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Sakrifiss rencontre Noktu (Mortifera / Celestia / Bleu, blanc Satan...)

Interview

Sakrifiss rencontre Noktu (Mortifera / Celestia / Bleu, blanc Satan...) Entretien avec Noktu (2018)
Il était 23h18 quand je trouvais enfin la grotte, ou plutôt l’espèce de caverne dans laquelle Noktu m’avait donné rendez-vous. Active depuis la moitié des années 90, la tête pensante de MORTIFERA et feu CELESTIA, également gérante de l’écurie Drakkar et redécouverte par certains en 2017 à l’occasion du documentaire sur les origines du black metal en France « Bleu Blanc Satan », avait été claire sur un point : l’interview pourrait se dérouler uniquement dans un coin reculé, au beau milieu d’une forêt. Je m’étais donc rendu affublé de mon jean sur la face au lieu-dit et y découvrait notre bonhomme, assis dans une obscurité légèrement troublée par une torche qui survivait peinement au mur. Il était à demi-nu, le visage apparemment peint de noir et de rouge. « Sakrifiss, je viens tout juste de finir mon repas ». Je comprenais que les peintures étaient en fait les restes d’une chauve-souris qu’il avait pris pour dîner peu auparavant. « Assieds-toi, et pose tes questions ! ». C’est à ce moment-là que je rouvrais les yeux, après les avoir fermés quelques secondes auparavant, et me retrouvais devant l’écran de mon ordinateur. « Ah, Noktu m’a envoyé un mail avec les réponses que je lui avais envoyées ! ». Ah oui, la réalité est moins trve... Pas de forêt, pas de caverne, pas d'hommes nus. Mais faisons fi de la forme, car sur le fond, Noktu a été bavard et sincère...




1. Malsoir Noktu, c’est Sakrifiss, de Thrashocore. Cela va faire un moment que nous sommes en contact « virtuel ». Je ne saurais même plus direde quand date la première fois. Tu le sais donc déjà, mais je suis tes groupes depuis longtemps. MORTIFERA et CELESTIA en tête. Pour ceux qui auraient la ridicule idée de ne pas encore connaître ces formations, tu pourrais nous les présenter, et nous dire ce qui les différencie selon toi ?

Noktu : Pour se rendre compte des différences, je pense qu'il suffit d'écouter les deux groupes. Difficile pour moi d'expliquer avec des mots les différences fondamentales qu'il pourrait y avoir avec mes deux projets. C'est juste amusant de constater que certaines personnes n'apprécient pas forcement les deux formations. Ce qui prouve du coup leurs différences. De plus en plus flagrantes avec le temps je pense.



Tu veux donc dire que les différences sont uniquement musicales ? Il n’y a pas de concept propre à chacun, ou une histoire qui les différencie ? A moins que tu veuilles dire que ces aspects-là aussi doivent être découverts par l’auditeur, à l’écoute de chaque groupe ?

Les différences sont bien entendu musicales, il s'agit bien de deux groupes vraiment différents. Surtout aujourd'hui ou dans le groupe il y a plusieurs compositeurs. Les concepts sont également différents, je n'aborde pas les choses de la même manière avec chaque groupe. CELESTIA touchait tout ce qui pouvait être éthéré, perçu, ressenti, si le concept de CELESTIA pouvait être une matière, j'aurais choisi l'air. Pour MORTIFERA, ce serait la terre, une terre bien humide et odorante, une terre chargé de souvenirs et de douleur.
L'auditeur pourra comprendre plus facilement tout cela, difficile de définir ces émotions parfois peut être abstraites, mais parfaitement assumées pour ma personne. Quitte à déplaire, j'ai toujours pris des risques dans l'exploration de l'expression de ce que certains pourrait qualifier d'art. Pour ma part, c'est peut être juste du vomi, de la bile bien verte.




2. L’air et la terre, belles métaphores. CELESTIA était d’ailleurs plus « envolé » dans ses mélodies, là où MORTIFERA agrippe telles des branches malignes... Par contre, CELESTIA était plus ancien, et c’est pourtant celui que tu as décidé d’arrêter. Après l’album Aetherra en 2017 le groupe est mort, comme c’était annoncé depuis déjà plusieurs mois, et pourtant tu continues MORTIFERA. Des explications à ce sujet ?

