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Seventh Wonder - Tiara

Chronique

Seventh Wonder Tiara
Enfin! Il en aura mis du temps à sortir, ce cinquième album, dont la date aura été repoussée de nombreuses fois pour tout un tas de raisons plus ou moins compliquées – l'une d'entre elles étant la sortie de "The Shadow Theory" en Avril dernier, le nouvel album de Kamelot, groupe dans lequel le frontman de Seventh Wonder Tommy Karevik est également impliqué, afin que les sorties ne se superposent pas et que les fans "aient le temps" d'assimiler l'album et que la hype Kamelot passe. Le groupe avait dû alors prendre son mal en patience, révélant quelques extraits au compte-goutte, avant de finalement pouvoir relâcher la pression et célébrer la sortie de l'album dans une "release party" organisée il y a quelques jours – vous en connaissez beaucoup, des groupes à ce point hypés par eux-même? Et c'est donc ce cri, à l'unisson, que le groupe et les fans poussèrent lorsque la date fatidique du 12 Octobre dernier arriva, près d'un an après l'annonce officielle d'un nouvel album.

Huit ans se seront donc écoulé entre "Tiara" et l'avant-dernier album du groupe, "The Great Escape", déjà fort de son célèbre titre et facilement accessible "Alley Cat" et de son morceau-apothéose éponyme d'une demie-heure (oui, la moitié de l'album). On pensait alors les américains à leur apogée, tout comme on le pensait également deux ans plus tôt encore avec la sortie du cultissime "Mercy Falls". Avec deux sorties aussi conséquentes, qui divise souvent les fans à la question de "c'est qui le meilleur des deux", il était inconcevable de sortir quelque chose d'encore meilleur. Mais impossible n'est pas Seventh Wonder!

Il n'y aura eu aucun changement de line-up entre la précédente production studio du groupe, le single "Inner Enemy" et ce nouveau disque: ne vous attendez donc pas à un album radicalement différent du précédent. On y retrouve même beaucoup de similitudes: claviers? checked. Morceaux mid-tempo? checked. Voix douce? checked. Basse omniprésente? checked! Bref, vous voyez la chose. "Tiara" se démarque pourtant de "The Great Escape" sur plusieurs points. Quand l'un comptait un unique morceau de trente minutes, l'autre compte un titre éponyme découpé en trois parties n'atteignant même pas vingt minutes, alors que les deux albums font à peu près la même durée: 1h07 pour l'un et 1h09 pour l'autre. Il y a donc bien plus de place à combler par d'autres titres sur ce nouveau disque, ce qui présente un défi supplémentaire pour le groupe puisqu'il lui faut redoubler d'imagination.

Globalement, la production de "Tiara" est aussi lisse que tous ses prédécesseurs, le groupe préférant rester dans le progressif sous sa forme la plus classique que sous sa forme moderne (le djent, Chimp Spanner, The Algorithm tout ça), créant ainsi une atmosphère old-school qui, au final, n'a plus grand chose à voir avec du metal (comme à peu près tous les groupes de prog de ce style, coucou Leprous). On pourra alors établir quelques critiques de première écoute, comme remarquer que les guitares ont un son faible, presque sous-mixé. Mais ce choix ne sort pas de nulle part: on se rend d'abord compte, et ce dès la première écoute, que Tiara compte beaucoup plus de nappes de clavier  et de bidouillages informatiques qu'avant, comme on peut l'entendre dès l'intro "Arrival" (dont la ligne mélodique me fait penser au thème de la force dans Star Wars), dans "The Everones" et "Dream Machines" et ses voix de fond robotisées ou même dans le premier single sorti, "Victorious". De manière plus générale, "Tiara" est un album qui aime prendre son temps: on ne compte plus les morceaux low-tempos et les ballades. On trouve en tout six morceaux qui sont soit des introductions ou des interludes ("Arrival" et "Procession"), soit des ballades où l'instrument dominant est le trio guitare acoustique-piano-chant ("The Truth", "Beyond Today", "Goodnight" et "Against the Grain"). D'ailleurs, mettre trois ballades à la suite n'est peut-être pas la meilleure idée que le groupe ait eue: bien qu'elles soient assez différentes l'une de l'autre, il faut vraiment les écouter en ayant en tête que cet album est plus doux et peut-être plus accessible, quelque part, que ses prédécesseurs pour ne pas le trouver ennuyant - et quand un album dure plus d'une heure, c'est compliqué de base de garder l'attention de l'auditeur tout du long.

