chargement...

haut de page
Remontez pour accéder au menu
113 visiteurs :: Invité  » se connecter  » s'enregistrer

Opium Warlords - Live at Colonia Dignidad

Chronique

Opium Warlords Live at Colonia Dignidad
Je n'ai jamais compris cette idolâtrie que l'on pouvait ressentir à l'égard de certains artistes, et plus précisément dans le metal. J'imagine très bien qu'on puisse aimer, voire vénérer, tel ou tel groupe, mais qu'on s'attache à connaître jusqu'au bout des doigts la vie privée de ses membres, qu'on leur parle comme à des potes ou qu'on leur pose des questions intimes dans l'espoir d'en savoir un peu plus sur eux... ça me dépasse. Pour dire les choses clairement, un musicien de metal dont j'apprécie l’œuvre est, jusqu'à preuve du contraire, un connard comme vous et moi, simplement plus doué que je ne le serai jamais dans un domaine donné. Basta.

Je n'ai jamais compris cette idolâtrie que l'on pouvait ressentir à l'égard de certains artistes, et plus particulièrement dans le metal... mais j'avoue avoir de l'intérêt pour Sami Hynninen. Pas seulement par rapport à ses nombreux faits d'armes passés et actuels, mais aussi en raison de sa personne. C'est bien simple : chaque interview avec lui, chaque prise de parole de sa part, font l'objet d'une attention soutenue de mon côté quand je les croise car il me donne l'impression coup sur coup d'avoir mûrement réfléchi aux mots qu'il utilise et aux thèmes qu'il développe. Comme si tout cela méritait d'être pris avec le plus grand sérieux, avec le plus grand respect. Pour quelqu'un comme moi, issu de la génération Internet où tout ou presque est dérisoire, c'est incompréhensible. Et j'admire ça.

Mais si je vous cause de ce sentiment d'avoir affaire avec une personne prenant un soin excessif à aborder ce qui croise son chemin, c'est surtout parce que c'est bien lui qui me coupe le souffle sur Live at Colonia Dignidad (qui n'est pas un « live », je préfère préciser). Ceux connaissant le projet savent déjà que c'est une gageure chez Opium Warlords, seulement, ce premier essai pousse cette méticulosité si loin que les premières écoutes peuvent se voir comme des épreuves. Arides, ces longues plages le sont constamment, possédant a priori peu de moments éclatants, ces passages qui, ailleurs, font attendre leur entrée, où l'on se dit alors « ça y est, la tuerie arrive ».

Non, ce n'est pas là-dessus que table Live at Colonia Dignidad, lui qui s'assimile au fur et à mesure comme on ouvre le journal intime de quelqu'un que l'on ne connaît pas, avec gêne, des symboles qui font sens pour son auteur mais peu pour nous, des raccourcis et des références qui demandent du temps pour devenir les nôtres. Le déclic finit par venir : au-delà des ponts stylistiques que dresse l'album entre funeral, drone, doom atmosphérique ou pur jus, folk, black metal et autres, il s'agit surtout d'une histoire de communion, de cheminement spirituel, intime forcément, au point qu'on la ressent comme étant la nôtre le long de ces soixante-seize minutes. Ainsi, un titre comme « Feel the Funeral Breeze », aux guitares brutes (Reverend Bizarre n'est jamais très loin), fait croire à des trompettes angéliques aussi dures que pures ; la ballade interminable « Let It Pour, Let It Pour » devient une composition majeure d'hédoniste doom metal, frugale, mystique, reposante ; la magique « Meet Me at the Iron Place » enchante de sa complexité malgré une simplicité de surface, entre goût pour l'épopée bien connu de Sami Hynninen et mélancolie profonde.

Retenue, ascèse, croyance et félicité au bout du chemin... Live at Colonia Dignidad, aussi difficile d'approche puisse-t-il paraître, fait marcher avec lui sur ce sol ivoirin, regarder ce ciel rose, trouver le bonheur qu'il y a à ralentir son pas et contempler chaque élément pour le percer, pour l'adorer. Certes, tout n'est pas parfait en lui, à la manière de ces quelques fantaisies restant hors-sujet malgré toutes les bonnes intentions du monde (les passages noisecore/grind – oui – à la fin de « Feel the Funeral Breeze » et lors de « Support the Satanic Youth » par exemple). Mais cela s'oublie bien vite, porté que l'on est par cette voix mémorable, aussi à l'aise dans les cris hostiles hérités du black metal le plus enfiévré que le chant clair de guerrier prêt à faire de sa religion la seule sur Terre, ainsi que par cette production naturelle, sans grand chambardement, poussant comme ce qu'elle habille à chercher, jusqu'à ce que le plaisir se trouve (et il se trouve, au point que l'album n'a pas quitté mon lecteur MP3 depuis sa découverte, il y a deux ans).

Je disais à l'époque de la sortie de Taste My Sword of Understanding qu'il était pour « ceux préférant la recherche de la perfection à son accomplissement, ceux acceptant aisément les défauts d'un disque en raison de ce qu'il est capable d'apporter en retour ou simplement ceux appréciant leur doom minimaliste et fervent mais n'étant pas contre un peu de lumière ». C'est d'autant plus vrai concernant Live at Colonia Dignidad, à ceci près que ses rayons sont plus irradiants encore. Une œuvre qui n'est pas prête d'éteindre cet amour que j'ai pour les groupes originaires de la Finlande, ce pays que je n'ai jamais visité mais que je vois comme peu accueillant au départ, immaculé de blanc, aux êtres secs. Un endroit où se recueillir, où apprendre à vivre avec les autres et soi, où le gel semble même intérieur, où tout devient statique, l'onirisme comme état mental permanent. Oui, Live at Colonia Dignidad est similaire à cela : rustre, exigeant et pourtant psychédélique. On ne peut plus finlandais, en somme.

