chargement...

haut de page
Remontez pour accéder au menu
77 visiteurs :: Invité  » se connecter  » s'enregistrer

The Body - I Have Fought Against It, But I Can’t Any Longer

Chronique

The Body I Have Fought Against It, But I Can’t Any Longer
« Lynchéen » n’est pas qu’un mot pour montrer aux autres que l’on est un amateur éclairé de cinéma expérimental : il est aussi une manière d’exprimer, faute de mieux, une atmosphère que l’on rattache aux créations du réalisateur de Eraserhead, son étrangeté particulière, où le connu devient inconnu, entre lieux reconnaissables et modifications des repères, comportements déviants et discours faisant pourtant écho en nous, malaise constant et impression de rencontrer un sens, une symbolique, où l’énigme enveloppe notre esprit. Un terme que je n’utilise que rarement au sujet de quelqu’un d’autre que David Lynch lui-même, l’artiste ayant pour moi peu d’équivalent dans ses collages de sensations que l’on pense avoir déjà rencontrées malgré leur bizarrerie.

Assez de suspense artificiel : « lynchéen » est le premier mot qui me vient en tête quand je pense à I Have Fought Against It, But I Can’t Any Longer, et pas seulement au regard d’une pochette qui, comme le réalisateur, aime les routes parcourues la nuit et les voies sans issue. Cela pendait au nez de The Body qui, depuis No One Deserves Happiness, semble travailler à unir les contraires, floutant les lignes entre beauté, sauvagerie, sacré et contagion, composant une musique transgenre pour mieux s’inscrire dans un mouvement où ne plus savoir quel mot mettre sur les émotions qui nous traversent. Au point de voir au départ dans ce nouvel album un bête décalque, affirmant plus fort ce que son prédécesseur avait révélé au grand jour.

Il serait pourtant caricatural de s’arrêter à ce constat au sujet d’un projet qui, malgré une simplicité d’exécution, ne cesse de questionner et de se montrer unique dans ses expérimentations. Car, au-delà d’une liste d’invités qui s’est encore étoffée, comprenant des interventions de la chanteuse Kristin Hayter de Lingua Ignota (à la voix accentuant davantage la part gothique de The Body) ou encore Michael Berdan du duo Uniform (au sujet duquel les amateurs de la saison trois de Twin Peaks verront un autre lien à faire avec cet album), c’est bien l’élégance constante avec laquelle s’habille la paire Chip King / Lee Buford qui emporte ici, dans un univers où l’horreur se vit comme une chorégraphie chaloupée et harmonieuse, le costume et la guillotine en guise de sacerdoce. Il suffit d’écouter la montée triste et enjôleuse de « Nothing Stirs » ou encore les titres « Partly Alive » et « The West Has Failed », où l’abrasivité punk de la voix de Michael Berdan se mélange parfaitement aux cris aussi primaires que poétiques de Chip King, pour se rendre compte que I Have Fought Against It, But I Can’t Any Longer marie ensemble, plus qu’auparavant, des grands écarts comme un tout cohérent, où l’emphase se fait crue, le magnifique se met au service des sévices, les symboles se corrompant dans une domination laissant époustouflé. Maître de son art, The Body en fait un monde, dans lequel errer constamment en quête de réponses à ce qui se passe en nous quand on y pénètre.

Pourtant, les écoutes successives (il y en a eu beaucoup, et il y en aura encore) laissent une impression globale moins satisfaisante que No One Deserves Happiness. Non pas à cause d’une surprise moins grande – un retour en arrière montre que The Body évolue d’une façon qui n’a rien de surprenante en elle-même, tant elle paraît aussi unique que logique – mais bien en raison d’une exigence que l’on porte envers un projet qui a fait d’un certain raffinement dans ses rêves de tortures physiques et mentales son attrait principal. Et I Have Fought Against It, But I Can’t Any Longer frôle un peu trop l’incohérence pour pouvoir épater autant que son prédécesseur, particulièrement dans une fin de disque où « An Urn » et « Sickly Heart Of Sand » s’avèrent moins convaincantes que ce qui les précède. Heureusement, « Ten Times A Day, Every Day, A Stranger » et sa mélancolie pathologique où Erik Satie s’invite dans la loge noire terminent ces cinquante minutes dans une ambiance aussi ambiguë qu’hypnotisante, laissant hébété et charmé.