Je crois que j'étais arrivé au bout de ce que j'avais à dire pour CELESTIA. Il n'y avait plus vraiment de possibilité de renouvellement et pas vraiment de perspectives d'avenir. De plus, avec les années, les ventes de disques avaient considérablement chuté. Les coûts de production et le temps que je passais pour chaque album, eux au contraire avaient sensiblement augmenté. Il n'était pas question de compromettre l'intégrité de ce projet. Aussi la cécité de ce dernier apparaissait comme une évidence.
Je n'ai jamais fait de musique pour l'argent ou la reconnaissance, mais lorsque l'ont estime avoir fait ce que j'ai voulu faire avec la musique. Le mieux est de rester honnête et arrêter.
Continuer n'avait plus de sens, nous faisions je pense partie du passé et il fallait accepter cela.
Le Black Metal se doit je pense d'être quelque chose d'éphémère. Il n'y a pas de place pour faire une carrière musicale, signer sur un label important et jouer dans de gros festivals. La scène était devenu ce qu'elle est aujourd'hui, il n'y avait pas d'autres choix à faire pour moi.
MORTIFERA, le groupe était à un autre stade avec un line-up actif, une certaine dynamique et une motivation certaine. Plus de facilité pour moi d'envisager un avenir pour ce projet. Il y avait d'autres choses à dire avec MORTIFERA et nous continuons encore pour exprimer ce qu'il nous reste à dire et à faire. Nous ne serons pas éternels, et comme pour CELESTIA, ce groupe sera condamné à périr dans l'indifférence totale. Ce qui me convient tout à fait au final.

3. Le plus tard possible alors... Les auditeurs sont toujours aussi réactifs à ta musique. CELESTIA et MOTIFERA sont tes principales oeuvres, mais il faut rappeler que tu as aussi joué pour MUTIILATION, PESTE NOIRE, SACRIFICIA MORTUORUM (en live ou en session selon les groupes). Qu’est-ce qui t’a amené dans ces bons coups. Toi qui as contacté des groupes qui te semblaient valoir le coup, ou une approche des membres de ceux-ci ?

Je n'ai jamais proposé à un groupe mes services, les choses se sont toujours présentées naturellement et c'est toujours par plaisir que j'ai offert ma contribution. Hormis les groupes que tu cites, il y eut d'autres coopérations, qui elles sont passées plus inaperçues. Inutile donc d'en dire davantage à leurs sujets.


C’est quelque chose qui t’a toujours semblé important de « collaborer » avec d’autres artistes au sein de la scène black ?

Important ? Non, mais si on me demande un coup de main sur quelque chose et que j'ai de l'estime pour le groupe et les gens derrière, il y a peu de chances que je refuse. Toute expérience est je pense bonne à prendre, surtout en tant que musicien. Et puis dans une société qui glorifie le profit et le narcissisme, je trouve qu'il est bien de pouvoir donner de sa personne et ainsi aider des gens qui le méritent. Après, tous les groupes avec qui j'ai collaborés ne sont plus forcément des gens que je respecte aujourd'hui, mais ceci est une autre histoire. Le passé reste le passé et au moment où j'ai fait ces choses, j'ai pris plaisir à le faire.

4. Ils se reconnaîtront peut-être alors. Rahahahaah. Sinon, les collaborations vont plus loins que la scène black française, puisqu’on t’avait retrouvé avec le Portugais Horrendus dans GENOCIDE KOMMANDO, et que tu as aussi écrit des textes pour SATANIC WARMASTER ou encore BARBATOS. Ça remonte à quelques années par contre. Ce n’est plus quelque chose qui te fait envie maintenant ?

Cela fait quelques années que je n'ai plus vraiment touché d'instrument en effet. De plus, personne ne m'a rien proposé récemment. Il y a bien eu quelques titres qui ont été composés il y a 2/3 ans pour un projet avorté, mais il ne sera pas vraiment utile d'en parler davantage.
Après l'avenir nous dira... Je n'exclus pas de possibles collaborations si celles-ci m'intéressent.

