C'est moi ou tout le monde s'en bat les couilles de ce nouveau Morbid Angel?! Je n'ai en effet vu que très peu de retours sur
Kingdoms Disdained, sorti qui plus est sur un label récent inconnu, Silver Lining Music. Bon, après tout, rien d'étonnant. Cet ancien monstre sacré du death metal n'avait rien trouvé de mieux que pondre en 2011
Illud Divinum Insanus, l'album de metal extrême le plus controversé des années 2000, réalisant l'exploit de faire encore pire que
The Unspoken King de Cryptopsy. La faute à des expérimentations technoïdes des plus bancales qui avaient fait fuir même le plus ouvert des fans et globalement à un opus à la ramasse, bien loin du lustre d'antan. Morbid Angel signait ainsi son arrêt de mort il y a plus de six ans. Difficile donc de s'extasier à la publication d'un nouveau disque, quand bien même le soit-disant responsable du naufrage, David Vincent, s'était retiré, et que le groupe annonçait un retour aux sources brutal. Le départ du batteur historique Pete Sandoval, remplacé par Scott Fuller (Annihilated, ex-Abysmal Dawn), n'arrangeait pas non plus les choses. Seul le retour de Steve Tucker, irréprochable sur les albums auxquels il a participé, pouvait s'apparenter à une bonne nouvelle.
Personnellement, je n'y croyais pas un instant, même sans avoir écouté le moindre extrait. Et ce n'est pas cette pochette hideuse à la Warfather (l'autre groupe de Tucker dont l'artiste Ken Coleman est également l'auteur) qui aurait pu me rassurer. Alors alors alors? Si les premières écoutes se sont avérées catastrophiques, les suivantes m'ont fait mettre quelques gouttes d'eau dans mon vin. Non,
Kingdoms Disdained n'est pas complètement à chier comme je le croyais au début, il est juste très mauvais. Pourquoi? La liste des doléances est longue. Alors oui, Morbid Angel est bien revenu à son style death metal classique en évitant bien les expérimentations foireuses. Ça d'accord. Cela dit, ça ne fait pas de
Kingdoms Disdained une réussite même si on est content que les Américains aient laissé au placard le boum boum pouet pouet. L'opus est en effet bourré de défauts. À commencer par la production de Erik Rutan. On l'aime bien le Rutan, en tant qu'ancien membre et fondateur de Hate Eternal. Mais ce son ultra compressé est franchement barbant. Ça cherche à en mettre plein les oreilles, mais ça ne réussit qu'à une chose, étouffer la musique et lasser l'auditeur. Le pire étant tout de même la batterie au son des plus synthétiques. Je n'ai rien contre le nouveau batteur Scott Fuller qui en soi réalise une performance correcte avec toute la panoplie du batteur de brutal death moderne, de la vitesse (blast-beats et même gravity blasts), du groove (ce jeu de double pédale sur les riffs sombres caractéristique de la formation floridienne) et un peu de technique. Mais la production est tellement insupportable que l'on n'entend que ça. Quant au revenant Steve Tucker, on reconnaîtra sans peine son growl puissant et intelligible, dans la veine de ce que fait le producteur Erik Rutan chez Hate Eternal. Le problème, c'est qu'il semble forcer, il en fait trop. Il a dès lors tendance à vite me taper sur les nerfs. Côté basse, je serai plus clément puisqu'elle se montre plus sobre tout en étant bien présente.
Celui auquel j'en veux le plus toutefois, c'est le créateur, le fondateur, le démonologue en chef. Ce cher George Michel Emmanuel III dit Trey Azagthoth. Après tout, la musique, c'est lui. Sauf "The Rigtheous Voice", "For No Master" et "From The Hand Of Kings", trois morceaux sur onze signés Tucker et pas les plus mauvais. Morbid Angel a connu son succès grâce à ses riffs sombres torturés, son groove dark et ses solos cosmiques. Si le groove dark qui fait remuer Cthulhu des hanches ressort de temps en temps, on ne peut pas en dire autant des deux autres. Les riffs manquent cruellement d'inspiration, s'avèrent banals au possible et surtout indignes du statut des Américains. On dirait un groupe lambda qui vient de débuter. Voilà la plus grosse déception de
Kingdoms Disdained. Des riffs plats et sans âme. Pour les solos, c'est la même. Ils sont déjà très peu nombreux et ceux enregistrés, sans développement ou conviction, font vraiment de la peine. Seul celui de "Declaring New Law (Secret Hell)", certes basique mais à la mélodie entêtante, se démarque du lot. Il faut dire qu'il sort des mains de Dan Vadim Von, devenu par la suite un membre à part entière du combo. Azagthoth fait même dans l'auto-repompe sur "Garden Of Disdain" au riff mi-tempo tellurique à la "Where The Slime Live", en beaucoup plus chiant. Je le trouve chiant d'ailleurs cet album, mou même. Ça a beau blasté souvent, avoir une production de gros bras, il n'est pas si brutal et rapide que ça. Et quand il tape, c'est dans le vide. Il n'arrive pas à retenir l'attention car il ne dégage pas grand chose. Pour vous dire, n'importe quel titre purement death metal de
Illud Divinum Insanus est meilleur que le moins mauvais des morceaux de ce
Kingdoms Disdained pathétique.
