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Dream Theater - Metropolis, Pt. 2 – Scenes from a Memory

Chronique

Dream Theater Metropolis, Pt. 2 – Scenes from a Memory
« Hello, Victoria, so glad to see you my friend. »



Who killed Laura Palmer ? Qui est donc cette Victoria à laquelle s'adresse ce mystérieux Nicholas dans les paroles de ce Metropolis, Pt. 2 – Scenes from a Memory (1999) ? Incarnés par James LaBrie, le chanteur de Dream Theater depuis 8 ans au moment où sort le successeur d'un Falling into Infinity (1997) en demi-teinte, ces personnages prennent vie au sein d'un concept album extraordinaire, qui aura marqué son temps comme les fans du groupe. Vous vous souvenez quand je vous parlais des mystérieux « The Miracle » et « The Sleeper » introduits dans l'excellent Images and Words (1992) ? (« Non, puisque personne ne lit tes chroniques. Maintenant arrête avec tes questions à la con. Cordialement, Keyser »). Ok, cet album légendaire est en fait la suite de la chanson « Metropolis – ''Part 1: The Miracle and the Sleeper'' ». « The Miracle » est le surnom du sénateur Edward Baynes (grâce à la grande chance qu'il a toujours eu dans sa vie) et « The Sleeper », celui de son frère jumeau, Julian Baynes. Le second est en couple avec une certaine Victoria Page. Leur « triangle amoureux » se déroule dans le passé, en 1928 (comme l'indique l'ouverture instrumentale de l'album). Je me suis toujours imaginé Victoria Page comme Laura Palmer de la série Twin Peaks. Je gage que les membres du groupe aussi, puisqu'ils utilisaient son thème (composé par Angelo Badalamenti) comme introduction à leurs concerts de l'époque (notamment celui donné à Esch Alzette au Luxembourg en 1999). Cette relation tumultueuse entre les trois personnages est dépeinte en italique dans le livret de ce disque.

Dans le présent, un certain Nicholas est au bout du rouleau. Il fait des rêves étranges et n'arrive pas à les interpréter. C'est la raison pour laquelle il décide d'aller consulter un hypnothérapeute (« The Hypnotherapist ») en se disant quand même que c'est bien dommage que ces séances qui lui coûtent un bras ne soient pas remboursés par la Sécu (non). En fait, il a le sentiment de revivre dans ses rêves une vie qui n'est pas la sienne, comme l'indiquent ces quelques vers du morceau « Strange Deja Vu », fort bien couchés sur le papier par Mike Portnoy :

« Every time I close my eyes
There's another vivid surprise
Another whole life waiting
Chapters unfinished, fading »

C'est bien la vie de Victoria Page qui défile lorsque Nicholas s'assoupit. Au fur et à mesure que les classiques absolus du metal progressif défilent les uns après les autres, l'auditeur attentif comprend que Nicholas est en fait la réincarnation de Victoria Page. Tout comme cet album semble être la réincarnation de Dream Theater, revenu envoyer des salves tout bonnement historiques. Metropolis, Pt. 2 – Scenes from a Memory remet l'église au centre du village en proposant des morceaux extrêmement solides, fabuleusement entrelacés les uns aux autres par ce fil rouge extraordinaire. Pourtant, alors que les démos du projet étaient déjà bien avancées, le groupe décide de se séparer de Derek Sherinian en 1998. Il a sans doute été considéré comme le fusible idéal, expliquant en partie l'échec de Falling into Infinity. Son successeur est déjà connu des services de police : il a déjà passé son audition dans l'un des multiples projets annexes de Mike Portnoy, avec John Petrucci et Tony Levin, Liquid Tension Experiment (metal prog instrumental et expérimental excellent, allez écouter les brutasses). Celui que tous s'accordent à surnommer « The Keyboard Wizard », Jordan Rudess – accessoirement l'idole de mon adolescence – fait donc une entrée fracassante dans cet album.

C'est lui qui introduit avec quelques notes de piano l'excellentissime « Fatal Tragedy », pierre angulaire du disque dans lequel on apprend que Victoria a été assassinée dans le passé...

« Victoria's gone forever
Only memories remain
She passed away
She was so young ».

… occasionnant la une du journal qui compose avec la magnifique pochette aux mille visages l'artwork du disque.



