chargement...

haut de page
Remontez pour accéder au menu
102 visiteurs :: Invité  » se connecter  » s'enregistrer

Wovenhand - Woven Hand

Chronique

Wovenhand Woven Hand
Wovenhand … Dans la liste des groupes qui me tiennent particulièrement à cœur, l’entité de David Eugene Edwards est en bonne position. Ce groupe si particulier, qui a prit la relève de 16 Horsepower, est résolument unique dans le paysage musical mondial. A la croisée des chemins entre country, folk, blues et rock, Wovenhand incarne ce chaman transi, qui dévoile au fil du temps ses visions éthérées, habitées par les paysages sauvages de l’Amérique du Nord et les diverses spiritualités qui le traversent.

David Eugene Edward n’est pas n’importe qui. Fils d’un biker alcoolique et rebelle et d’une mère dépressive déchirée entre plusieurs Eglises chrétiennes, petit-fils d’un natif américain traditionaliste d’un côté et d’un pasteur de l’autre, le bonhomme s’est construit dans ce creuset si particulier une personnalité distinctive, toujours discrète en interview mais bien présente dans sa musique. Wovenhand, c’est tout cela à la fois. Une musique profondément mystique, qui respire à pleins poumons les racines musicales et culturelles de son pays natal tout en incorporant une indicible fièvre biblique.

En termes d’éléments, la musique de Wovenhand n’est pas bien difficile à décrire. Une guitare folk omniprésente qui s’électrise parfois, une batterie délicate bien réverbérée, des touches de claviers et de piano assez récurrentes, et ce rare instrument à mi-chemin entre la mandoline et le banjo construit en très faible quantité il y a plus d’un siècle, expérimentation d’un luthier aventureux. Et bien sûr, la voix enfiévrée et rêche de David, qui aime se faire chaude et affectée, mais qui garde toujours ce fond de froideur, cette fêlure qui menace à tout instant de s’élargir pour devenir une véritable menace. Prenez « Glass Eye », avec ses lignes instrumentales enjouées, ses envolées de banjoline pleines de swing. On a envie de se balancer, de danser pourquoi pas, et la voix de David semble y inviter à quelques reprises. Mais on ne saurait dire pourquoi, et même malgré ce passage à la guitare électrique ronflante et au piano, on ne peut s’empêcher de renifler une odeur de souffre quelque part.

Wovenhand s’est inscrit dans ce courant esthétique qui se décline sur plusieurs formes d’art que l’on a baptisé « Southern Gothic ». On aurait en effet du mal à mieux décrire la chose. Le désert, les étendues sauvages immenses, le soleil sur les rochers brûlants et la flore aride des Etats-Unis, le tout placé sous le signe d’un indescriptible cafard, d’un désespoir jamais entièrement révélé mais toujours sous-jacent. Pourtant, David n’est pas du genre à se laisser abattre. A aucun moment le disque n’est dépressif ou affligé, mais il balance toujours du côté de la mélancolie et d’une vague inquiétude.

Wovenhand, ce serait presque la version acoustique du stoner rock. Pas le stoner à la Kyuss, mais plutôt celui à la Sleep. Celui qui est définitivement illuminé, mystique et spirituel plus que celui qui fait l’éloge des cuites à la tequila sous le soleil en plein désert. Vous avez vu « El Topo » ? Eh bien voilà, Wovenhand, c’est un peu ça. Cette ambiance de Western noirci au charbon, qui sent un peu la sorcellerie et le chamanisme. La quête vers quelque chose de plus grand et de plus vaste dont on a oublié la substance, tant on s’est brûle la cervelle et épuisé les membres sous un ciel trop chaud.

Ce qui touche le plus votre serviteur, dans la musique, c’est la spiritualité. La tension vers un ailleurs, une réalité supérieure, la volonté d’atteindre ce qu’il y a au-delà, ne serait-ce qu’à une échelle infime. Il faut voir ce qu’il y a derrière le monde. Et c’est en grande partie pour cela que ma chapelle musicale définitive est et restera le black metal. Pourtant, moi qui ne supporte pas le soleil, la chaleur, le ciel uniformément bleu et les USA, je trouve dans ce disque un tressaillement d’une profondeur et d’une authenticité que j’ai bien du mal à trouver ailleurs alors même qu’il s’inscrit dans un folklore qui a tendance à me rebuter.

S’il fallait retenir quelques pièces maîtresses dans le disque, je citerai « Blue Pail Fever », « Wooden Brother », « Ain’t no Sunshine Anymore » et « Arrow Head », toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Les restantes ne déméritent aucunement, mais ces quatre-là forment le quatuor le plus brillant de ce superbe album. Toutes jouent sur des ambiances différentes, mais gardent constamment cette atmosphère délétère et habitée qui définit le groupe et plus largement tout ce que fait David Eugene Edward.

