Horna - Kuoleman Kirjo Chronique
Horna Kuoleman Kirjo
Si depuis la sortie de « Hengen Tulet » le combo mené par l'infatigable Shatraug a conservé sa productivité légendaire (enchaînant une fois encore Split, Ep et Live à une vitesse vertigineuse), il n'avait en revanche jamais été si long pour sortir un nouvel album puisque celui-ci aura mis cinq années à voir le jour, période où le quintet a encore évolué en interne (via l'arrivée d’un nouveau batteur et bassiste). Cependant là où les choses n'ont pas changé c'est dans cette capacité à faire ce que bon lui semble, point auquel tient le multi-instrumentiste depuis ses débuts en 1994, tant il fait vivre son projet en lui donnant diverses visions musicales, à cheval entre classicisme et modernité relative, brutalité et ambiances poisseuses. Tout cela lui donne donc ce statut si particulier au sein de la scène Finlandaise et amène du coup plus de poids à une discographie très homogène qualitativement, mais où rien ne se ressemble et où tout change régulièrement. Car ce dixième long-format, outre une durée particulièrement longue (soixante-dix minutes quand même !) qui n’a plus été vue depuis 2009 et le conceptuel « Sanojesi Äärelle », voit à l'instar de celui-ci un nombre de plages élevé (treize en tout, sans intro ni outro), qui vont faire de cette livraison une œuvre totalement réussie, fluide mais qui demandera quand même du temps pour être convenablement assimilée, malgré une écriture assez sobre qui ne s'embarrasse pas de futilités.
Car durant la majeure partie de l'écoute l'ensemble des rythmes ne vont cesser de se mélanger et de passer l'un après l'autre afin de densifier une musique agressive qui rend hommage à la noirceur de l'enfer tout en donnant presque envie de headbanguer, afin de célébrer cet endroit et y faire une grande fête. Cela est flagrant d'entrée via le haineux et violent « Saatanan Viha » où les longs blasts succèdent aux parties rapides entraînantes et au mid-tempo le plus massif, le tout avec toujours ce sens du riff simple et propre, coupant comme il faut et en raccord aux vocalises possédées de l'impressionnant Spellgoth (qui a largement fait oublier Corvus). Redoutablement exécuté ce démarrage va donner le ton de ce que sera la suite, qui ne va faiblir à aucun moment malgré la longueur inhérente de l'ensemble - tant l'homogénéité y va être de mise tout en proposant quelques variantes bienvenues et des plus appréciables. Preuve en est directement dans la foulée avec la puissante doublette « Elegia » et « Uneton », incisive et inspirée où entre des déferlantes ultra-rapides les nordiques ont rajouté quelques relents thrashisants bienvenus et réussis, qui s'agglomèrent à merveille aux hautes accélérations typiquement Black local. Et quand ça ne sont pas cela qui offrent une vraie plus-value ce sont les passages plus lents et rampants, propices à la peur et à la putridité qui se font entendre comme sur « Sydänkuoro » glacial dans son interprétation et où le tempo est mis au ralenti afin d'ajouter au malaise ambiant (constat identique sur le tout aussi neigeux et oppressant « Kärsimysten Katedraali »). Donnant la sensation d'être perdu dans les immenses forêts du pays durant sa longue nuit hivernale ces deux compos sont une preuve une fois encore de la facilité de la bande à pondre une musique simple et efficace même en levant fortement le pied, comme on va s'en apercevoir une nouvelle fois sur les religieux et occultes « Haudattujen Tähtien Yönä » et « Ota Minut Vastaan ». Totalement à part dans cette galette ces plages mettent la violence de côté au profit de prières envers le Malin et ses légions, via une voix plus profonde et sombre et portées par une rythmique générale qui reste bridée sans exploser, afin de maintenir une pression totale du début et à la fin pour affirmer son autorité envers le Diable et ses acolytes, avec une réussite totale à l'image de ce disque sans fausses notes.
