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Dayal Patterson - Black Metal : l'évolution du culte

Chronique

Dayal Patterson Black Metal : l'évolution du culte (Livre)
Dayal Patterson, gérant du label culte « The Cult Never Dies », est un homme qui a décidé d’avoir du talent, et de le prouver en écrivant une série d’excellents livres sur le sujet. Les quelques passages picorés à droite ou à gauche de ses ouvrages me donnaient envie depuis longtemps, sans toutefois lui ouvrir mon portefeuille. Il faut dire que ses ouvrages ne sont pas donnés. La qualité a un prix, surtout quand elle s’étale sur tant de pages. Son livre le plus connu, « Evolution of the Cult », dont la réputation n’est plus à faire, vient justement d’être traduit en français par la structure des « Publications du Crépuscule », toute jeune entité adossée à la fameuse maison « Camion Blanc ».

« Evolution of the Cult » fut salué à sa sortie par les lecteurs, mais aussi, chose plus rare, par les artistes impliqués dans le projet. Ce qui représente immédiatement un excellent signe. Et puisque l’on parle des artistes, qui demeurent les acteurs majeurs de ce long exposé, il faut en premier lieu souligner l’impressionnante cohorte de groupes interviewés. Les intervenants sont présentés selon un ordre chronologique, remontant loin en arrière pour donner la parole aux groupes de la première vague et évoquer les projets morts de nos jours. On démarre avec les mythiques Venom, Hellhammer, Blasphemy et autres Rotting Christ, puis on passe aux norvégiens que l’on ne présente plus. Ils sont tous là, les chers anges. Tous ceux auxquels vous pensez, plus quelques surprises inattendues comme Trelldom, Gehennah ou Fenriz spécialement interrogé sur Isengard et Storm. Le tour d’horizon est impressionnant, exhaustif et très fouillé, avec des entretiens s’étendant parfois sur plusieurs dizaines de pages. On remonte la carrière des groupes en s’arrêtant sur les passages en studio, les tournées, les copinages et les influences… Tous les éléments qui constituent les coulisses des groupes cultes sont exposés, souvent avec beaucoup de simplicité. On trouve parfois de quoi ricaner un peu, comme quand ce cher Nuclear Holocausto Vengeance de Beherit nous raconte ses tribulations de junkie satanique intoxiqué. Les interrogés n’éprouvent pas le besoin de jouer un rôle ou de se draper dans leur mythe, et exposent leurs gloires comme leurs misères avec une remarquable honnêteté. On s’étonnerait presque, parfois, de voir à quel point leur assurance en leur œuvre est solide. Samoth n’hésite pas à expliquer que la composition du mythique premier Emperor s’est passé de manière très « facile », se débarrassant de tout l’occultisme habituellement développé pour rajouter une dorure supplémentaire à la fresque du black metal norvégien. Curieusement, l’effet ne nuit pas à l’aura des albums ainsi évoqués. La musique demeure hors d’atteinte des turpitudes humaines, et les histoires parfois très triviales des membres de la scène renforcent même, à certains égards, le halo impérieux qui les entoure. Et après tout, cela est bien logique. Quoi de plus puissant qu’une œuvre s’élevant au-dessus du monde grâce à la force et au travail de musiciens qui s’agitent frénétiquement ici-bas pour que leurs visions se dressent finalement dans les airs, indépendantes de toute contingence ?

Tout cela nous amène à évoquer des groupes plus éloignés de la seconde vague d’Épinal, mais dont la réputation n’est plus à faire. Ainsi, des groupes comme Graveland, Primordial, Shining ou même les japonais de Sigh sont interrogés, mis en valeur et offerts à la curiosité du lecteur. Nous avons même droit à un bon gros détour par la scène française des Légions Noires, avec toutefois peu de propos des membres des groupes eux-mêmes mais plutôt un brossage de tableau appréciable du phénomène, assaisonné de quelques phrases de Meynac’h. Et le pèlerinage se termine tout en beauté avec la relève du black metal en les personnes d’Alcest, Fen, Wolves in the Throne Room et Lifelover. Un tour d’horizon qui a de quoi faire perdre la tête, tant la somme d’information est importante.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le livre est dense. Il s’agit d’un véritable essai, rigoureux et travaillé, fruit d’un travail que l’on sent considérable. Présenté sous format A4, les 620 pages de l’ouvrage sont compilées dans une reliure semi-rigide soignée et solide, qui se prête bien à la manipulation et à l’étude. La bête pèse deux bons kilos de passion et de sueur. On la sent faite pour être parcourue, exposée, fouillée, consultée comme un guide référentiel au gré de ses écoutes. J’irai même jusqu’à dire qu’il s’agit d’un excellent outil de travail pour n’importe quel chroniqueur intéressé par le black metal. La traduction, que l’on doit à Angélique Merklen (que ton nom soit sanctifié, Angélique, pour avoir gravi une telle montagne), est très satisfaisante. Certains formules ou tournures ont pu me faire légèrement tiquer, mais pas de protestation possible. Sur plus de 600 pages, on excuse volontiers quelques insignifiantes maladresses.

« L’évolution du Culte », puisque cette édition française lui donne légitiment le droit à un titre à part entière dans la langue de Lionel Jospin, est une réussite totale. En toute honnêteté, je ne m’attendais pas à avoir un jour entre les mains ce bouquin qui m’avait si souvent fait baver, m’incitant à le gratouiller sous tous les angles en m’appelant lascivement dans ma langue maternelle. Quel plaisir ! Pas besoin de vous recommander de l’acheter, vous le savez déjà tous essentiel. C’est un travail canonique, dont le sérieux fait du bien. Je pense même qu’une telle entreprise se révèle nécessaire en 2020, à l’heure où le black metal n’a jamais été aussi exposé au grand public et abîmé par son contact avec les écrans de cinéma ou les marques de fringues en manque d’idée. Sans vouloir cultiver un esprit underground un peu facile, ce livre est un élément qui fait la différence. Il s’agit d’un pavé qui s’adresse aux vrais passionnés, aux spécialistes, aux fanatiques. Un coup de fouet salvateur adressé par un pénitent à son voisin de procession.

Merci au Sieur Patterson et à toute l’équipe qui a travaillé à cette édition française ! Votre travail est remarquable, et doit être remarqué !

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3 COMMENTAIRE(S)

Charon Del Hadès citer
Charon Del Hadès
23/11/2020 21:52
Super intéressant !
Et chronique très originale, du moins concernant le sujet.
Dantefever citer
Dantefever
23/11/2020 14:58
note: 8.5/10
choochoo a écrit : Belle chronique pour ce bouquin qui donne envie.
Il me semble toutefois que la maison d'édition est Les Publications du Crépuscule

Parce que les éditions du crépuscule, c'est autre chose


Vrai, merci de pointer cette erreur, c’est corrigé !
choochoo citer
choochoo
23/11/2020 13:53
Belle chronique pour ce bouquin qui donne envie.
Il me semble toutefois que la maison d'édition est Les Publications du Crépuscule

Parce que les éditions du crépuscule, c'est autre chose

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Dayal Patterson
notes
Chroniqueur : 8.5/10
Lecteurs : (1)  9/10
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