chargement...

haut de page
Remontez pour accéder au menu
57 visiteurs :: Invité  » se connecter  » s'enregistrer

Monolithe - Epsilon Aurigae / Zeta Reticuli

Chronique

Monolithe Epsilon Aurigae / Zeta Reticuli
Nota : cette chronique est basée sur la tracklist de la (superbe) édition vinyle rassemblant le double album en un seul tout et proposant ainsi son propre ordre de chansons.
Nota 2 : pour les curieux, une interview de Sylvain Bégot – tête pensante du groupe – a été réalisée ICI après la sortie de Epsilon Aurigae.


Si Monolithe s’inscrit clairement dans une lignée doom metal, il n’en reste pas moins un explorateur à la frontière des genres, un groupe flirtant subtilement au delà du metal pour y trouver l’inspiration. Jusqu’ici, le groupe peut se targuer de proposer une musique exigeante, faisant partie de celles qui ne se livrent pas dès la première écoute. En effet ses morceaux d’un seul tenant de 50 minutes induisent une forme d’effort – ce qui n’est pas sans rappeler l’effort nécessaire à l’appréhension de certaines grandes œuvres d’arts. Oui, lancer un titre de Monolithe, c’est un peu comme appréhender un gros bouquin. L’écoute passive est possible, mais délicate. Au début, on patauge un peu… et puis on se concentre pour finir par s’immerger totalement dedans. Une fois l’oeuvre digérée, par delà les collections de riffs massifs et les atmosphères spatiales, on peut alors avoir une vision plus globale : Monolithe, c’est un véritable monde en soi.

Le premier cycle de Monolithe, intitulé « The Great Clockmaker » , est composé des quatre premiers albums du groupe (Monolithe I, II, III et IV) et use donc d’un mode de composition très étiré. Mais à l’inverse, le nouveau double album Epsilon Aurigae (2015) et Zeta Reticuli (2016) rompt avec ce processus d’écriture. L’épopée est terminée et le groupe nous propose des « spin-off », c’est à dire des histoires situées dans le même univers que « The Great Clockmaker » mais focalisées sur d’autres situations, d’autres personnages ou d’autres temporalités. Les titres sont ainsi plus courts (15 minutes) afin de s’adapter aux divers récits. L’approche est vraiment pertinente, notamment lorsque l’on connaît le premier cycle et que l’on saisit le formidable potentiel onirique qu’il représente. En étoffant sa mythologie, Monolithe nous replonge dans une atmosphère proche des Space Opera d’Asimov, Simmons, ou Bordage. Et musicalement, il peut se vanter de le faire bien. Plus accessible et plus intense, Epsilon Aurigae et Zeta Reticuli nous proposent un Monolithe à son meilleur : sincère, inspiré et passionné.

Concrètement, le propos du groupe n’a intrinsèquement pas changé : la musique est épaisse et étouffante et les ambiances nous bourlinguent dans les profondeurs de l’espace. Avec un bon caisson de basses, le sol se mettrait presque à trembler ! De même, et à vint-mille lieux d’une quelconque technicité démonstrative, Monolithe continue à piocher dans le répertoire de composition classique pour créer des sonorités sollicitant notre imaginaire « extra-terrestre ». Les riffs primitifs et directs se succèdent, ponctués de voix gutturales tandis que les mélodies se désarticulent au grès de quartes, quintes et autres contrepoints. Le tout premier solo de l’album – situé au premier tiers de Synoecist – est d’ailleurs un bel exemple de ce que peuvent être ces étranges mélodies de l’espace : s’écartant des codes habituels, elles semblent en effet se (de)structurer comme par l’accolement hasardeux de notes célibataires : Do sol si fa# sol do ré sib sol… Synoecist est vraisemblablement le morceau le plus dissonant de l’album. Mais il est aussi le plus dense et le plus écrasant – ce qui n’est pas surprenant quand on sait que le titre raconte justement l’histoire d’un être titanesque et absolu rassemblant et condensant l’univers en un seul point : « Everything must be one again ». Dans la même veine, Ecumenopolis nous parle d’une planète-ville (comme Coruscant ou Trantor). Elle retranscrit alors la gravité, l‘émerveillement et le malaise que l’on pourrait rencontrer à la perception d’une telle cité ; une mégalopole complètement asphyxiée par sa surpopulation et étouffée par la densité de ses architectures infinies : « The building never ends ».