Wovenhand est un groupe d’exception. Discret, presque réservé, mais pourtant si riche et puissamment évocateur. De la musique comme ça, vous n’en avez jamais écouté. Vous reconnaîtrez tous les éléments, mais resterez sans doute déconcertés devant le résultat final. Et laissez-moi vous dire que vous n’êtes pas du tout à l’abri d’une surprise, même si tout ce dont je parle ici vous tire une moue peu convaincue. Vous qui recherchez de la spiritualité musicale, vous avez une nouvelle terre consacrée à explorer.

DONNEZ VOTRE AVIS

Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.

3 COMMENTAIRE(S)

BBB citer
BBB
24/01/2019 14:32
J'avais découvert 16 Horsepower ‎avec 'Low Estate' et le groupe m'avait vraiment marqué. J'ai aussi eu la chance de les voir en concert par la suite.
Tout ceci pour dire qu'en ce qui concerne Wovenhand je suis passé complètement à coté pendant pas mal de temps vu que j'ai seulement capté que c'était le groupe de David Eugene Edward à l'époque de... 'The Laughing Stalk', soit dix ans après tout le monde (qu'est-ce qu'on peut être con des fois)!
Bon, heureusement je me suis rattrapé depuis.
En tout cas, ça fait super plaisir de voir le groupe cité par ici.
TarGhost citer
TarGhost
23/01/2019 16:41
Très belle chronique. Je vais de ce pas découvrir tout cela sur Bandcamp. Merci pour le tuyau !
choochoo citer
choochoo
23/01/2019 16:40
Merci pour cette chronique très bien écrite qui fait honneur au spirituel du message de Mr Eugene. A l'instar, j'y trouve aussi mon compte en amateur de Black Metal.

Bien vu

AJOUTER UN COMMENTAIRE

 
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
Wovenhand
Folk/blues/country/rock mystique
2002 - Glitterhouse Records
notes
Chroniqueur : 9/10
Lecteurs :   -
Webzines : (1)  9.5/10

plus d'infos sur
Wovenhand
Wovenhand
Folk/blues/country/rock mystique - 2001 - Etats-Unis
  

tracklist
01.   The Good Hand  (04:10)
02.   My Russia  (03:43)
03.   Blue Pail Fever  (04:58)
04.   Glass Eye  (03:00)
05.   Wooden Brother  (05:06)
06.   Ain't No Sunshine  (02:54)
07.   Story And Pictures  (04:54)
08.   Arrowhead  (03:26)
09.   Your Russia  (04:15)
10.   Last Fist  (04:12)

Durée : 42 minutes

parution
25 Mars 2002

Nekrasov
Lust of Consciousness
Lire la chronique
Iron Savior
Kill or Get Killed
Lire la chronique
Cénotaphe
Empyrée (EP)
Lire la chronique
Night Crowned
Humanity Will Echo Out (EP)
Lire la chronique
Wapentake
Vestiges
Lire la chronique
Turnstile
Time & Space
Lire la chronique
Waldgeflüster
Mondscheinsonaten
Lire la chronique
Nordjevel
Necrogenesis
Lire la chronique
Drastus
La Croix de Sang
Lire la chronique
Zaraza
Spasms of Rebirth
Lire la chronique
Metalhertz - S02E02 – Le monde fou de Tobias Sammet
Lire le podcast
Le Canyon - S2//Épisode 3 - Le Chant du Cygne
Lire le podcast
Darkened Nocturn Slaughtercult
Mardom
Lire la chronique
Ultra Silvam
The Spearwound Salvation
Lire la chronique
Fabulous Desaster
Off With Their Heads
Lire la chronique
Cénotaphe / Circle Of Ouroborus
Cénotaphe / Circle Of Ourob...
Lire la chronique
Putrefied Corpse
Left To Rot
Lire la chronique
Little Dead Bertha
Age of Silence
Lire la chronique
Foul
Of Worms (EP)
Lire la chronique
A VAN RECORDS EVENING
Chapel Of Disease + The Rui...
Lire le live report
Nusquama
Horizons Ontheemt
Lire la chronique
BM Grec... Mais fais pas chier avec ROTTING CHRIST !!!
Lire le podcast
Devouror
Slay for Satan (EP)
Lire la chronique
Allegaeon
Apoptosis
Lire la chronique
Majestic Mass
Savage Empire of Death
Lire la chronique
Cirith Gorgor
Sovereign
Lire la chronique
Devour The Unborn
Meconium Pestilent Abomination
Lire la chronique
Forgotten Tomb
We Owe You Nothing
Lire la chronique
Befouled
Refuse To Rot
Lire la chronique
Moenen Of Xezbeth
Ancient Spells Of Darkness​...
Lire la chronique