chargement...

haut de page
Remontez pour accéder au menu
64 visiteurs :: Invité  » se connecter  » s'enregistrer

Mosaic - Old Man's Wyntar

Chronique

Mosaic Old Man's Wyntar
Moi, l’année, c’est simple. Il y a une partie vivable, et une partie insupportable. Dans la bonne moitié, on a l’automne, pas mal, j’aime bien, et surtout l’hiver que j’adore (je suis tellement black metal). Ensuite, ça se gâte. Le printemps, au début, ça passe, on a un peu de pluie, il ne fait pas encore chaud… Jusqu’à ce qu’on arrive fin Mai, et là, c’est le début de l’enfer. De Juin jusqu’à fin Septembre, c’est l’odieux été, qui dure un tiers de l’année en France depuis déjà une bonne décennie, merci le réchauffement climatique. L’été, c’est l’horreur. En fait, je le passe planqué, à rêver de l’hiver.

Et ça tombe bien, parce que l’hiver, on vient de mettre le pied dedans. C’est le moment de sortir de derrière les boiseries un album que je n’écoute qu’exclusivement pendant cette saison, et jamais en-dehors. Pas une seule note ne s’en échappe. Trois mois de givre, et à l’année prochaine. Fort heureusement, l’hiver revient chaque année. Contrairement à l’été, qui paraît toujours jeune et gorgé de vie, on se représente volontiers l’hiver comme un vieillard branlant et ridé, mais incroyablement tenace. Il accumule siècle sur siècle, et ne se lasse jamais de revenir blanchir le monde. Aussi, Mosaic, dont je vous parlais il y a quelques mois, a décidé de dédier un long recueil de chansons à cette saison. Old Man’s Wyntar était à l’origine un EP de trois quarts d’heure, augmenté trois ans après sa sortie initiale d’autant de chansons supplémentaires à l’occasion d’une nouvelle sortie chez Invictus Productions. Une heure et dix-sept minutes abandonnées à hiver.

Old Man’s Wyntar est sacré à mes yeux. C’est l’hiver même, ensorcelant, inlassable, menaçant et charmeur tout à la fois. Dès « Incipit : Geherre », l’atmosphère est irrésistible. Ces notes de guitare tremblantes, hantées, qui s’inscrivent au sein d’un paysage sonore révélé petit à petit, ces voix lointaines, incantatoires, murmurantes, ces éléments ambient… Sans exagération aucune, il s’agit là de l’une des introductions parmi les plus magiques que je connaisse. « Onset on Wyntar », qui prend place dès après, continue sur cette même lancée, délivrant douze minutes de black metal atmosphérique d’une formidable puissance, accompagnées tout le long des vocalises très spéciales de Martin Falkenstein, l’âme du projet. Veuillez me croire quand je vous dis que vous n’avez jamais entendu quelque chose de réellement approchant.

Ce n’est pas si compliqué à décrire pourtant, sur le papier. Prenez du néofolk à la Sturmpercht, du Burzum et du Paysage d’Hiver, et on y est. Une fois tous les éléments jetés dans le chaudron, vous n’avez plus qu’à y ajouter cette poudre magique qui semble faire défaut à nombre de groupes, appelée « personnalité ». Chez Mosaic, la personnalité, ce sont ces guitares très expressives, cette abstraction des codes qui permet de mettre du chant clair si on en a envie, des intermèdes folk/ambient là où ça sonne bien, des influences presque théâtrales dans la construction des pistes et cette façon de réellement mettre en scène la musique. Mais surtout, c’est cet élément beaucoup plus intuitif, moins identifiable et plus diffus, qui donne au tout une cohérence et une puissance d’évocation supérieure. L’un des sommets de l’album se situe sur la longue et incroyable « White Gloom », qui atteint les onze minutes au garrot sans sourciller. Vous entendez ce début à la Evilfeast, ces hurlements perdus quelque part dans les congères, ces guitares féériques et mélancoliques qui suivent les mouvements des frimas ? Il est là l’hiver, tout entier. Il y a tout à la fois ce sentiment âprement humain de la saison froide mortifère, conjugué à l’impartialité glacée de cet élément du cycle ancestral qui choit sur nos têtes tous les neuf mois. Impassible, indifférent. Le tout est entremêlé avec une grâce, une élégance et une force émotionnelle terrifiante. Et cette mélodie répétée en boucle à partir du second tiers du voyage… Sublime.

Par la suite, Mosaic se fait plus ambient, plus directement planant. « Black Glimmer » commence sur ce rythme balancé, entre chien et loup… Non mais sérieusement, vous sentez la finesse de ces ambiances ? Vous percevez le soin apporté au mixage, dans ces multiples et infinis bruissements disséminés partout ? C’est à chacune de ces petites stalactites et stalagmites que l’hiver s‘infiltre partout en vous. Votre chalet prend la glace par tous les interstices.

La fin du récital immaculé arrive avec la monumentale « Silver Night », qui déploie vingt-deux minutes en avalanche graduelle et paroxysmique. Chants féminins attendrissants, déchaînement du blizzard, appels désespérés, exultation du froid… Comme une condensation exacerbée de l’album tout entier, porté par des guitares cruelles et étourdissantes.