S'il ne révolutionnera rien dans l'univers de la formation de Tampere ce nouveau chapitre est tout aussi consistant que les précédents et prouve que celle-ci reste dans le haut du panier des noms importants de sa nation, qui n'en manque pourtant pas. Doté d'une production impeccable et d'une énergie à toute épreuve il comblera sans peine ses fans historiques ainsi que les nouveaux venus qui souhaitent écouter un bon moment de Black Metal pur et originel, sans excès modernes mais doté d'une grande diversité, la marque historique de ses géniteurs. D’ailleurs il fait peu de doutes que l'on retrouvera sans doute ceux-ci dès l'année prochaine avec encore du nouveau son toujours aussi accrocheur, sous un format plus court comme tout aussi long… l'avenir le dira mais il s'annonce toujours aussi radieux pour eux, tant l’entité est encore en grande forme malgré les années, et semble même indestructible. DONNEZ VOTRE AVIS Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer. 4 COMMENTAIRE(S) citer | Je n'avais pas pris le temps de bien l'écouter l'année dernière celui-là... quelle erreur! Cet album est diablement efficace et aurait largement pu figurer dans mon top2020, pourtant la concurrence était rude cette année.
Une fois la galette lancée j'ai du mal à décrocher, pas d'interlude foireux, pas de fioriture, un riff efficace est remplacé par au pire, un autre riff efficace... en fait l'efficacité est quasi permanente et ils ont l'air tellement facile que c'en est presque indécent!
Allez, il y a bien 2-3 morceaux moins marquant et quelques (rares) longuers, faut l'avouer, mais c'est presque inévitable vu la durée, et c'est bien la seule chose qu'on peut leur reprocher.
Ce "Kuoleman Kirjo" met non seulement la branlée à des tas de sorties dans le genre "black old school" mais il met aussi la barre très haut dans une discographie qui frôlait déjà l'excellence, je le range dores et déjà aux côtés de "Sanojesi... qui déboite toujours autant, ou encore "Ääniä yössä" pour son ambiance délicieusement glauque. Horna a vraiment le feu sacré malgré les années, et ça s'entend, vivement le prochain !
| citer | B U T E R I E ... un poil trop long peut être mais c'est du lourd ! | citer | Comme toujours avec Horna, c'est très bon, rien qui ne dépasse, cahier des charges respecté à la page près. Tout à fait d'accord avec AxGxB, raccourcir un poil aurait rendu la chose vraiment ultime, mais y'a pas, je prendrai toujours mon pied avec Horna, son attitude résolument Punk et ses riffs mortels. | citer | Je ne l'ai pas encore beaucoup écouté mais il est à mon avis beaucoup trop long pour le peu de relief qu'il offre. C'est extrêmement bien fait, comme toujours (ou presque) mais le raccourcir de 30 minutes n'aurait pas été déconnant à mon avis. | AJOUTER UN COMMENTAIRE | notes| Chroniqueur : | 8/10 | | Lecteurs : | (4) 8.5/10 | | Webzines : | (5) 8.9/10 |
plus d'infos sur | Horna Black Metal - 1994 - Finlande | | |
tracklist| 01. | Saatanan Viha | | 02. | Elegia | | 03. | Uneton | | 04. | Sydänkuoro | | 05. | Elävänä, Kuolleena | | 06. | Kärsimysten Katedraali | | 07. | Haudattujen Tähtien Yönä | | 08. | Rakas Kuu | | 09. | Unohtumaton | | 10. | Mustat Vuodet | | 11. | Pyhä Kuolema | | 12. | Veriuhri | | 13. | Ota Minut Vastaan | Durée : 70 minutes |
|
4 COMMENTAIRE(S)
02/03/2021 16:46
Une fois la galette lancée j'ai du mal à décrocher, pas d'interlude foireux, pas de fioriture, un riff efficace est remplacé par au pire, un autre riff efficace... en fait l'efficacité est quasi permanente et ils ont l'air tellement facile que c'en est presque indécent!
Allez, il y a bien 2-3 morceaux moins marquant et quelques (rares) longuers, faut l'avouer, mais c'est presque inévitable vu la durée, et c'est bien la seule chose qu'on peut leur reprocher.
Ce "Kuoleman Kirjo" met non seulement la branlée à des tas de sorties dans le genre "black old school" mais il met aussi la barre très haut dans une discographie qui frôlait déjà l'excellence, je le range dores et déjà aux côtés de "Sanojesi... qui déboite toujours autant, ou encore "Ääniä yössä" pour son ambiance délicieusement glauque. Horna a vraiment le feu sacré malgré les années, et ça s'entend, vivement le prochain !
28/02/2021 12:49
19/12/2020 08:25
18/12/2020 13:03