DONNEZ VOTRE AVIS

Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.

9 COMMENTAIRE(S)

Kedran citer
Kedran
11/05/2016 00:19
note: 9/10
Streker a écrit : Kedran a écrit : C'est commandé
T'as commandé où ?


Discogs, je crois que ça reste encore le meilleur plan.
Streker citer
Streker
10/05/2016 23:29
Kedran a écrit : C'est commandé
T'as commandé où ?
lkea citer
lkea
10/05/2016 18:28
note: 9/10
*pouce levé*
Kedran citer
Kedran
10/05/2016 11:37
note: 9/10
C'est commandé
lkea citer
lkea
10/05/2016 06:27
note: 9/10
Kedran a écrit : Elle est belle ta chronique. Ça donne envie en tout cas.

Merci. Honnêtement, je pense que cet album peut te plaire beaucoup !
Kedran citer
Kedran
10/05/2016 01:16
note: 9/10
Elle est belle ta chronique. Ça donne envie en tout cas.
gulo gulo citer
gulo gulo
09/05/2016 10:18
note: 9/10
Ils n'aiment pas bien ce genre de violence, en effet : les éruptions de joie, les chips trop relevées, le renne pas assez bouilli...
lkea citer
lkea
09/05/2016 10:14
note: 9/10
Je vais éviter d'être trop content si jamais je m'y rends alors Moqueur
gulo gulo citer
gulo gulo
09/05/2016 10:08
note: 9/10
Ils sont assez distants et attachés à leur distance de sécurité, oui ; tu vas pour faire la bise à un Finlandais, il reculera comme un chat ou appellera calmement un agent. Mais si tu la respectes, ils sont très... doux.

AJOUTER UN COMMENTAIRE

 
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
Opium Warlords
Doom Metal
2009 - Cobra Records
notes
Chroniqueur : 9/10
Lecteurs : (3)  8.83/10
Webzines : (8)  7.7/10

plus d'infos sur
Opium Warlords
Opium Warlords
Drone / Doom / Folk - 2004 - Finlande
  

tracklist
01.   Soon Be Here, Prince of Sleep
02.   Return to the Source
03.   Let It Pour, Let It Pour
04.   Suck My Spear, Servant of Satan
05.   Feel the Funeral Breeze
06.   Feel the Strength
07.   Overwhelm Me, Black Sorrow
08.   Meet Me at the Iron Place
09.   Support the Satanic Youth

Durée : 76 minutes 54 secondes

line up
parution
25 Novembre 2009

voir aussi
Opium Warlords
Opium Warlords
Taste My Sword Of Understanding

2014 - Svart Records
  
Opium Warlords
Opium Warlords
Droner

2017 - Svart Records
  

Essayez aussi
Reverend Bizarre
Reverend Bizarre
III - So Long Suckers

2007 - Spikefarm Records
  
Avatarium
Avatarium
The Girl With the Raven Mask

2015 - Nuclear Blast Records
  
Funeral
Funeral
In Fields Of Pestilent Grief

2002 - Nocturnal Music
  
Pentagram
Pentagram
First Daze Here (The Vintage Collection) (Compil.)

2002 - Relapse Records
  
Type O Negative
Type O Negative
World Coming Down

1999 - Roadrunner Records
  

Damnation Defaced
The Devourer
Lire la chronique
Malum
Legion
Lire la chronique
ALL #1 - L'histoire conceptuelle de l'album "Hypertrace"
Lire le podcast
METAL MEAN FESTIVAL XV - 2019
Asphyx + Au-Dessus + Bloodb...
Lire le live report
Kaltfront
Feuernacht
Lire la chronique
Morbid Illusion
In the Crypt of the Stifled
Lire la chronique
Detherous
Hacked To Death
Lire la chronique
ShadowStrike
Legends of Human Spirit
Lire la chronique
Oranssi Pazuzu
Kevät / Värimyrsky (EP)
Lire la chronique
Shit Life
Reign In Bud
Lire la chronique
State Faults
Resonate/Desperate
Lire la chronique
Ebola
III
Lire la chronique
Rogga Johansson
Entrance To The Otherwhere
Lire la chronique
Black Majesty
Seventh Kingdom of Edom (EP)
Lire la chronique
Whore Black Metal : STOP AU SEXISME
Lire le podcast
SYLAK OPEN AIR 2019
Apocalyptica + Black Flag +...
Lire le live report
Ravenzang
Uit een duister verleden
Lire la chronique
DISOWNING pour l'album "Human Cattle"
Lire l'interview
Cerebral Rot
Odious Descent Into Decay
Lire la chronique
Hate
Auric Gates Of Veles
Lire la chronique
Shape Of Despair
Shades Of...
Lire la chronique
METALHERTZ - S02E04 - Symphonic PACA Metal
Lire le podcast
PPCM #21 - Ces ALBUMS que JE NE DEVAIS PAS AIMER
Lire le podcast
Destruction
Born To Perish
Lire la chronique
Metal Church
Damned If You Do
Lire la chronique
Gestapo 666
Satanic Shariah
Lire la chronique
Memoriam
Requiem For Mankind
Lire la chronique
Beheaded
Only Death Can Save You
Lire la chronique
Epitaphe
I
Lire la chronique
Burial Remains
Trinity Of Deception
Lire la chronique