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Abduction - Jehanne

Chronique

Abduction Jehanne
Sans faire de bruit et malgré un vrai manque de reconnaissance ABDUCTION continue de tracer son chemin contre vents et marées, en proposant régulièrement des disques atypiques loin du classicisme ambiant et de toute cette vague Post-Black à capuches. Car deux ans après l'unanimement salué « A L'heure Du Crépuscule » l'heure est venue pour le quatuor de refaire parler de lui avec un nouvel album encore plus ambitieux que les précédents, aussi bien au niveau du concept que de la musique. En effet ce troisième opus s'attaque à l'histoire de notre Jeanne d'Arc nationale en retraçant les grandes étapes de sa courte existence, qui sont relatées presque comme dans un livre d'histoire afin de faire connaître son importance et prouver qu'elle reste encore aujourd'hui une figure tutélaire indissociable de l'unité hexagonale. Durant plus d'une heure les Franciliens vont nous renvoyer en pleine époque médiévale en n'hésitant pas à insérer régulièrement dans leurs morceaux des passages acoustiques d'époque, qui vont facilement trouver leur place au sein des parties électriques et violentes des plus classiques et redoutablement efficaces. Si on pourra reprocher de façon légitime que le groupe a parfois tendance à étirer inutilement certains plans, tout en abusant parfois des breaks qui cassent le rythme, il faut reconnaître néanmoins le travail impressionnant fourni par chacun des membres, qui se sont surpassés derrière leurs instruments comme au micro.

Car si l'on reconnait sans peine les plans alambiqués et jazzy de Morgan Velly derrière son kit (qui se montre une fois encore particulièrement inspiré) ainsi que le jeu de guitare fluide et complexe de Guillaume Fleury, c'est surtout l'abattage vocal réussi par François Blanc qui mérite d'être souligné, tant il montre de nombreuses tessitures entre puissance criarde et autre instants plus doux digne d'un conteur ou d'un ménestrel. Cela est d'ailleurs flagrant d'entrée sur le magnifique « Aux Loges Les Dames » à l'ambiance religieuse affirmée durant son introduction, vu que le ton est propice au recueillement avant l'arrivée de l'électricité et des parties brutales et énergiques aux relents guerriers. Jouant sur la variation et l'alternance des tempos comme de la violence on se retrouve ainsi plongé entre instants à guerroyer durant la guerre de cent ans, comme à se recueillir et à prier dans une chapelle pour son salut et celui de son souverain. Ce premier titre sert d'ailleurs d'amuse-bouche avant les deux longues (plus de dix minutes chacune) pièces-maîtresses qui vont pousser le concept à son maximum, et où l'on s'aperçoit de tout le talent de ses compositeurs qui ont clairement passé un cap artistique via une maturité plus affirmée. En effet « Par Ce Coeur Les Lys Fleurissent » et « La Chevauchée De La Loire » (qui représentent à elles seules un tiers du disque) ne vont pas arrêter de jouer le grand-écart rythmique, tout en voyant l'ajout de longues plages instrumentales diverses à la fois épiques et donnant l'envie de festoyer après les combats, qui amènent un supplément d'âme et de densité à l'ensemble, même si comme déjà évoqué quelques longueurs éparses se font sentir ainsi que certains riffs qui ont tendance à revenir d'une plage à l'autre. Cependant même si par la suite on va avoir droit à ces quelques répétitions musicales et à un côté parfois interchangeable, les gars ont suffisamment de bouteille et de vécu en commun pour ne pas tomber dans le piège, vu qu'ici ces petites faiblesses restent très légères et ne nuisent pas à l'ensemble.

Après ces deux chevauchées un peu de légèreté est bienvenue, et cela arrive via « Dieu En Soit Garde » qui sont montre plus direct en voyant ses extrémités portées par la rapidité et l'explosivité, ainsi que son centre par de la douceur et de la mélancolie, où tout le panel de jeu est ainsi passé en revue en faisant preuve de plus de sobriété, chose qui va se retrouver dans la foulée via « Foi En Ses Murs Jusqu'aux Rats ». Ici la tristesse et la douceur sont portées à leur paroxysme sans que le tempo ne s'emballe, vu qu'il reste très lent, faisant ainsi de cette compo presque office d'interlude, ce qui se révèle être une excellente idée avant d'enchaîner sur l'entraînant « Battue Par Les Flots Jamais Ne Sombre ». En effet place ici à un combat acharné tant la rythmique y est majoritairement soutenue, nous amenant donc en plein combat où les Anglais ne sont guère loin, avant que la conclusion portée par la doublette de fin ne ramène la tendresse et la tristesse sur le devant de la scène. C'est le constat qui se fait sur les excellents « Très Fidèle Au Roi Et Au Trône » et « Aux Marches De Lorraine » qui pour le premier met en exergue une série d'arpèges délicats pour commencer paisiblement (et où se greffe des plans alambiqués typiquement jazz pour la batterie), alors que du côté du second cela montre une plus grande facette acoustique en alternance avec les blasts déchaînés, qui se clôture dignement en jouant les montagnes russes.

