, plaçant ainsi III de manière presque irrévocable dans le peloton de tête de cette année 2011. Peu de changements radicaux ont été effectués depuis Ashes Of Angels, il s’agit plutôt d’un ensemble de détails et d’une homogénéité particulière qui permettent aujourd’hui plus que jamais à la noirceur et l’insanité de la musique d’Aosoth de prendre toute leur envergure. De la sobriété du patronyme et de l’artwork classieux de J. Delgado au parti pris de titres simplement numérotés (rappelant par ailleurs la trilogie d’un confrère ayant récemment fait parler de lui, bien que la chronologie ne laisse place au doute d’une quelconque inspiration à ce niveau), tout semble avoir été pensé dans l’optique de renforcer cette idée d’une œuvre monolithique et l’immersion dans cette atmosphère brulante et torturée n’en est que plus redoutable.

Les hostilités démarrent sans préambule sur le riffing aussi dérangeant que dérangé de BST, alternant judicieusement plans d’une lourdeur écrasante où dissonances et let ring sont de sortie (non sans rappeler d’ailleurs les parrains nationaux que sont en la matière Blut Aus Nord et Deathspell Omega) et accélérations bien senties. Si l’ex-Aborted est majoritairement à l’origine de cette ambiance malsaine et d’une noirceur sans nom dont la scène française semble avoir compris la recette, les vocaux de MkM sont un des plus grands atouts du disque, réalisant une de ses plus belles performances et apportant considérablement à la profondeur de cet art noir terroriste. Après de nombreuses tentatives, les deux hommes semblent s’être enfin réellement trouvés et le résultat est tout simplement effrayant. Ce n’est certainement pas le répétitif et dissonant "III-2" où vociférations et guitares bruitistes s’entremêlent douloureusement jusqu’aux claviers froids et morbides qui ouvrent "III-3" qui me contredira, désormais l’alchimie fonctionne parfaitement et l’équilibre entre déferlantes de haine primaires et ralentissements ambiancés tout aussi oppressants assure au méfait une fois assimilé une durée de vie nettement supérieure à celle de ses prédécesseurs.

Toutefois, il reste que malgré sa cohérence admirable et ses morceaux complémentaires, possédant pour la plupart au moins un passage mémorable permettant de les distinguer rapidement, l’absence quasi totale de temps morts fait parfois défaut à III. Il ne sera pas nécessaire de me rappeler que cette impartialité fait très certainement partie intégrante de la démarche des Parisiens d’autant que les accalmies (toutes relatives soit-elles) ne sont pas tout à fait inexistantes non plus, en attestent quelques discrètes outros typées ambient, mais l’écoute de l’œuvre dans son ensemble n’en demeure pas moins assez éprouvante là où par exemple, elle se faisait sans accroc sur l’ultime Fas d’un DsO qui savait baisser d’un cran la noirceur et l’intensité de sa musique quand il le fallait. Quoiqu’il en soit, il faudrait être bien difficile pour cracher dans la soupe car c’est un véritable Aosoth 2.0 que nous avons en face de nous et un morceau de la teneur de "III-5" – probablement celui qui se démarque des autres en premier lieu de par son riff principal dantesque et ses breaks mémorables – ne peut que confirmer ce constat tant ces quelques neufs minutes synthétisent à mon sens ce que le groupe à su faire de mieux en près d’une décennie d’existence.

C’est sur un peu plus de trois minutes sombres et minimalistes où l’exercice est à mes yeux bien plus parlant et judicieux que sur les précédents titres que le groupe se retire, signant non seulement son disque le plus abouti et prometteur mais également une pièce tout à fait convaincante au panthéon de cette « Parisian Black Metal Scene ». Quoi qu’en dise Nocturnal Depression, ce serait une erreur que de passer à côté d’un album de ce calibre car en dépit d’un certain linéarisme, la noirceur que nous proposent ces trois messieurs majuscules est en tout point admirable et risque bien de faire des ravages auprès des adeptes des formations sus-citées. En attendant, je suivrai de manière bien plus attentive l’actualité du groupe à l’avenir, il vient de prouver qu’il méritait désormais toutes les attentions.

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7 COMMENTAIRE(S)

Funky Globe citer
Funky Globe
22/02/2016 21:43
note: 9.5/10
Alors là, c'est la tuerie totale.
Invité citer
Crom-Cruach
24/11/2011 20:13
Suis pas un fan pure et dure de black mais cet album est réellement flippant par moment.
BBB citer
BBB
24/11/2011 14:31
note: 9/10
Ma grande découverte de l'année. Sans conteste l'album atterrira dans mon top5 de l'année. Pas trop fan de black à la base je dois bien avouer que j'y trouve de plus en plus de choses qui me parlent ces derniers temps.
LostSon citer
LostSon
18/11/2011 17:25
note: 8.5/10
Un des albums de l'année: noir et crasseux, le black metal comme je l'aime.
AxGxB citer
AxGxB
18/11/2011 14:46
note: 8/10
Chouette chronique pour un album pas très évident à appréhender. Sa densité et sa noirceur le rende presque impénetrable. Il faut en effet forcer un peu les écoutes pour commencer à prendre du plaisir. Mais ça en vaut la peine, c'est certain!
Karamazov citer
Karamazov
18/11/2011 13:51
note: 9/10
Je le digère pour l'instant (bleurp...) mais le coté brute glauque est très réussit.
Et ça rentre probablement dans mon Top 5 2011.
lkea citer
lkea
18/11/2011 13:27
note: 8/10
Comme toi, j'ai pensé au départ à BaN et DsO dans une version bestiale mais plus je l'écoute et plus j'y trouve quelque chose d'AmenRa, un côté cafardeux derrière la haine donnant une profondeur à son opacité. "Sans concessions" oui, mais avec quelque chose derrière qui le place un peu à côté des références auxquels on pense de suite.

Bref, merci de t'être occupé de la chronique, moi-même je n'aurais pas su en parler.

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Aosoth
Black Metal
2011 - Agonia Records
notes
Chroniqueur : 8/10
Lecteurs : (22)  8.57/10
Webzines : (22)  7.76/10

plus d'infos sur
Aosoth
Aosoth
Black metal - 2002 - France
  

écoutez
tracklist
01.   III-1
02.   III-2
03.   III-3
04.   III-4
05.   III-5
06.   III-6

Durée : 45 minutes

line up
parution
21 Avril 2011

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