Le groupe arrive avec talent à conjuguer musique et récit pour former un ensemble cohérent. Et il le réussit d’autant mieux que ces deux « parties» de l’œuvre fonctionnent indépendamment : la fiction est vraiment de qualité et pourrait tout simplement s’écrire tandis que la musique, elle, est capable seule de nous renvoyer à nos propres fictions mentales. Chacun est ainsi libre de se créer son histoire, de se raconter son épopée ou bien de la rattacher à des enjeux dramatiques classiques : trouver la source du vent en extrême-amont, stopper les desseins destructeurs des Scaythes d’Hyponéros ou découvrir l’emplacement de la seconde fondation…

Si les instrumentaux Tma-0 et Tma-1 font évidemment référence à 2001, l’Odyssée de l’Espace, ils sont également les morceaux les plus doom (voir funeral doom) et font directement écho aux compositions de « The Great Clockmaker » . De ce fait, Tma-0 est le titre le moins verbeux de l’album mais aussi le plus lent, à la fois du point de vue de son rythme et de son développement. N’atteignant sont acmé qu’à la onzième minute, il pourrait presque donner l’impression d’être un titre de 50 minutes ayant été coupé… A l’inverse, Tma-1 est à l’image du double album : comme si le fait de raccourcir les chansons à 15 minutes avait induit une forme d’urgence, il en ressort une densité et une intensité particulière. On notera d’ailleurs le superbe solo vers la cinquième minute proposant un passage halluciné et épique, à l’image d’un cri d’espoir tentant de s’échapper de la chape de guitares.

Mais c’est Everlasting Sentry qui remporte la palme du titre le plus grandiloquent et le plus captivant. Narrant l’histoire d’un gardien, d’une sentinelle Monolithe condamnée à une éternelle solitude aux confins de l’univers, il parvient à suspendre notre respiration à coup de riffs lancinants, se répétant aussi inlassablement que la vie d’observateur du Monolithe. L’émotion est habilement appuyée par de nombreux arrangements orchestraux arrivant à insuffler un élan dramatique à la chanson par l’utilisation de cordes (la solitude : « So eager to find companionship ») ou instaurer une ambiance inquiétante par l’exploitation de cuivres (le regard inquisiteur du gardien sur l’immensité de l’univers). L’excellent The Barren Dephts clôture le double album avec un certain sens du cliffhanger. Nous aurions pu fantasmer une chanson particulièrement violente, ou abyssale, un titre marquant avec panache un point final de l’univers de « The Great Clockmaker »… mais non ! Contre toute attente, ce n’est pas la voix caverneuse de Richard Loudin qui pose la dernière pierre de Epsilon Aurigae et Zeta Reticuli mais le chant clair d’un invité, Guyom Pavesi. Et cela marche vraiment bien. De la même manière que le groupe avait utilisé un accordéon dans Monolithe II, l’utilisation de la voix claire permet d’apporter des sonorités nouvelles dans l’épopée du groupe. Il exploite également autrement le contraste massif/aérien que l’on retrouve dans chaque composition (avec les fameuses mélodies désincarnées). Ainsi, et tout simplement, Monolithe prouve qu’il a encore de grandes possibilités d’explorations : le double album entier en témoigne, s’imposant comme une pièce majeure – le pinacle – des Monolithes. Et si l’on ne peut que fantasmer les dimensions de la fresque musicale et spatiale du groupe, il est clair que Epsilon Aurigae et Zeta Reticuli est une invitation à continuer le voyage. Que la suite se rattache ou non à « The Great Clockmaker » n’a finalement pas d’importance : on a hâte de découvrir la suite.

DONNEZ VOTRE AVIS

Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.

8 COMMENTAIRE(S)

Kasteel citer
Kasteel
14/05/2018 17:30
note: 8.5/10
Longue chronique pour ces longues compos, un plaisir !
Je viens tout juste d'acquérir cette belle édition en vinyle, avant de les voir en concert le soir même : leur univers est dense sur scène comme sur album, même si, certes, ils sont nombreux sur scène, ce n'est pas du remplissage ! De plus, les gars sont sympa comme tout, pas bégueules, ce qui ne gâche rien.
J'imagine que si Darkspace jouaient à 5 ou 6 (et étaient sympa ;p ) et faisaient du Doom, cela ressemblerait un peu à Monolithe.
Même s'il s'agit d'une sortie Debemur Morti, c'est pour moi encore une découverte LADLO (label du dernier Monolithe) , et décidément ils sont biens ces gens-là !
LaMyxine citer
LaMyxine
24/01/2017 20:20
Un de mes albums preferes de musique lente et obsédante. Très réussi.
gulo gulo citer
gulo gulo
24/01/2017 18:09
note: 1/10
Oui, tu peux y aller les yeux fermés dans la discographie, la qualité est une constante avec ce projet.
Rapha3l citer
Rapha3l
24/01/2017 17:56
note: 8/10
AtomicSchnitzel a écrit : J'ai jamais écouté Monolithe, j'irai rectifier ça. Tu sais bien vendre l'album. Sourire

La note lecteur n'est pas très en adéquation avec celle de Thrasho ceci dit haha.