Rien à sauver alors? Pas grand chose non mais en se forçant, on trouvera tout de même quelques passages pour relever le niveau et éviter l'échec total, le zéro pointé. Le début bien bourrin de "Garden Of Disdain" (avant de copier sans génie "Where The Slime Live"), les séquences de blasts de "The Righteous Voice" assez jouissives grâce enfin à du bon riffing, le démarrage groovy efficace de "The Pillars Crumbling", "From The Hand Of Kings" si on enlève les bourrages plastiques, sans oublier "Declaring New Law (Secret Hell)", morceau assez spécial, sorte d'interlude, qui se dégage du reste. La première partie martiale et répétitive avec cette grosse caisse martelée sévèrement qui fait trembler les murs aux côtés de la basse, s'avère très réussie. Il s'y dégage une vraie ambiance sombre et menaçante. Là, Morbid Angel en impose à nouveau et Tucker qui déclame ses paroles convainc bien plus. Et on l'a vu, même le solo final de Vadim fait plaisir. Dommage toutefois que la seconde moitié, plus dansante par ce changement de pattern à la batterie, fait retomber le soufflé.
Avouez que ça fait peu pour un album de Morbid Angel, sans doute le groupe de death metal le plus influent, auteur de sorties ultra référentielles comme
Altars Of Madness et
Covenant. Qu'il est loin ce temps où les Floridiens invoquaient les Grands Anciens avec une maîtrise inhumaine. Le titre du dernier morceau, "The Fall Of Idols", résume bien la chose. Le titre de l'album et ceux des pistes ne m'évoquent rien d'ailleurs. Bon, c'est toujours mieux que "Radikult", "Too Extreme!", "I Am Morbid" ou "Destructos vs. the Earth / Attack" mais "Piles Of Little Arms" ou "D.E.A.D.", ce n'est pas non plus la panacée. Franchement, si c'était pour nous pondre un tel album sans imagination, sans âme, sans ambiance, sans intelligence, ce n'était pas la peine de revenir,. Même pour faire oublier le
I. On a compris que vous étiez revenus à du vrai death metal, ce serait bien maintenant de revenir à de la vraie bonne musique. Je pense malheureusement que Azagthoth est désormais bel et bien cramé. Il en est presque risible et ridicule sur les moments les plus insipides. On trouve bien quelques éclairs mais c'est très insuffisant pour la formation floridienne culte. Aussi insignifiant que le Warfather de Tucker,
Kingdoms Disdained entraîne un peu plus Morbid Angel vers la retraite qu'on préférerait voir arriver rapidement sous peine d'entacher encore un peu plus l'enseigne autrefois sacrée. Merci pour tout les gars mais là, il est temps d'arrêter les frais. Comme le disait ce cher Dewey, "je ne m'attendais à rien et je suis quand même déçu!"
12 COMMENTAIRE(S)
14/04/2020 13:19
14/04/2020 12:29
T'avais fait une petite faute, mais rien qui ne puisse être corrigé ^^
(-’๏_๏’-)
14/04/2020 12:28
11/04/2020 20:08
T'avais fait une petite faute, mais rien qui ne puisse être corrigé ^^
12/04/2020 13:56
Pour couronner le tout c'est carrément produit avec les pieds : batterie en plastoc qui bouffe l'espace sonore, guitares sans aucun relief donnant l'impression d'avoir été enregistrées dans un placard à balais, pfffiou...
Et le pire c'est qu'il n'y a pas une once de puissance dans cette infâme tambouille pourtant affublée d'une prod moderne. Bordel mais on parle quand même de Rutan derrière les manettes là ! On pourra par exemple dire ce qu'on veut d'un groupe comme Hour of Penance, mais on pourra pas leur reprocher le manque de puissance de leurs productions. Et même niveau inspiration, riffing et qualité d'écriture, leur pire album est un vrai monument à côté de ce truc.
Honnêtement je pige pas.
Sans déconner, y a qu'à se cogner des machins imbuvables comme les immondes D.E.A.D, Paradigms Warped et Declaring New Law pour prendre ses jambes à son cou.
Sérieux, à choisir je préfère encore me taper le semi-foutage de gueule Illud Divinum, parce que les gars avaient au moins le mérite de mettre leurs baloches sur la table et qu'on pouvait surtout se consoler avec de bons morceaux comme Existo Vulgoré ou Nevermore; morceaux qui font office de chefs-d'œuvre face aux bouses intersidérales qui peuplent ce disque pour le coup encore plus méprisable que son prédécesseur. Beurk
édit : justement en train de réécouter le bouzin (manière de), je nuancerai juste en disant que les 2 seuls titres que j'arrive encore à encaisser, c'est For No Master et l'épilogue The Fall of Idols (tiens tiens^^), grâce à leurs riffs à peu près potables et à leurs leads décents. Le reste poubelle.
12/02/2018 09:03
11/02/2018 10:25
Et pourtant je suis fan de Tucker, mon album favori du groupe c'est Gateways mais là je peux pas, la déception de l'année 2017.
10/02/2018 18:58
10/02/2018 11:49
La chro est très juste. Le son ne rend pas hommage aux compos. Enfin, ce n'est pas un problème car de compos, il n'y a quasiment pas. Seulement une suite de notes sans âme, sans inspiration, sans rien.
On n'en retient rien. Pas un riff, pas un arrangement, rien.
En revanche, l'artwork n'est pas si laid
10/02/2018 11:18
Cette phrase résume tellement de choses XD
Excellente chronique qui met le doigt là où j'ai été gêné également - alors que je ne suis pas du tout fan du groupe.
10/02/2018 11:04
Apres je trouve que c'est un album qui mérite de vieillir tranquillement dans nos oreilles car la déception du début petit à petit a, pour ma part, fait place à un relatif contentement. Je trouve qu'il ne se livre pas facilement en fin de compte...
Et comme tu le dis dans ta chro des maladresses de compositions ou un manque d'inspiration traversent l'album tout du long avec une intensité variable.
Déception oui ! Etron... Non
10/02/2018 10:35