Cave Ne Cadas + Jucifer + Torture du Sphinx
Live report
Cave Ne Cadas + Jucifer + Torture du Sphinx Le 29 Mai 2016 à Rennes, France (Mondo Bizarro)
Pourquoi faut-il que les bons concerts de sludge soient programmés le même jour? En ce Dimanche 29 Mai se produisaient les réputés Bongripper à Nantes. Sauf que j'y suis pas allé, mais que j'ai une bonne excuse : ce même Dimanche, c'était Jucifer sur Rennes. Et n'ayant pas de bagnole, j'avais l'excuse idéale pour choisir la seconde option. Direction le Mondo Bizarro.
Face to Face nous offre une programmation éclectique, tant Cave Ne Cadas qui ouvre les hostilités n'a que peu à voir avec la tête d'affiche. Aucune trace de doom ou de sludge en entrée, le menu est varié et c'est une sauce crust que nous allons déguster en premier lieu. Si j'affectionne plutôt ce genre sans en être un grand amateur, les recettes des cinq chefs me sont apparues comme étant efficaces, bien qu'ayant un arrière-goût de déjà entendu assez prononcé. En tout cas, je ne demandais pas à une première partie d'être avant-gardiste et de m'impressionner complètement mais davantage d'assurer le show comme il se doit, histoire de nous faire patienter sans nous forcer à rester en retrait à se tourner les pouces. De ce côté là, c'est carrément une réussite. Les Rennais sont totalement investis dans leur musique, que ce soit par l'énergie qu'ils déploient sur scène mais également au travers des discours militants entre les morceaux. Le set est carré, bien plus efficace que ce que je pouvais espérer, et les chanteurs ne déméritent nullement à leur poste en se complétant parfaitement l'un l'autre. A défaut de tenir la découverte de l'année, le public du Mondo Bizarro aura eu droit à une entrée en matière satisfaisante.
Changement de plateau. Retard qui s'accumule et stress qui monte vu l'horaire du dernier bus le Dimanche, ainsi que la potentielle distance à parcourir jusqu'à chez moi. Montée sur les planches du groupe suivant.
Annoncé sur l’événement comme une formation « indus/punk/thrash » (drôle de mélange), je m'attendais d'emblée à ne pas apprécier Torture du Sphinx. Étant allergique à tout ce qui rapproche de près ou de loin à du thrash (que les foudres de Keyser s'abattent sur moi pour ce sacrilège), je fus soulagé de constater que la musique des Bretons ne comporte par la moindre trace de ce style que j'abhorre. Et puis, à vrai dire, du thrash avec une console et une boîte à rythme, ce n'est pas si courant. Ai-je apprécié pour autant? Non. Impossible pour moi d'adhérer aux pistes du quatuor, intéressantes mais brassant de l'air. J'ai eu la désagréable impression d'un bout à l'autre du concert que Torture du Sphinx frappait dans le vide, en essayant d'écraser l'auditoire par sa pesanteur et sa puissance mais sans jamais y parvenir. Les compositions me sont apparues comme étant très linéaires, manquant d'un point culminant, d'un moment impactant qui permettrait de réellement marquer les esprits. Et si le chant en imposait par sa puissance, il n'apportait finalement aucune réelle plus-value et j'ai accueilli la fin comme un soulagement. Dommage pour moi, car à en juger par les réactions enthousiastes du public, je suis probablement passé à côté de quelque chose.
Changement de plateau. Excitation. Jucifer.
« Ouais. Bof. J'sais Pas. Bof » - Enenra 2016 à propos de Jucifer.
Dire que j'attendais ce moment avec une certaine impatience relève plutôt de l'euphémisme. Cependant, mes ardeurs ont été calmées par des retours mitigés de la part de certains collègues et/ou amis à propos des dernières performances vues des Américains. Autant dire que mes attentes n'étaient finalement pas si élevées que ça au moment où les époux Valentine et Livengood terminent leurs réglages et s'apprêtent à entamer leur concert. Les deux musiciens sont complices, n'échangeant pas un mot en direction du public mais se lançant entre eux de nombreux regards montrant leur plaisir d'interpréter leurs titres ce soir, et se démènent tous deux à leur poste comme de beaux diables. Et leur réputation de jouer fort et d'envoyer d'énormes murs de son va se vérifier dès les premières minutes : c'est lourd, massif et crasseux, un véritable magma bouillonnant au bord de l'explosion. Jucifer est une formation bien singulière, tant par son mode de vie que par sa musique, et touche à tout. Il n'est donc pas étonnant de voir des parties purement doom côtoyer des instants véloces et énervés proches du grindcore, le tout sans transitions et toujours interprété avec passion par mari et femme. Je regrette cependant qu'Amber ait fait l'impasse sur le chant clair durant l'intégralité de la prestation. Si ce registre était majoritaire par le passé, il a été progressivement mis de côté pour être totalement écarté sur District of Dystopia et le sera ce soir également. Sa voix extrême râpeuse n'est pas des plus puissantes, complètement noyée dans le mix au début du concert, s'améliorant au fur et à mesure des morceaux. Un peu à l'image de leur set. Ayant eu quelques difficultés à apprécier celui-ci d'entrée de jeu, décontenancé par cette approche plus violente que je ne l'espérais de leur part, j'ai terminé le concert complètement emporté dans leur cavalcade le sourire aux lèvres, le temps défilant à la vitesse de la lumière.
Dur moment que de voir le duo tirer sa révérence et conclure son show si rapidement. Sceptique au départ, j'ai terminé le concert complètement convaincu par la prestance scénique de ces deux étranges musiciens. Mais on en aurait difficilement repris une demi-heure de plus, parce qu'avec tout ça, on en oublierait presque l'horaire du dernier bus. Merci à Face to Face pour cette soirée. Bisous aux mamans.
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