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Lunar Shadow pour "The Smokeless Fires".

Interview

Lunar Shadow pour "The Smokeless Fires". Entretien avec Max "Savage" Birbaum (2019)
Andi: D’après ce que j’ai compris, le groupe s’est formé aux environs de 2014. Qu’est-ce qui vous a décidé à jouer une musique pareille et comment tout ça est arrivé?

Max: En fait, le groupe était déjà « formé » pendant mes années d’études, aux alentours de 2007, mais je n’avais pas vraiment de line-up à cette époque. Le groupe a vraiment commencé à prendre forme vers 2013, quand le line-up utilisé pour « Triumphator » et « Far From Light » s’est constitué. Donc au fond, tu as raison.

Mes motivations étaient assez simples. Je voulais jouer le genre de musique que j’aurais aimé entendre en tant que fan. J’ai commencé à composer en étant relativement jeune et jusqu’à aujourd’hui j’ai dû écrire entre 70 et 80 compos. Aucun groupe moderne n’avait l’air de jouer de la manière dont je pensais qu’il aurait été cool de le faire. Certains d’entre eux s’en sont approchés, Atlantean Codex ou Borrowed Time pour en citer quelques uns, mais j’avais mes propres idées et je voulais les exprimer.

A: Votre debut est sorti en 2017. Quel fut l’accueil réservé au disque? Qu’attendiez-vous? Etiez-vous satisfaits?

M: Nous avons reçu d’excellents retours pour « Far From Light ». Je pense que c’est un bon album, je n’étais pas tant surpris que ça, je savais qu’on lui donnerait de l’attention. Les retours de la presse, des magasines etc… c’est comme une épée à double-tranchant pour moi, d’un côté ce qu’ils écrivent ne m’intéressent guère. En effet, ce qu’il faut comprendre, c’est que ce que je compose pour LS, je le fais juste pour moi et jamais pour les autres. D’un autre côté, je suis bien sûr très content quand quelqu’un aime ce que je fais. Ca m’impressionne toujours de voir à quelle vitesse la musique se propage dans notre « ère du numérique ». Nous vendons au Brésil, au Japon, au Chili, aux Etats-Unis, au Groënland, en Norvège, en Afrique du Sud et en Inde. C’est surréaliste, quand on y pense.

A: Quelles sont tes influences musicales et comment le groupe travaille-t-il quand il s’agit de composer, de répéter…?

M: Mes principales influences sont certainement les sons du Göteborg des années 90 comme les vieux (!) In Flames, Sacramentum, At the Gates ou Unanimated. Je pense que tu peux ressentir ces influences dans un tas de compos. Dissection est aussi un groupe très important, tu peux également en entendre quelques traces. Et puis des trucs classiques, du heavy, comme Judas Priest ou les premiers Manowar, ils ont toujours eu une attitude que j’adore. Sois toi-même, merde aux autres, ça n’ira pas mieux en les suivant. Le chant sur nos compos est influencé par Simon & Garfunkel et les leads en harmonie ont été « empruntés » à Wishbone Ash.

Pour les compos, je me contente simplement d’écrire ce que j’aime. Je ne m’asseois pas à une table avec un plan préconçu en tête. Ca vient naturellement, tout simplement.

A: Ce qui rend « Far from Light » si particulier pour moi, c’est que j’y trouve une touche très émotionnelle. Est-ce intentionnel? Quel était le but concret de l’album en terme de sensations, d’émotions…?

M: Eh bien… c’est une question délicate. La première chose que je vais dire, c’est que je ne suis capable de composer de la musique que quand il y a une touche mélancolique dedans. Je ne peux pas écrire de musique « joyeuse », ça ne marche simplement pas avec moi. J’écris des trucs qui m’intéressent et auxquels je peux m’associer. La mort, la solitude, le mépris, l’isolement, l’évasion, l’amour perdu. Donc, forcément, ce vortex de sujets mène irrémédiablement à une atmosphère très particulière dans l’album. Prend par exemple « Gone Astray », qui est un morceau extrêmement personnel avec des paroles extrêmement personnelles. A vrai dire, c’est difficile pour moi d’écouter ce titre. Et je suppose que l’auditeur peut aussi ressentir qu’il y a quelque chose de particulier, qui a beaucoup d’importance pour moi, le compositeur.

A: La plupart de tes morceaux sont très longs, d’une longueur assez inhabituelle pour du heavy « standard » même. Je pense notamment à « The Kraken », « The Hour of Dying », ou « Hadrian Carrying Stone ». As-tu une quelconque influence prog? Selon-toi, est-ce que ça aide à transmettre des messages ou des sensations?

M: J’adore Rush et Fates Warning mais je pense pas pouvoir dire qu’il s’agisse d’influences directes. Comme je l’ai déjà mentionné, c’est quelque chose qui arrive naturellement. J’ai beaucoup d’idées et c’est une sensation très agréable que de pouvoir travailler et écrire des morceaux librement qui peuvent durer 8 ou 9 minutes. Qui en a quelque chose à faire? Il y aura également des morceaux qui feront plus de 8 minutes dans le nouvel album. Oups, je l’ai refait! Au passage, j’adore aussi « The Hour of Dying » (note: dans la question, je lui avait dit que c’était mon morceau préféré). Un riffing très Dissection-esque et j’aime les différentes approches autour du sujet de Jésus que je laisse transparaître dans les paroles.

A: Parlons un peu de l’avenir. Tu es sur le point de sortir un nouvel album nommé « The Smokeless Fires ». Dans le message d’annonce communiqué sur Facebook, tu as dit qu’il était composé d’une manière nouvelle mais en même temps familière. Alors, à quoi pouvons-nous nous attendre?