Je n'aurai, en revanche, que trop peu de mots pour vous expliquer à quel point le morceau déboîte sa mère. Le passage instrumental prog endiablé, lancé par une pluie de notes avec laquelle Jordan Rudess évoque habilement les motifs du morceau « Metropolis – ''Part 1: The Miracle and the Sleeper'' », lance John Petrucci au firmament, avec des cartouches de guitare terrifiantes de justesse et de maîtrise alternant tapping et shred. Le futur chauve, bientôt tombé au champ d'honneur de la terrible bataille de la calvitie, se distinguera lui aussi par des soli « épil-épiques » : le « Keyboard Wizard » impose déjà son style. La précision reptilienne de John Myung sur ses envolées de basse m'occasionne à chaque écoute des frissons proches de l'orgasme. Mais restez... ce n'est pas tout, nom de Dieu!

Les New-Yorkais enchaînent, à l'aide de samplers qui représentent la voix de l'hypnothérapeute (« Now, it is time to see how you die. Remember that death is not the end, but only a transition. »), sur un autre morceau incontournable, qui fait avancer l'histoire qu'ils veulent nous raconter. Victoria Page est retrouvée étalée dans son sang sur le carrelage, à côté de son compagnon Julian Baynes (« The Sleeper »), qui se serait vraisemblablement suicidé avoir avoir mis fin aux jours de sa dulcinée. « Beyond This Life » offre une incroyable variété de plans. Il vogue dans un territoire bien old school où orgue et soli majestueux de John Petrucci, guidés par une rythmique clairement funky de Mike Portnoy, éjaculent la créativité débridée et décomplexée que le combo nous offre sur cet album. Le groove ultime qu'ils créent ici est la démonstration magistrale de ce qu'est le feeling chez Dream Theater. C'est aussi le début des expérimentations de Jordan Rudess, avec des passages grand guignolesque qui parsèmeront bientôt la plupart des albums du groupe. Certains détestent, moi j'adore : ce procédé plutôt habile (et carrément improbable) permet de « rebooter » une mélodie en l'interrompant brutalement. En tout cas, une fois encore, John Petrucci tranche dans le vif : son solo en shred démentiel emporte tout sur son passage, laissant retentir ces sublimes envolées de James LaBrie, motif récurrent de cet album :

« Our deeds have traveled far, what we have been is what we are.
All that we learn this time is carried beyond this life, what we have been is what we are. »

Des paroles terriblement justes et touchantes, au passage. Je pourrais continuer à disserter sur les beaux messages que nous offre Dream Theater, mais la musique m'emporte. Parmi les autres morceaux de bravoure de ce disque, qui maintient un niveau exceptionnel durant la grosse heure pendant laquelle il nous pilonne la gueule de classiques, figurent « Home » et ses motifs orientalisants vite teintés d'un metal agressif, presque fusion par moments. Ce morceau nous révèle par ailleurs comment Victoria Page a fini par tromper Julian Baynes (« The Sleeper ») avec son frère Edward (« The Miracle »), à cause des addictions de son compagnon, admirablement contées par un James LaBrie décidément en feu :

« The city, it calls to me!
Decadent scenes from my memory.
Sorrow, eternity!
My demons are coming to drown me. »