Ne comptez pas sur moi pour faire état des genres avec lesquels joue The Body sur I Have Fought Against It, But I Can’t Any Longer. J’en suis incapable, la formation ayant clairement quitté toute attache claire pour créer sa propre musique. Cependant, impossible de ne pas continuer à lui laisser une place de choix sur ces pages portées sur l’extrême, tant on trouve encore ici de quoi se marteler et s’imaginer sur une succession de crêtes, le jusqu’au-boutisme devenant aussi musical qu’esthétique. Clairement, une nouvelle œuvre majeure.

DONNEZ VOTRE AVIS

Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.

AJOUTER UN COMMENTAIRE

 
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
The Body
Industrial / Noise
2018 - Thrill Jockey Records
notes
Chroniqueur : 8/10
Lecteurs : (2)  7.5/10
Webzines : (2)  8.04/10

plus d'infos sur
The Body
The Body
Industrial / Noise - 1999 - Etats-Unis
  

tracklist
01.   The Last Form Of Loving
02.   Can Carry No Weight
03.   Partly Alive
04.   The West Has Failed
05.   Nothing Stirs
06.   Off Script
07.   An Urn
08.   Blessed, Alone
09.   Sickly Heart Of Sand
10.   Ten Times A Day, Every Day, A Stranger

Durée : 49 minutes 40 secondes

line up
parution
11 Mai 2018

voir aussi
Uniform / The Body
Uniform / The Body
Mental Wounds not Healing (Coll.)

2018 - Sacred Bones Records
  
Thou / The Body
Thou / The Body
You, Whom I Have Always Hated (Coll.)

2015 - Thrill Jockey Records
  
The Body / Krieg
The Body / Krieg
The Body & Krieg (Coll.)

2015 - At A Loss Recordings
  
Thou / The Body
Thou / The Body
Released from Love (Coll.)

2014 - Vinyl Rites
  
The Body
The Body
Master, We Perish (EP)

2013 - At A Loss Recordings
  

Essayez aussi
Art of Burning Water
Art of Burning Water
This Disgrace

2013 - Swarm Of Nails / Superfi Records / Riot Season
  
Saison de Rouille
Saison de Rouille
Déroutes Sans Fin

2014 - Autoproduction
  
Thou / The Body
Thou / The Body
Released from Love (Coll.)

2014 - Vinyl Rites
  
Uniform
Uniform
The Long Walk

2018 - Sacred Bones Records
  
Pornography
Pornography
Pornography (Compil.)
(This is a collection)

2014 - Speed Ritual Records
  

Nahtrunar
Mysterium Tremendum
Lire la chronique
Hyperdontia
Nexus Of Teeth
Lire la chronique
Le Canyon - Episode 18 - Le Livre des Mauvaises Décisions
Lire le podcast
S.U.T.U.R.E.
Sacrificed Universe. Tormen...
Lire la chronique
Anachronism
Orogeny
Lire la chronique
Vetrarnott
Scion (EP)
Lire la chronique
Kill-Town Death Fest 2018 / The Resurrection Edition
Lire le dossier
Au-Dessus
Au-Dessus (Rééd.)
Lire la chronique
Slave Hands
World Rid of All Living
Lire la chronique
French Black Metal : Les illuminés
Lire le podcast
Dauþuz
Des Zwerges Fluch (EP)
Lire la chronique
A Portrait of Flesh and Blood
Gallery of Sorrow
Lire la chronique
MoM hors-série - Metal et sport partie 2
Lire le podcast
Krisiun
Scourge Of The Enthroned
Lire la chronique
Derdian
DNA
Lire la chronique
Kroda
Selbstwelt
Lire la chronique
Hyrgal pour la réédition de l'album "Serpentine"
Lire l'interview
Ultra-Violence
Operation Misdirection
Lire la chronique
Caedes Cruenta / Cult Of Eibon
The Wizard of Yaddith / The...
Lire la chronique
Mare
Ebony Tower
Lire la chronique
Thou
Magus
Lire la chronique
Le Canyon - Episode 17 - Entretien avec un Bourreau.
Lire le podcast
Riot V
Armor Of Light
Lire la chronique
Curse Upon A Prayer
The Three Woes (EP)
Lire la chronique
Ritual Death / Aosoth
Ritual Death / Aosoth (Spli...
Lire la chronique
Moonsorrow
Varjoina kuljemme kuolleide...
Lire la chronique
Siege Of Power
Warning Blast
Lire la chronique
Windfaerer
Alma
Lire la chronique
13th Moon / Ritual Death
Mors Triumphans (Split 7")
Lire la chronique
Profezia
Dodekaprofeton
Lire la chronique