Heureusement, le groupe sait comment garder notre intérêt: en diversifiant subtilement ses morceaux. Ici aussi, à la première écoute, on ne pourrait pas dégager toutes les différences qui les séparent. Et pourtant, au fur et à mesure, on pourrait en trouver plusieurs:

On a d'abord la diversité des instruments: non content de leurs cinq membres, le groupe va rajouter plusieurs éléments folkloriques ou traditionnels ici et là, de manière ponctuelle ou répétitive, dans certains de leurs morceaux. Aussi, on aura des guitares acoustiques, comme je l'ai déjà mentionné, mais aussi du violon sur "Beyond Today", des tambours et des tambourins ainsi qu'un clavecin dans "The Truth" et un orgue dans l'interlude "Procession". Pour aller un peu plus loin, le premier "vrai" morceau après l'intro "The Everones" compte plusieurs effets synthétiques en plus des pads, qu'on retrouve de manière générale tout au long de l'album. On trouve ensuite des différences au niveau de la composition et de la technique: les deux premiers morceaux après l'intro, "The Everones" et "Dream Machines", ont une structure plus conventionnelle et plus standardisée pour du prog, comme pour attirer l'auditeur dans l'album sans le brusquer avec d'emblées des morceaux de vingt-cinq minutes (notez d'ailleurs que le plus long dure 9 minutes et que la moyenne tourne autour des 5 minutes, ce qui est relativement court pour du prog) qui partent dans tous les sens au niveau de leur structure. Puis, au fur et à mesure que nous nous immergeons dans l'histoire - l'album est conceptuel -, les chansons s'enchainent et se complexifie, l'apogée étant le morceau final "Exhale" (et qui est donc ce fameux morceau de 9 minutes). Techniquement parlant, on pourra opposer les morceaux aux riffs plus lourds et plus monolithiques comme "The Everones" dont le main riff serait totalement du djent si la production avait été toute autre, "Exhale" et sa rythmique lourde amplifiée par la première (!) utilisation de la double-pédale de batterie de l'album, avec des accords plus aigus ou des riffs plus techniques comme dans "Dream Machine" et son magnifique final en Fa#, "Against the Grain" et ses accords plus dissonants ou "Damnation Below" et son riffing épique d'emblée de jeu. Parfois on trouve même un mélange des deux techniques comme dans "Victorious", le meilleur titre résumant l'album puisqu'incluant toutes les techniques qu'on peut y trouver (comprenez alors pourquoi il fut le premier single sorti): un riffing relativement complexe dès le début mais qui s'équilibre en milieu de course avec un contraste intéressant entre un solo de guitare puis de synthé relativement technique suivi d'un break plus lourd et "heavy".

