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Cathedral - In Memorium

Chronique

Cathedral In Memorium (Démo)
Lorsque Lee Dorrian quitta Napalm Death en mille neuf cent quatre vingt neuf, après avoir signé un EP d’une rare violence avec ces derniers, personne ne devait s’attendre à le revoir avec une nouvelle formation qui allait être aux antipodes de la précédente, même si ce départ était du à sa lassitude de la scène punk et de l’orientation plutôt death metal de Napalm Death. Il avait pourtant rencontré à la fin des années quatre vingt un certain Mark Griffiths lors d’un concert de Carcass, auteur d’un fanzine nommé Under the Oak, - en référence à une chanson de Candlemass -, consacré au doom metal. Les deux hommes sympathisèrent au nom de leur amour pour des formations telles que Trouble, Pentagram, Candlemass et, bien évidemment, Black Sabbath. Ainsi, les deux hommes ne tardèrent pas à former Cathedral avec Gaz Jennings à la guitare, - ancien Acid Reign - , Mark Griffiths tenant la seconde guitare avant de laisser cette place au remplaçant de Gaz Jennings dans Acid Reign, Adam Lehan, pour en devenir le bassiste. Ben Mochrie rejoignit le groupe à cette même période et la première répétition de toute ce petit monde se déroula en mars mille neuf cent quatre vingt dix. Le quintet s’enferma aux Rhythm Studios au début du mois d’octobre de la même année pour donner naissance à cette première démo, intitulée In Memorium.

Mais In Memorium, c’est bien plus qu’un démo tant elle a du marquer les esprits à l’époque. Imaginez donc le contexte d’il y a trente ans où nous étions en pleine explosion de la scène death metal et où la course à la vitesse et aux blasts étaient un peu la norme et qu’un groupe sortit un peu de nul part vienne ébranler tout ceci en prenant le contre pied total pour être le groupe le plus lent du monde, à l’époque cela s’entend. L’introduction de Mourning of a New Day avec son pattern de batterie bien ralenti nous indique bien ce que l’on va avoir sur près d’une demie heure: du doom metal dans sa forme la plus suffocante et désespérée. Bien entendu, le quintet se raccroche à une certaine tradition, étant déjà une forme d’hommage permanent à Black Sabbath, et mettant en avant ses influences telles que Trouble, même si c’est celle qui n’est pas la plus probante ici mis à part sur les harmonisations et le jeu de guitare complémentaire entre Adam Lehan et Gaz Jennings, Saint Vitus et Pentagram, dont ils reprennent ici le All Your Sins de leur premier album. L’on retrouvera d’ailleurs ces quelques groupes, avec d’autres, cités dans les remerciements de la démo, histoire d’indiquer la démarche des musiciens, qui reproduiront cela par la suite.

Mais Cathedral va au-delà du simple hommage se faisant ici volontiers plus lourd, avec un accordage en Si des guitares qui bavent bien, et surtout, mais vraiment surtout, bien plus lent. En cela, ils vont même au-delà des Melvins dans ce registre, qui étaient le groupe le plus lourd des années quatre vingt, dixit Lee Dorrian lui-même. Il suffit juste de comparer les tempi entre la version originale et la reprise de All Your Sins pour s’en rendre compte. Dire qu’un groupe de doom metal est lent et lourd, c’est un pléonasme, mais l’on a ici une réelle démonstration de ce que doit être le genre. Car si le groupe a bien synthétisé ses influences, il lui a apporté une touche de noirceur supplémentaire: ici cela ne respire pas du tout la joue. L’on parle de larmes, de se morfondre et de ses pêchés, pour ce qui est des titres, mais en tout cas de déprimer devant la vie qui découle devant soit, sans saveur. Rien de guilleret et de primesautiers donc, pour ceux qui connaîtraient le Cathedral à partir de The Ethereal Mirror. Et c’est ce côté bien noir et dépressif qui fait de cette première mouture de Cathedral un modèle du genre. Même trente années après, et avec tout ce qu’il y a eu de déclinaisons, j’ai rarement trouvé un enregistrement aussi étouffant et aussi déprimant, si ce n’est leur premier album.