C'est juste Gulo Gulo qui n'aime pas et qui troll
Je te le conseille fortement Clin d'oeil

++
gulo gulo citer
gulo gulo
24/01/2017 17:21
note: 1/10
C'est un superbe groupe, oui. Qui fait de superbes disques.
AtomicSchnitzel citer
AtomicSchnitzel
24/01/2017 17:13
J'ai jamais écouté Monolithe, j'irai rectifier ça. Tu sais bien vendre l'album. Sourire

La note lecteur n'est pas très en adéquation avec celle de Thrasho ceci dit haha.
Rapha3l citer
Rapha3l
24/01/2017 16:26
note: 8/10
Ah ah ah tu me cherches coquin !!
Je suis en total adéquation avec mon top : https://rateyourmusic.com/list/Raph_Cello/2016-albums/

Par contre tu observeras que le Gojira qui t'a tant fait suer est passer à 9 Moqueur

Sinon, oui vraiment écoute, c'est du lourd !
Neurocatharsis citer
Neurocatharsis
24/01/2017 15:27
Encore une belle chronique, qui donne envie de ce plonger dans l'écoute. Par contre un 8/10 pour un article aussi élogieux ? Commencerais-tu à noter sévèrement ? Moqueur

AJOUTER UN COMMENTAIRE

 
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
Monolithe
notes
Chroniqueur : 8/10
Lecteurs : (3)  5.67/10
Webzines :   -

plus d'infos sur
Monolithe
Monolithe
Doom/death - 2001 - France
  

écoutez
tracklist
01.   Synoecist
02.   Ecumenopolis
03.   Tma-0
04.   Tma-1
05.   Everlasting Sentry
06.   The Barren Depths

parution
11 Décembre 2015

voir aussi
Monolithe
Monolithe
Nebula Septem

2018 - Les Acteurs de l'Ombre
  

Essayez aussi
Cathedral
Cathedral
Forest of Equilibrium

1991 - Earache Records
  
Type O Negative
Type O Negative
World Coming Down

1999 - Roadrunner Records
  
Avatarium
Avatarium
The Girl With the Raven Mask

2015 - Nuclear Blast Records
  
Type O Negative
Type O Negative
Life Is Killing Me

2003 - Roadrunner Records
  
Bathsheba
Bathsheba
Servus

2017 - Svart Records
  

ghUSa + Sadistic Intent
Lire le live report
Stortregn pour l'album "Emptiness Fills The Void"
Lire l'interview
Albionic Hermeticism
Ancient Hermetic Purity
Lire la chronique
Primitive Man / Unearthly Trance
Split (Split-CD)
Lire la chronique
Graven Maul
Crushed Skull Moon (EP)
Lire la chronique
Carnation
Chapel Of Abhorrence
Lire la chronique
Get The Shot
Infinite Punishment
Lire la chronique
Spaceslug
Eye The Tide
Lire la chronique
White Wizzard
Infernal Overdrive
Lire la chronique
Deafheaven
Ordinary Corrupt Human Love
Lire la chronique
Lofofora
L'épreuve du concert (Live)
Lire la chronique
Le Canyon - Episode 15 - Sky Valley Summer Vibes sous l'Océan
Lire le podcast
PPCM #1 - Faut être un peu pessimiste (Pessimist)
Lire le podcast
Mars Red Sky
Stranded in Arcadia
Lire la chronique
Beyond Carnage
Profane Sounds Of The Flesh...
Lire la chronique
Iskald
Innhøstinga
Lire la chronique
Regnat Horrendum
Heathenland
Lire la chronique
Diocletian + Fin + Funeral Desekrator
Lire le live report
Thou
Rhea Sylvia (EP)
Lire la chronique
Wombripper
From The Depths Of Flesh
Lire la chronique
Ozzy Osbourne
No More Tears
Lire la chronique
Metallica
The $5.98 EP - Garage Days ...
Lire la chronique
Black Sabbath
13
Lire la chronique
Blood Of The Wolf
II: Campaign Of Extermination
Lire la chronique
MoM Poésique - Saor / "La Colline sentant les thyms"
Lire le podcast
Torture Rack
Malefic Humiliation
Lire la chronique
Black Howling
Return of Primordial Stillness
Lire la chronique
Isengard
Høstmørke
Lire la chronique
Devastatiön
Drink With The Devil (EP)
Lire la chronique
Mortem
Deinós Nekrómantis
Lire la chronique