M: Pour résumer, c’est du Lunar Shadow. Je suis sûr que si tu as aimé FFL tu aimeras celui-là. Il a quelques nouvelles choses que je voulais tester: il y aura par exemple une ballade au piano appelée « Pretend », que nous avons enregistrée sur le lieu de travail de notre batteur Jörn qui est également un facteur de pianos (note: pour les moins familiers avec le domaine de la musicologie et de l’organologie, un « facteur » est un artisan qui conçoit et répare des instruments). Ou prend « Roses » qui sonne un peu comme Sisters of Mercy, très direct et adapté aux formats radios. Mais il y aura aussi des trucs classiques pour du Lunar Shadow: un tas de guitares en harmonique et des soli rapides. Le plus intéressant pour les auditeurs sera forcément d’entendre notre nouveau chanteur Robert Roettig, qui a fait un travail incroyable sur l’album et j’ai super hâte de le présenter au monde entier ainsi qu’au vide sidéral au-delà de l’espace.

A: « Far From Light » parlait de la mort et « The Smokeless Fires » parlera du thème de la passion. Qu’est-ce qui t’inspires dans ta vie de tous les jours pour ainsi parler de thèmes à ce point « humains »?

M: A vrai dire, tout gravite autour des émotions, quelque part. Par exemple, j’écris beaucoup de choses qui se rapportent à des écrits fictifs, en particulier Tolkien et Robert E. Howard. Ce sont des textes de fiction mais ils apportent beaucoup de sentiments très humains. « Far From Light » a été écrit dans une période très difficile de ma vie, où la mort était un sujet qui me fascinait et m’obsédait. C’est un album très sombre en particulier dû à ça, ce qui fait que j’en ai une approche différente – d’un point de vue tout à fait personnel. La passion suffit à elle-même pour résumer la vie. C’est un tout. C’est la raison de pourquoi on choisit de rester en vie. Tu vois, j’aime explorer ces profondeurs et j’aime leur faire prendre forme dans ma musique. Je suppose qu’il s’agit aussi d’une auto-thérapie.

A: La mort semble être un sujet très important dans tes compositions, mais pas d’un point de vue gore ou death metal-esque. Pourquoi prendre une approche « humaine » et qu’est-ce qui fait que ce sujet est important à tes yeux?

M: Je pense que le fait de se dire que la mort peut être la seule chose certaine dans la vie est très intéressant. Pour moi, la mort c’est la liberté et une libération de ses chaînes terrestres. C’est une approche douce et quelque chose dont on ne devrait pas avoir peur. Ce sujet est toujours présent dans ma tête, parfois plus que d’habitude, d’autre fois moins. Toujours est-il qu’il est là…

A: Quel regard as-tu sur notre monde actuel? T’inspires-t-il d’une quelconque manière?

M: En fait j’essaie de m’éloigner du monde autant que je le peux, il me semble vulgaire et parfois futile. L’évasion, pour moi, est la seule « raison d’être » (note: en français dans le texte) en général dans l’art, que ça soit en peinture, en littérature ou en musique. J’ai des envies à l’intérieur de moi qui vont plus loin que celles des autres humains. Je pense que tu peux aussi l’entendre dans notre musique. La pensée utopiste, qu’il y a quelque part dans un autre temps quelque chose de meilleur. Un meilleur endroit, plus lumineux, aux côtes d’argent et d’or.

A: Dans « The Smokeless Fires », il y a aura un morceau qui se basera sur l’univers de Tolkien. Si je ne m’abuse, c’était aussi le cas avec « Earendil » dans Far From Light. A quel point les travaux de Tolkien t’ont inspiré? De manière plus générale, lis-tu et si oui, quels sont les genres que tu aimes le plus (cite-moi quelques oeuvres!)?

C’est exact, les deux parlent de l’oeuvre de Tolkien. C’est probablement mon écrivain préféré. Je suis un grand collectionneur, je possède beaucoup d’éditions de ses oeuvres. C’est ce que je disais plus tôt: ses travaux sont une porte vers un autre monde qui me réconforte beaucoup et qui m’apporte beaucoup de calme.

Je lis beaucoup, je possède plusieurs centaines de livres et ça continue toujours d’augmenter, en fait je travaille en tant que libraire. J’aime beaucoup la patte des auteurs des années 20 comme Lovecraft, Howard, C. A. Smith ou les premiers travaux de Lord Dunsany ou d’Arthur Machen. Sinon je lis aussi du Houellebecq, Beigbeder, Louis Ferdinand Céline ou des travaux philosophiques comme Fichte, Hegel ou Schopenhauer. Ah et des BDs d’Oncle Picsou, très importantes.

A: Des inspirations artistiques diverses hors littérature?

M: J’aime beaucoup la peinture, avec par exemple Thomas Cole, Albert Bierstadt, Jean Delville ou Félicien Rops. Ils sont d’une grande importance pour moi.

A: Comment décrirais-tu Lunar Shadow à quelqu’un n’ayant jamais entendu parler de ce groupe?

M: Ha, c’est une question à laquelle il est toujours compliqué de répondre. Quelqu’un nous a un jour qualifié de « Iron Maiden triste » et j’aime beaucoup cette description à vrai dire, bien que je sois plus fan de Judas Priest. D’habitude, je me contente de dire « Nous jouons du heavy metal! » et c’est tout. Dissection qui rencontre Wishbone Ash dans un sauna avec Manowar, quelque chose comme ça peut être.

A: Merci beaucoup, ça va être ma dernière question, la traditionnelle question-conclusion. Tu as le mot de la fin, si tu souhaites dire quelque chose!

Death to Life.

Merci! (note: en français dans le texte)

---
Traduction par andreas_hansen

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