Évidemment, vu le peu de moyens alloués à l’enregistrement, cela sonne très rêche et cela donne également ce cachet antique à l’ensemble, mais ces quatre titres sont une merveille. À commencer par le titre Mourning of a New Day, qui, rien que par le titre même nous indique de quoi il en retourne: un lente agonie et une lente complainte, toute juste rehaussée par une petite accélération sur la fin, mais rien de significatif pour nous sortir de notre léthargie. Même le groove du titre de Pentagram est totalement délavé sur cette reprise. Quand j’évoquais ce côté désespéré de la musique de Cathedral, nous en avons une belle démonstration avec cette première version d’Ebony Tears, un peu plus rustre que celle présente sur Forest of Equilibrium, mais tellement émouvante et éprouvante. March est quant à lui un instrumental consacré à la tétralogie des Blind Dead et mettant bien en évidence la très morne et inquiétante avancée des Templiers mort-vivants de ces films, - ce sera le premier d’une longue liste de titres consacrés à ces films - et finit de nous achever. Un mot tout de même pour ce qui est du chant de Lee Dorrian, qui, lui aussi a du surprendre plus d’une personne pour qui avait en mémoire ses hurlements au sein de Napalm Death: ici il se fait beaucoup plus morne, avec un chant caverneux et grave un peu forcé, proche du growls mais sans en être vraiment, mais bien décharné en tout cas pour faire passer le message de ses textes très pessimistes.

In Memorium, c’est plus qu’une simple page d’histoire, la première d’un groupe qui allait beaucoup apporter au genre, quoi que l’on puisse en dire, c’est aussi, et surtout même, une sorte de tournant pour le doom metal. Il y a sans nul doute eu un avant et un après In Memorium, car l’on passe ici à une autre forme d’extrémisme musical, à l’opposé des normes de l’époque. Au final, In Memorium reste un enregistrement assez exigeant, surtout pour les néophytes, rustre et pataud, sans doute. Il répand aussi en quatre titres et en à peine une demie heure une telle noirceur et une forme de poésie affligée. C’est aussi cela qui démarquait le quintet des autres formations et qui verra son aboutissement sur le chef d’oeuvre et meilleur album de doom metal de tous les temps: le grandiose Forest of Equilibrium. En plus de cela, avec cet enregistrement, Cathedral ouvrira des portes ou en tout cas montrera la voix à énormément de formations par la suite. Il est indéniable que pour un premier enregistrement, les hommes de Coventry avaient déjà tout compris et faisaient preuve non seulement d’une très grand classe mais également d’un certain courage, car ce ne devait pas être évident de sortir une telle démo à cette époque et surtout de l’assumer ainsi. Là encore, ce sera un trait de caractère qu’affirmeront Lee Dorrian et Gaz Jennings pour les vingt trois années suivantes. Trente ans après, le constat demeure le même, cette démo n’a rien perdu de son aura et de sa pertinence et demeure un modèle du genre.
Doom or be Doomed!

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1 COMMENTAIRE(S)

Charon Del Hadès citer
Charon Del Hadès
28/10/2020 11:00
note: 5/5
Un des tous premiers que j'achetais : à l'époque sans rien savoir de cette acquisition. Ouch, la mandale ! Après la surprise passée, j'eus cette agréable sensation de connaitre quelque chose que la plupart ignoraient et de posséder un objet magique (hey, vous moquez pas, ça fait vachement longtemps hein !). Par la suite, cela m'aura préparé à la découverte de groupes tels que My Dying Bride ou les vieux Paradise Lost - quoique dans un registre un peu différent je vous l'accorde.

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Cathedral
Doom Metal
1990 - Autoproduction
notes
Chroniqueur : 4.75/5
Lecteurs : (1)  5/5
Webzines : (1)  3.34/5

plus d'infos sur
Cathedral
Cathedral
Doom Metal - 1989 † 2013 - Royaume-Uni
  

tracklist
01.   Mourning of a New Day  (07:59)
02.   All Yours Sins  (05:53)
03.   Ebony Tears  (08:19)
04.   March  (07:02)

Durée : 29:13

line up
parution
22 Octobre 1990

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