Les samples qui suggèrent cet adultère marqueront le morceau au fer rouge. Le gentil garçon que j'étais s'en souviens dans son lit. Tout comme les turbo-ballades du groupe, impérial comme jamais dans cet exercice : l'hommage gravitationnel rendu à Pink Floyd sur « Through My Words » et « Through Her Eyes » et leurs voix soul divines me clouent au sol, comme « The Spirit Carries On », dialogue ultra émouvant entre Nicholas et Victoria et aussi probablement la meilleure ballade de Dream Theater (leur « Nothing Else Matters » à eux, en quelque sorte). Quid de « Finally Free », la conclusion ? C'est un merveilleux maelstrom progressif qui révèle plusieurs twists clés du concept : c'est Edward Baynes qui a tué son frère et sa maîtresse et déguisé son forfait en suicide, lui qui était tombé éperdument amoureux de Victoria Page après leur nuit d'amour dans « Home ». Et cet hypnothérapeute alors ? Me demandent les quelques lecteurs qui suivent encore, au fond de la salle, près du radiateur. C'est la réincarnation d'Edward, qui exécute froidement Nicholas à la fin du disque dans un passage anthologique, annoncé par les cloches fatidiques sonnées par Jordan Rudess et orchestré d'une main de maître par Mike Portnoy, qui se fend d'un solo extraterrestre de batterie sur le grand final.... Ce passage où il se lâche totalement en balançant des breaks percutants, des contretemps fabuleux, apportant une musicalité supplémentaire à un ensemble qui touche du doigt les cimes, est définitivement imprimé dans ma mémoire et confirme, s'il fallait le faire, le batteur légendaire qu'il est. Pauvre Nicholas, déjà qu'il a du craquer son PEL pour financer ses séances d'hypnose! Le charlatanisme n'a décidément plus de limites... avec mes conneries, j'en oublierais presque « One Last Time » et son refrain terriblement obsédant, qui revient d'ailleurs plusieurs fois dans ce magistral – et gargantuesque – album concept. James LaBrie y brille de mille feux.

Mais au-delà de toutes ces considérations bassement terriennes, c'est bien « The Dance of Eternity », instrumental absolument culte du groupe, qui demeure le chef-d'oeuvre ultime de cet album, son boss final en quelques sortes. Certains crieront à la démonstration technique stérile... là où je ne peux, impuissant, qu'y voir un étalage grandiose de la virtuosité des musiciens de Dream Theater, quelque-part entre feeling extraordinaire et perfectionnisme magistral. On sent que tout est pensé, raffiné jusque dans les moindres détails, du début du morceau qui évoque « Metropolis – ''Part 1: The Miracle and the Sleeper'' », au solo de basse de John Myung qui étale une fois encore toute sa grandeur. En même temps, tout pue le groove, entre multiples changements de tempo, de mesure, le passage burlesque, le break ultime vers 3'50'' qui voit Portnoy marteler avec grande finesse sa caisse claire... bientôt 15 ans que ce titre s'est révélé à moi, et je découvre toujours quelque-chose à la réécoute. Je vous laisse imaginer le bonheur absolu qui fut le mien le 26 janvier 2020 d'avoir pu entendre Metropolis, Pt. 2 – Scenes from a Memory joué intégralement en live par le line-up actuel, à l'occasion de la célébration de son vingtième anniversaire! Un concert dont je me souviendrai toute ma vie, d'autant plus qu'il fut le dernier de cette année maudite. À l'évidence, j'emporterai certainement ce classique dans la tombe.

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1 COMMENTAIRE(S)

Astraldeath citer
Astraldeath
17/01/2021 18:00
Histoire conceptuelle à l'image du groupe, complexe et un poil indigeste par moments... Sourire

J'aime beaucoup cet album néanmoins, il fait partie de mes préférés (comme beaucoup de monde je pense) et regorge plus d'émotions que ce qu'ils peuvent produire maintenant, même avec l'immense "The Danse of Eternity" qui, je crois, est dans le Guinness Book of World Records pour le record du morceau le plus complexe au monde, avec 108 changements de signature rythmique pour seulement six minutes... Mr Green

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Dream Theater
Metal progressif
1999 - Elektra Records
notes
Chroniqueur : 10/10
Lecteurs : (1)  9/10
Webzines :   -

plus d'infos sur
Dream Theater
Dream Theater
Metal progressif - 1988 - Etats-Unis
  

tracklist
01.   Scene One: Regression  (02:06)
02.   Scene Two: I. Overture 1928  (03:38)
03.   Scene Two: II. Strange Deja Vu  (05:12)
04.   Scene Three: I. Through My Words  (01:03)
05.   Scene Three: II. Fatal Tragedy  (06:49)
06.   Scene Four: Beyond This Life  (11:23)
07.   Scene Five: Through Her Eyes  (05:29)
08.   Scene Six: Home  (12:53)
09.   Scene Seven: I. The Dance of Eternity  (06:14)
10.   Scene Seven: II. One Last Time  (03:47)
11.   Scene Eight: The Spirit Carries On  (06:38)
12.   Scene Nine: Finally Free  (12:00)

Durée : 1:17:12

line up
parution
26 Octobre 1999

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