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Ringarë - Under Pale Moon

Chronique

Ringarë Under Pale Moon
Bon, vous vous en doutez puisque vous l’avez déjà quelque part dans un coin de votre tête mais un tel patronyme est forcément, pour nous petit français, prétexte à la rigolade et autres calembours. A l’inverse pour le duo derrière Ringarë tout cela n’a aucun sens puisque ce nom fait directement référence à l’univers fantastique de Tolkien (je vous laisse chercher, vous êtes de grands garçons). Toujours est-il que si vous vous sentez d’humeur à la rigolade et à la contrepèterie, les commentaires sont là pour vous, alors n’hésitez pas à nous régaler de vos bons mots qui ne devraient probablement susciter que gêne et embarras. Bref...
Formé en 2004 par Alex Poole (Gardsghastr, Guðveiki, Krieg, Skáphe...) sur les cendres de Ringar (ceci n’est pas un sketch...), ce qui n’était alors qu’un one-man band a donné lieu entre 2004 et 2006 à une démo et un EP avant de sombrer dans l’inactivité la plus totale au profit notamment du projet Chaos Moon. Pendant douze ans, le groupe va ainsi végéter dans l’indifférence la plus totale avant qu’Alex Poole ne se décide comme par magie (à moins que le succès de Vargrav ne l’ait poussé à franchir le pas) à réactiver Ringarë. Décidé à ne pas rester seul dans son coin, l’Américain est allé chercher du soutien en Suède, s’associant ainsi au mystérieux chanteur Likpredikaren (Demonomantic, Musmahhu, Greve...). Le résultat de cette union impie est ce premier album baptisé Under Pale Moon sorti en début d’année dernière sur le label Iron Bonehead Productions.

À la manière récente d’un Vargrav, d’un Faustian Pact ou d’un Gardsghastr, Ringarë s’est donné pour mission de raviver la flamme d’un Black Metal symphonique. Pas celui d'un Dimmu Borgir aujourd'hui en perdition à force d’orchestrations pompeuses et de déguisements improbables que même les adolescents pourtant mal fagotés de la rue Keller n’en voudraient pas mais plutôt celui bien plus noble d’un Emperor dont la musique, qui encore aujourd'hui représente la quintessence d’un genre qu’il a très largement contribué à façonner, évoque notamment cette splendide nature norvégienne ici suggérée par ces montagnes fières et tranchantes aux sommets enneigés. Mais ce ne sont pas les seules images que porte le Black Metal de Ringarë puisque viennent naturellement en tête ces fjords majestueux qui surplombent de leurs parois vertigineuses ces étroits bras de mer ou bien encore ces somptueuses forêts parfois verdoyantes, souvent enneigées mais toujours pleines de mystères.
Pour réussir à embarquer sans heurt ni résistance l’auditeur dans ce voyage particulièrement immersif, Ringarë a fait le choix d’une production volontairement marquée par les années 90. Si le chant de Lik semble ainsi perdu dans les hauteurs brumeuses de Trolltunga, les nappes de synthétiseur (omniprésentes) occupent à l’inverse une place importante (mais pas étouffante). Un choix qui ne tient évidemment pas de l’ignorance mais bel et bien d’une volonté d’insuffler une atmosphère énigmatique et animiste à l’écoute de ce Under Pale Moon habité par ces images d’une nature irrésistible et pourtant impitoyable. Les autres instruments trouvent naturellement leurs places entre les deux, avec un rendu qui entretient à sa manière ce caractère dépouillé et volontairement déséquilibré (guitares maigrelettes, saturées et légèrement en retrait, batterie sans artifice aux cymbales parfois envahissantes, basse aux rondeurs discrètes mais néanmoins délicieuses lorsque celles-ci finissent par trouver le chemin de nos oreilles...).
Derrière cette production en apparence déséquilibrée se cache néanmoins un album particulièrement bien écrit et composé. S’il se révèle au fil des écoutes, Under Pale Moon brille d’emblée par son caractère à la fois simple et pourtant ambitieux. Simple parce qu’il n’y a rien de bien sorcier dans cette interprétation rudimentaire visant autant l’efficacité (riffs froids et mordants, accélérations bien senties, chant nasillard et habité...) que l’instauration d’atmosphères éthérées et vaporeuses (ces nappes de synthétiseur qui parfois s’étalent seules (ou accompagnées) sur plusieurs minutes (la très longue conclusion de "Through Forest And Fog")). Ambitieux car du haut de ses quatre titres aux formats plus ou moins disparates (un titre à dix minutes, un second à six minutes, un instrumental de trois minutes et pour terminer une pièce de plus de dix-huit minutes), Ringarë ne va pas se contenter de faire ce que l’on attend de lui. Aussi, les changements de plans ne sont pas rares, permettant au duo de faire évoluer ses compositions aussi bien en termes d’atmosphères que d’intensité. Loin d’être pénible et ennuyeux, Ringarë captive grâce à ses transitions surprenantes comme celles amorcées à 1:08 sur "Under Pale Moon" ou bien entre 4:52 et 5:12 sur "Through Forest And Fog", grâce aussi à ces enchaînements de riffs et d’idées tour à tour poignants (ce "Through Forest And Fog" et ses riffs divins à vous hérisser le poil), glacés ou implacables ("Under Pale Moon" et ses attaques frontales non-feintes) ou enfin grâce à des changements de rythmes accueillis avec enthousiasmes, permettant alors de varier les plaisirs et ainsi durcir ou étoffer certaines ambiances.