5. Bon, bah si certains lecteurs ont un groupe et suffisamment confiance en eux, ils peuvent peut-être te contacter pour jouer avec toi. D’ailleurs, en parlant d’accords et de refus, tu as accepté d’apparaître en 2017 dans le documentaire qui lui aussi a fait beaucoup parler : Bleu Blanc Satan. On le rappelle c’est un docu qui faisait intervenir des « anciens » de la scène française. Tu peux nous dire ce qui t’a convaincu de participer au projet ?

J'ai hésité et j'ai finalement accepté car les gens qui avaient été contactés de ma génération avaient tous refusé. Du coup, j'ai pensé qu'il serait bien que des gens comme moi qui avaient une certaine maîtrise du sujet puisse intervenir sur ce documentaire. Le sujet de ce dernier était les début de la scène Black Metal en France et il était naturel que j'aie mon mot à dire sur la question. En tant que musicien, éditeur de fanzine et créateur du premier label de Black Metal Français qui avait produit un album CD d'un groupe Français.




Comme tu le dis « ton mot à dire ». Pas beaucoup plus. Dans le sens où on reste un peu sur sa faim avec le docu. Je m’attendais à plus de contenu. Mais j’imagine qu’il y a eu beaucoup de coupes, voire des censures, comme c’est souvent le cas dans ce genre d’exercice.

L'interview a dû durer presque 6 heures, donc des coupes et censures, il y en a eu pas mal, certainement 95% de l'interview en fait. Tout ça pour laisser la place à des bouffons qui n'avaient pas vécu cette époque...

Raaahahahahaha. Des bouffons !

Ce documentaire reste vraiment dans le vague et beaucoup de choses ont été occultées. J'ai l'impression que certaines personnes cherchent à réécrire cette histoire afin d'en tirer une gloire ou un profit. Alors, que ces mêmes personnes n'ont pas vécu cette époque ou alors elles crachaient sur ce mouvement. Dommage d'en arriver là et que tout ce qui aura été bon à cette période ne soit pas dignement présenté aux générations à venir.
Ils devront se contenter de vulgaires interprétations de l'histoire, mais ceci est finalement le cas pour tout ce qui touche l'histoire en général. Donc finalement, quelque chose de normal.

Eh bien ! Tu sembles plutôt amer, et déçu de l’expérience ! Tu parles d’un refus des personnes de ta génération. Elles ne t’ont pas du coup reproché d’avoir accepté l’invitation ? Et pourquoi ne pas vous concerter pour justement proposer un contenu qui vous correspondrait ?

Non, personne ne m'a fait de reproches, du moins pas directement, de toute façon, quoi que tu fasses, on va te le reprocher. C'est dans la nature de l'autre de critiquer ou de combattre tes idées. Le fait de n'être pas d'accord fait partie de notre culture. Etre "Anti", c'est bien vu de nos jours et cela doit être assez réconfortant de faire partie d'un mouvement accepté par la morale.
Ce serait impossible de réunir toutes les personnes qui ont été présentes au début de la scène Black Metal Française, il y en aurait toujours une bonne partie qui refuserait de participer et ensuite on reprocherait le fait que ces mêmes personnes ne sont pas présentes.
Toute expérience apporte son lot de déception, je n'attendais rien de ce documentaire et je me dis que cela aurait pu être pire. Donc, non, ce qui est fait est fait et je ne cracherais pas là-dessus, surtout pas sur les gars qui ont réalisé le truc car eux étaient des passionnés et ils ont cru pouvoir faire quelque chose avec peu de personnes, ils ont fait ce qu'ils ont pu, quitte à ce que leur travail perde en crédibilité. Comment oser proposer un documentaire sur la scène BM Française sans parler des légions noires ou de la scène de Toulon ? Mais bon, il y a des sujets aujourd'hui, où nous n'avons plus le droit de nous exprimer. Je crois que certains définissent ça comme un truc appelé "liberté d'expression".

