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Funereal Presence - Achatius

Chronique

Funereal Presence Achatius
Plus j'y repense, et plus je me félicite d'avoir fait confiance au nom du groupe sans m'arrêter, comme je le fais d'habitude, à la pochette... Si je n'avais pas été aussi surpris par "The Archer Takes Aim" en 2014, je n'aurais probablement même pas écouté "Achatius", faute aux choix esthétiques douteux du bonhomme. L'habit, le moine, vous connaissez... On est en plein dedans. Parce que ce macchabée aux yeux fluorescents, trimballant son gros boa sorti des vignettes les plus absurdes de Magnus, renferme pourtant une pépite. Que dis-je, une perle. Marrant, d'ailleurs, puisque ce disque est aussi prétexte à une petite étude vaguement sociologique.

Ceux qui se déplacent un peu en concerts ou traînent sur les forums connaissent certainement le spécimen du "Blackouze aigri". Ce fameux die-hard, le dur des durs, t-shirt Burzum et collection de pins à en faire pâlir Hamster Jovial, qui descend les bières comme un mineur part au charbon tout en dissertant sur la scène Black Metal actuelle : que des poseurs, des tantes, il est loin le temps de Mayhem et Vikernes... Même si le fond peut être validé par certains, ces tristes sires ne sauront jamais rien faire d'autre que se complaire dans leur nostalgie, à brailler comme des idiots face au vent, et à qui voudra bien leur accorder un peu d'attention, que le Black Metal est mort. Pourtant, il y en a d'autres, bien plus rares, qui, partageant ce constat, ont simplement choisi de passer à l'action. Par envie, par nostalgie, par rébellion face à cette scène qui ne leur correspond plus. En silence, dans l'ombre, ils ont fait en sorte de faire sursauter leurs souvenirs de jeunesse, et de redonner un second souffle à cette nouvelle vague qui, pour eux du moins, pédale dans le vide. Vu le résultat qui s'offre à nous, on ne peut que les remercier d'avoir, contrairement à leurs collègues plus bruyants, travaillé pour créer quelque chose.

"Je joue la musique que plus personne ne joue pour moi." est, ainsi, la raison d'être de Funereal Presence. Fondé en 2007 par Bestial Devotion, que les amateurs connaissent mieux dans Negative Plane. En charge de tous les instruments, le bonhomme peut laisser libre cours à ses pulsions, ses envies, sans avoir à négocier avec ses comparses. Une liberté de ton qui a donné naissance à une démo, mais surtout à un full-length, "The Archer Takes Aim", galette rafraichissante, qui riffe dans son coin, sans se soucier des clichés, mélangeant grandes envolées Heavy et crasse typiquement Black pour un résultat détonnant, même si moins séduisant que cet "Achatius", qui aura nécessité pas moins de cinq années de boulot qu'on imagine acharné.

Le nom de l'album n'a probablement pas été choisi au hasard : "Achatius" serait le nom latin d'Acace du mont Ararat, un saint chrétien martyrisé... Préférant mourir que de renier sa foi. C'est un bon point, avec en bonus une exécution à la lacération par épines qu'on termine par une crucifixion. Juste ce qu'il faut de mystique, de sens caché et de cliché pour faire un bon disque, non ? Pas gagné, pourtant, puisque l'introduction de ce dernier, en forme de ritournelle médiévale, est aussi convenue que pénible, et la guitare sèche qui suit ne réussit guère à relever la sauce. "Merde alors, est-ce qu'il a décidé de faire dans la facilité ?" Un leurre pour mieux te prendre à revers, garçon. Passé ces premières secondes tâtonnantes, les vannes sont ouvertes et tu n'as plus qu'à assimiler, pendant près de cinquante minutes, une cascade de Black Metal abâtardi d'influence Heavy, bien dans son jus, bref, comme on en fait plus.