Pfiou! On a enfin fini de décortiquer le gros des techniques de composition de cet album. Si vous êtes familier avec Seventh Wonder, vous aurez remarqué que vous n'aurez rien appris de nouveau: cette formule, archi classique, se retrouve d'ailleurs dans bon nombres de groupes de prog de la vague Dream Theater dont s'inspire nettement les suédois. Rien ne sert d'entrer plus dans les détails: ça serait trop lourd, trop complexe et contreproductif puisqu'au final je me répéterais souvent. Retenez simplement que l'album jouit d'une composition en apparence homogène mais qui se détache malgré tout par de subtiles techniques en y regardant par deux fois, ce qui fait toute la force de l'album. D'ailleurs, un autre point discret qui soude les morceaux entre-eux sont les répétitions de parties (et si vous avez aimé "Affinity" de Haken, vous allez aimer ce paragraphe): on entend dans le solo de "The Everones" la mélodie "Star Wars" comme j'aime l'appeler de "Arrival", on entend dans "Tiara's Song" (mon morceau préféré) des choeurs de fond qui chantent le refrain de "Victorious" pendant le break, "Goodnight" qui se finit sur une reprise acoustique du refrain de "Tiara's Song", "Beyond Today" qui reprend la ligne du refrain de ce même morceau au violon... notez d'ailleurs que tous ces morceaux se suivent chronologiquement: l'album est donc lié à la fois par les paroles mais par les mélodies en elle-même, renforçant le côté conceptuel.

Et enfin, terminons sur un autre instrument qui a aussi participé au succès de Seventh Wonder: la voix de Tommy Karevik. De manière générale, pour commencer, il s'agit d'une des voix les plus douces et les plus pop du "metal" progressif - j'insiste sur les guillemets - ce qui rend la musique de Seventh Wonder presque autmoatiquement plus accessible: pour rappel, on est dans un prog très classique et très oldschool: oubliez les screams de Jens Kidman ou de Daniel Ädel (pour rester en Suède). On aura ici une voix plus fluette ponctuée de quelques "han yeaaah" pop-esques (cf le morceau "Alley Cat"), donnant même un petit côté power metal au groupe. Et donc, même la voix jouit de cette diversité: déjà parce que ce n'est pas la seule de l'album, on retrouve de nombreux choeurs ou des voix dominantes féminines comme dans "The Truth" ou dans "Beyond Today" - où il s'agit là plus d'une alternance M/F - mais aussi parce que la tessiture de monsieur Karevik s'adapte en fonction de l'atmosphère du morceau: ne vous attendez donc pas à des envolées lyriques dans la suite acoustique "Goodnight", "Beyond Today" et "The Truth". En revanche, vous pourrez en trouver dans des morceaux plus dynamiques tels "By the Light of the Funeral Pyres" ou "Victorious", sans néanmoins atteindre ses pleines capacités. Et c'est également cela que je reprocherais au groupe: l'album prend moins de risques, notamment au niveau du chant, que sur ses autres disques, ce qui peut lasser si on en est pas pleinement fan.

Il n'empêche que Tiara reste un excellent album que l'on peut aisément placer au même niveau que The Great Escape ou Mercy Falls, simple en apparence mais lié par une ligne directrice discrète que l'on retrouve à la fois dans les paroles comme dans les compositions. La production lisse facilitera l'accès aux plus réticents du prog et la voix douce de Tomy Karevik ne pourra aller que dans ce sens là. Recommandé à tous les fans de rock progressif.

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Seventh Wonder
Metal Progressif
2018 - Frontiers Records
notes
Chroniqueur : 8.5/10
Lecteurs :   -
Webzines : (2)  7.75/10

plus d'infos sur
Seventh Wonder
Seventh Wonder
Metal Progressif - 2000 - Suède
  

tracklist
01.   Arrival (Instrumental) -  (01:30)
02.   The Everones -  (06:13)
03.   Dream Machines -  (05:38)
04.   Against the Grain -  (06:58)
05.   Victorious -  (04:55)
06.   Farewell (Part 1: Tiara's Song) -  (07:16)
07.   Farewell (Part 2: Goodnight) -  (07:10)
08.   Farewell (Part 3: Beyond Today) -  (05:06)
09.   The Truth -  (04:17)
10.   By the Light of the Funeral Pyres -  (03:54)
11.   Damnation Below -  (06:44)
12.   Procession -  (00:45)
13.   Exhale -  (09:30)

Durée : 01:09:56

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