6. Je comprends. Il faudrait donc le garder comme une pierre à l’édifice. Peut-être pas le considérer comme il était présenté un documentaire sur « les débuts du BM français », mais « la vision de certains anciens du black français »... Sinon, pour rester sur le thème des « vieux », vu que nous sommes tous les deux nés dans les années 70, on est en quelque sorte des survivants ! On a prouvé qu’on pouvait rester dans le black après 40 ans. Qu’est-ce que ça t’inspire ?

J'ai juste eu l'opportunité de découvrir le Black Metal a ses débuts, je ne suis pas le seul, mais j'ai fait certainement beaucoup pour cette scène, que ce soit avec mon label ou mes projets musicaux. Je dois être un des musiciens de Black Metal Français qui a composé le plus de titres et enregistré le plus d'albums studio. Je pense que je pourrais peut être en tirer une certaine gloire, mais ce n'est pas vraiment mon style. Je continue mon chemin et je préfère rester dans l'ombre, là où le Black Metal aurait toujours dû rester en fait. Les poseurs et autres arrivistes peuvent toujours me critiquer, cela ne leur donnera pour autant pas plus de crédibilité.
Des gens qui sont arrivés dans cette scène et qui ont beaucoup parlé sont ceux qui ont disparu le plus vite finalement, ils ont été oubliés et enterrés. Après, il s'agit encore une fois d'un phénomène humain et normal qui a dû se passer également dans d'autres mouvements musicaux ou littéraires. Tout ceci est humain au final.

7. Après avoir parlé des anciens, les petits jeunes. Les jeunes groupes t’intéressent quand même ou pour toi, c’est bon, il n’y a que les classiques ?

Un jeune groupe peut encore arriver et révolutionner la scène, perso, je resterai dans le classique et je n'aurais jamais la prétention de vouloir innover ou changer quoi que ce soit. C'est de toute façon trop tard pour ma personne. Mes années de créativités musicales sont, je pense, derrière moi. Il ne faut pas vivre dans le passé, car il peut toujours y avoir des groupes crédibles qui apporteront leurs pierres à l'édifice du Black Metal.
D'ailleurs, s’il devait y avoir un renouveau dans la scène, ce serait certainement un groupe de gamins qui nous apporterait ça. Les vieux groupes ne révolutionneront plus rien. Ils vivent sur leurs acquis et disent que c'était mieux avant.
Les choses étaient différentes à l'époque et ce n'était pas forcément mieux, mais certains doivent fantasmer sur cette époque qu'ils ne connaîtront jamais.

8. Attendons donc la révolution ! Tant qu’elle sait garder la flamme noire du black, moi je dis pas non... Bon. Après avoir été plutôt sérieux, je te propose une petite série de « Et si… »

Et si tu jouais dans un pays où tu n’as pas encore joué ?

J'aurais aimé joué en Amérique du Sud et malgré les offres reçues, nous n'avons pas pu donner suite.

Et si tu pouvais rencontrer la personne de ton choix ?
Le prophète Mahomet pour lui enfoncer ma dague SS dans sa gorge.

Et si tu changeais quelque chose dans ta carrière ?
Il n'y a rien à changer je pense, je ne vis pas dans le regret.

Et si tu n’avais pas commencé le black metal ?
J'aurais certainement fait autre chose, quoi ? Je ne sais pas.

Et si j’avais oublié de te demander quelque chose ?
Je suis sûr que tu as oublié plein de choses, réfléchis un peu... Des choses évidentes pourtant, je pourrais me vexer, mais ton visage avec ce masque absurde ne m'inspire que sympathie. Donc, je te pardonne comme Juifsus a pardonné à ceux qui l'ont offensé.

Eh bien écoute, ce que je vais faire, c’est me creuser la tête à nouveau et je te poserai les questions complémentaires lorsque c’est MORTIFERA que tu iras mettre sur la croix ! Le plus tard possible, hein, je le répète ! Noktu, malci et bonne continuation !

Merci.

2 COMMENTAIRE(S)

Raziel citer
Raziel
10/06/2018 17:12
Etonnement soft le Noktu quand même. A deux/trois exceptions près !
Jean-Clint citer
Jean-Clint
09/06/2018 19:18
joli boulot, très intéressant tout ça ! Sourire

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