Ici, les rênes sont lâchés, Bestial Devotion n'a plus aucune limite. Il a du travailler, en baver, pendant ces cinq ans, puisque cet "Achatius" s'élève bien au dessus de "The Archer Takes Aim", lui-même plutôt gratiné. Ces quatre longs titres sont bourrés de bonnes idées bien exploitées, de riffing explosif et surtout de créativité. Même le jeu de batterie parvient à apporter un peu de fraîcheur aux poncifs du genre, c'est dire ! Du blast-beat, forcément, mais que dire de ce motif étouffant, presque D-Beat, ponctué par un charleston qui cherche à reprendre son souffle sur "Wherein Achatius is Awakened and Called Upon" (3:22) ? Sans parler de cette insolente cowbell, compte-à-rebours avant les explosions (ou support rythmique, comme sur le dernier titre), complimentée par ces samples de carillons, frôlant le ridicule sans jamais l'être réellement ("Wherein a Messenger of the Devil Appears") ? "Achatius" est expressif, outrageux, presque, toujours flamboyant... Au risque de déplaire. Les guitares ne sont jamais réduites à une seule plage d'expression : En grandes remontées de manche (le démarrage de "Wherein Seven Celestial Beasts Are Revealed To Him") comme lorsqu'il faut se répandre en tremolos ardents, elles parlent quand elles veulent, et ou elles veulent. Fougueuses, certes, et qui visent systématiquement juste - si l'on omet le démarrage peut être un poil poussif de "Wherein Achatius is Flogged to the Hills of Violation". De la basse, discrète mais qui sait apporter un surplus de chair à la structure des titres, jusqu'à la voix alternant entre ce timbre arraché si particulier et les déclamations en clair (avec un frisson communicatif lorsqu'il s'agit d'entonner le nom même du disque dans les dernières minutes de ce dernier), "Achatius" tout entier est sublimé par une production exemplaire, âpre ce qu'il faut, d'où ne ressortent que les cymbales bien baveuses et les affrontements des cordes, à savoir qui ira chercher le plus loin sa prochaine note. Une homogénéité qui ne se dément jamais, puisqu'on retrouve des motifs identiques, qu'ils soient joués par les cordes ou les fûts, garantissant une immersion totale tout au long de l'opus - et vu sa durée, c'était pas forcément gagné non plus.

"Achatius" est un excellent disque, point barre. Même l’œil le plus objectif sera bien forcé de reconnaître le talent du seul maître à bord. A prendre à la fois en tant qu'egotrip d'un artiste que d'une déclaration d'amour empreinte de nostalgie à un genre tout entier. Il déplaira certainement à certains, et on ne peut pas vraiment leur en vouloir : difficile de s'immerger dans un disque pareil quand on ne goûte que peu les envolées enflammées du Heavy Metal... Ou qu'on préfère le dépouillement, et la discrétion, d'autres formations. Je ne peux que leur conseiller de persévérer, passer outre le vacarme apparent, tant ce que cet album dissimule est impressionnant, de minutie, de créativité, de passion - Bref, de tout ce qui fait qu'un album vous marque. On en serait presque pris de court... En même temps, ce n'est pas tous les jours qu'on voit passer, sur sa platine, des disques qui font autre chose qu'empiler les poncifs.

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3 COMMENTAIRE(S)

grintold citer
grintold
15/02/2019 10:34
J'adore la pochette de l'album perso
AxGxB citer
AxGxB
15/02/2019 09:29
note: 9/10
Chouette chronique pour un album qui m'a fait également l'effet d'une grosse secousse pour le moins inattendue. J'ai mis du temps à m'intéresser à Negative Plane et à y entrer. Du coup, j'ai jamais vraiment prêté attention à Funereal Presence malgré les bons échos que j'avais eu au sujet de leur premier album. En tout cas, celui-ci est une révélation. Un niveau d'écriture impressionnant, une facilité à agencer ses idées et à les mettre en forme et surtout cette bonne dose de Heavy Metal qui n'est pas pour me déplaire. Un disque qui devrait terminer en toute logique sur le podium de fin d'année...
Sagamore citer
Sagamore
15/02/2019 09:13
note: 9/10
Point de lien Bandcamp, mais l'album s'écoute en entier sur Soundcloud.

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Funereal Presence
Heavy/Black Metal
2019 - Sepulchral Voice Records
notes
Chroniqueur : 9/10
Lecteurs : (2)  9/10
Webzines : (3)  8.67/10

plus d'infos sur
Funereal Presence
Funereal Presence
Heavy/Black Metal - 2007 - Etats-Unis
  

tracklist
01.   Wherein Achatius is Awakened and Called Upon  (12:41)
02.   Wherein a Messenger of the Devil Appears  (11:26)
03.   Wherein Seven Celestial Beasts Are Revealed To Him  (11:07)
04.   Wherein Achatius is Flogged to the Hills of Violation  (13:18)

Durée : 48:32

parution
15 Février 2019

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