Avec à la fois ces ambiances différentes parfaitement restituées et sa qualité intrinsèque du plus bel effet, cet écrin en hommage à la Sainte lorgne nettement plus du côté du magnifique film de Carl Theodor Dreyer ("La Passion De Jeanne d'Arc" - 1927) que vers celui de Luc Besson en 1999 (au résultat exagéré à outrance). S'il est certain qu'il va falloir beaucoup de temps et d'écoutes pour totalement appréhender l'objet et l'apprivoiser complètement, il ne faudra pas hésiter à se donner le courage de le faire tant il dévoilera au fur et à mesure du temps nombre de qualités qui feront largement oublier les quelques petits défauts et erreurs de parcours entendues ici et là. Le rendu global ne laissera en tout cas personne indifférent, certains y verront une oeuvre accrocheuse et entêtante alors que d'autres y seront totalement insensibles, preuve que le quartet a une identité propre et ose sortir des sentiers battus. Cela est d'ailleurs fort appréciable et fortement recommandable à l'heure actuelle, où tout est aseptisé à outrance, et ceci d'autant plus quand ça sent bon le terroir local (qu'il soit culturel, agricole ou autre) qu'il faut soutenir par tous les moyens.

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6 COMMENTAIRE(S)

ellestin citer
ellestin
17/05/2020 16:23
Bien convaincu par une première écoute. Un album passionné c'est clair, recherché, mais aussi intéressant techniquement avec des changements de rythme soutenus et des vocaux placés de façon parfois déroutante. A creuser !
nepenthes citer
nepenthes
10/05/2020 23:55
Sakrifiss a écrit :
Genre Nepenthes est dans les parages, rahahahaha.
Vous vous faites trop rare !


Eh eh eh, j'ai toujours été là, tapi dans l'ombre.
Caïn Marchenoir citer
Caïn Marchenoir
10/05/2020 21:07
Du moment qu'ils ne sont pas inspirés de de la fameuse exposition que nous avions eus l'an dernier à Rouen, ça me va.
Stockwel citer
Stockwel
10/05/2020 18:02
J'ai beaucoup aimé le précédent, celui là est encore bon mais j'ai plus de mal à rentrer dedans pour l'instant.
Sakrifiss citer
Sakrifiss
10/05/2020 15:12
nepenthes a écrit : Abduction nous offre un album particulièrement envoûtant, à la fois poétique et guerrier.
Seul petit reproche : la trop grande place laissée aux vocaux clairs (bien qu'ils soient d'excellente qualité).

Genre Nepenthes est dans les parages, rahahahaha.
Vous vous faites trop rare !
nepenthes citer
nepenthes
10/05/2020 15:00
Abduction nous offre un album particulièrement envoûtant, à la fois poétique et guerrier.
Seul petit reproche : la trop grande place laissée aux vocaux clairs (bien qu'ils soient d'excellente qualité).

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Abduction
Black Metal Mystérieux
2020 - Finisterian Dead End
notes
Chroniqueur : 8.5/10
Lecteurs :   -
Webzines : (2)  7.75/10

plus d'infos sur
Abduction
Abduction
Black Metal Mystérieux - 2006 - France
  

tracklist
01.   Aux Loges Les Dames
02.   Par Ce Coeur Les Lys Fleurissent
03.   La Chevauchee De La Loire
04.   Dieu En Soit Garde
05.   Foi En Ses Murs Jusqu’aux Rats
06.   Battue Par Les Flots Jamais Ne Sombre
07.   Tres Fidele Au Roi Et Au Trone
08.   Aux Marches De Lorraine

Durée : 62 minutes

line up
parution
29 Avril 2020

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2018 - Finisterian Dead End
  

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