Si ma première écoute n’avait pas forcément été des plus concluantes, je dois pourtant bien reconnaître que je me suis finalement laissé happer par ce premier album particulièrement immersif. Car si Under Pale Moon n’est pas d’une grande originalité, il n’en demeure pas moins extrêmement bien composé avec des morceaux simples et pourtant ambitieux, des atmosphères prenantes et un esprit résolument old school qui ne devrait pas manquer de ravir les amateurs d'Emperor, Limbonic Art, Odium ou Obtained Enslavement.

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5 COMMENTAIRE(S)

Solarian citer
Solarian
31/01/2020 20:45
note: 6/10
Sympathique sans plus... Un projet comme Vargrav est infiniment supérieur de mon point de vue.
En dépit du fait que la prod me rebute un peu, c'est surtout l'inspiration qui fait défaut ici. Car objectivement, on est quand même très loin de la majesté dramatique d'un Emperor, de la magnificence symphonique d'un Limbonic Art, ou de l'incandescence mélodique intouchable d'un Obtained Enslavement...
Sev citer
Sev
31/01/2020 00:32
Superbe album !
Jean-Clint citer
Jean-Clint
30/01/2020 18:56
note: 7.5/10
C'est super bon ce truc, j'étais totalement passé à côté de sa sortie ! Rien d'original en effet, c'est très classique mais franchement prenant, même si quelques plans s'étirent un peu inutilement.

"un Dimmu Borgir aujourd'hui en perdition à force d’orchestrations pompeuses et de déguisements improbables que même les adolescents pourtant mal fagotés de la rue Keller n’en voudraient pas" mouhaha j'adore ! Les habitués de l'indien boutique en somme Clin d'oeil
Fabulon citer
Fabulon
30/01/2020 16:25
Du coup, impossible de dire que Ringäre joue un black sympho ô combien efficace qui n'a rien de désuet?
gulo gulo citer
gulo gulo
30/01/2020 15:59
Tu veux dire que tout jeu de mots sera d'office jugé ringäre ?

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Ringarë
notes
Chroniqueur : 8/10
Lecteurs : (3)  6.67/10
Webzines :   -

plus d'infos sur
Ringarë
Ringarë
Black Metal - 2004 - Etats-Unis / Suède
  

tracklist
01.   Under Pale Moon  (10:16)
02.   Sorrow Under Starry Sky  (06:48)
03.   In Nocturnal Agony  (03:54)
04.   Through Forest And Fog  (18:11)

Durée : 39:09

line up
parution
8 Mars 2019

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