Vous avez trois mois pour écouter cet album. Pas une journée de plus. Quand le 21 Mars sera passé, vous attendrez avec moi le prochain solstice de Décembre. Il ne fait aucun sens de l’écouter en-dehors de l’hiver. Il en vient, il le chante, et il y retourne aussi sec. Tel est le sortilège conçu par cet être de la région de Thuringe. Le vieil hiver est revenu, avec tous ses hurlements, ses épreuves et ses hallucinations. Il vous cueillera ici-même, ou s’en repartira poudrer d’autres oreilles.

DONNEZ VOTRE AVIS

Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.

2 COMMENTAIRE(S)

Vartruk citer
Vartruk
05/01/2021 12:24
note: 9/10
Mouarf, je l'avais écouté il y a longtemps et il ne m'avait pas marqué plus que ça, ta chronique qui parle d'hiver m'a donné envie d'y replonger... et là j'ai été happé dès l'intro je ne comprends pas comment j'ai pu passer à côté à l'époque (j'ai du l'écouter en été je vois que ça comme explication...)

On navigue allégrement entre l'austère et le féérique avec des parties ambient veloutées comme la neige qui tombe tranquillement, des parties plus violentes et âpres, comme la rudesse qu'impose l'hiver... et ces vocaux incantatoires qui collent parfaitement à l'ensemble, un album magnifique et prenant de bout en bout.

Merci encore pour cette re-découverte !

Au passage, je ne peux pas m'empêcher de faire un parallèle avec l'album Sorni Nai de Kauan, chroniqué en ces pages, qui m'accompagne souvent dans cette belle saison (dans un registre totalement différent et beaucoup plus lumineux, mais tout aussi immersif!)



AxGxB citer
AxGxB
30/12/2020 13:47
note: 9/10
Je lui préfère l'artwork de la version originale mais alors quel travail sur cette réédition (que j'ai aussi du coup). Outre les bonus, le format A5 cartonné et les illustrations proposées sont somptueuses. Vraiment un très bel objet en plus d'être un album de qualité extrêmement immersif. Parfait pour la saison en tout cas.

AJOUTER UN COMMENTAIRE

 
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
Mosaic
Black metal/neofolk/ambient
2014 - Invictus Productions
notes
Chroniqueur : 9.5/10
Lecteurs : (3)  9/10
Webzines : (1)  6.67/10

plus d'infos sur
Mosaic
Mosaic
Black metal/Folk/Ambient - 2006 - Allemagne
  

tracklist
01.   Incipit: Geherre  (05:49)
02.   Onset of Wyntar  (12:49)
03.   Im Winter  (02:30)
04.   Snowscape  (03:21)
05.   White Gloom  (11:24)
06.   Black Glimmer  (08:56)
07.   Silent World, Holy Awe  (04:05)
08.   Vom ersten Schnee  (05:55)
09.   Silver Nights  (22:24)

Durée : 1h17

voir aussi
Mosaic
Mosaic
Secret Ambrosian Fire

2019 - Eisenwald
  

Vomitory
In Death Throes
Lire la chronique
Nine Inch Nails
Broken (EP)
Lire la chronique
Interview de TOWERING pour l'album "The Oblation Of Man"
Lire l'interview
Ape Unit
Sticks
Lire la chronique
Immolation
Descent
Lire la chronique
Towering
The Oblation Of Man
Lire la chronique
La photo mystère du 15 Avril 2026
Jouer à la Photo mystère
Ascend
Ample Fire Within
Lire la chronique
Bitter Branches
Let's Give The Land Back To...
Lire la chronique
Malum
From The Voids
Lire la chronique
Speed
All My Angels (EP)
Lire la chronique
Unearthly Rites
Tortural Symphony Of The Flesh
Lire la chronique
Bong-Ra
Esoterik
Lire la chronique
Interview de Gorgoyl pour la sortie de leur premier album "Stone Guardian"
Lire l'interview
Gorgoyl
Stone Guardian
Lire la chronique
Iniquity
Serenadium
Lire la chronique
Witch's Hollow Festival
Belenos + Borgne + Ernte + ...
Lire le live report
Ailurophobia
Contemplation of a Declinin...
Lire la chronique
Ildfar
Der ligger et land
Lire la chronique
Tanork
Diskar
Lire la chronique
Skeletal Spectre
Keeping The Cauldron Warm
Lire la chronique
Paradox
Heresy
Lire la chronique
Cruel Force
Haneda
Lire la chronique
Bong-Ra
Black Noise
Lire la chronique
Mizery
Mizery (EP)
Lire la chronique
Forlorn Citadel
An Oath Undone
Lire la chronique
Interview de DAMNATIO AD BESTIAS pour l'album "Martyr Incipit"
Lire l'interview
SZMRDT
Best Of (Démo)
Lire la chronique
Vörnir
Av Hädanfärd Krönt
Lire la chronique
Damnatio Ad Bestias
Martyr Incipit
Lire la chronique